Bernard Charbonneau - Tristes campagnes
Né à Bordeaux au début du XXème siècle, Bernard Charbonneau est ce qu'on pourrait appeler un précurseur de l'écologie politique. Sa plume acérée entre philosophie et histoire-géo tape dur contre le progrès, la technologie et l'urbanisation galopante. Il se veut le défenseur d'une ruralité en train de disparaître et ses publications, parfois à compte d'auteur, furent nombreuses. Il fut une sorte d'incompris de son temps et c'est aujourd'hui que sa pensée est redécouverte tant elle fut prémonitoire.
Ceci est paru en 1973 et son titre est un clin d'œil à Claude Levi Strauss. Le
livre est divisé en "Ce qui fut", "Ce qui est", "Ce
qui sera" et "Ce qui pourrait être".
Fier habitant du Sud-ouest, l'auteur nous dresse un portrait du Bearn, du Pays
Basque et des Landes à l'ombre des Pyrénées dans cette idée de la campagne qui
semble éternelle. Mœurs, portraits, géographie et histoire de cette région sont
dépeintes avec un style vif et tranchant.
Mais cette image d'Epinal a été à jamais brisée par l'arrivée en grande pompe dans
ces Trente Glorieuses d'une exploitation industrielle de soufre puis de gaz
naturel, sans compter les centrales électriques et toute la diarrhée de bitume
et d'automobiles. Le grand plan de la productivité effrénée au mépris de
l'homme et de sa terre. Les pavillons
des bourgeois ont remplacés les etches traditionnelles, le tourisme de masse
est venu saccager tout. Refrain connu mais ici dénoncé avec une verve particulière
et une ironie grinçante. Au point que
cette diatribe finit un peu par tourner en rond. Témoin d'une violente
transition, d'une révolution verte qui annihile les petits paysans au profit
des gigantesques exploitations subsidiées, l'auteur voit s'éteindre une vie
traditionnelle avec effroi.
Après une détérioration des milieux naturels, des constructions à n'en plus
finir de routes pour accéder à moindre effort à tout coin de nature, on se met
a créer des espaces protégés. Après avoir mondialisé un mode de vie urbain on
se met à sauvegarder des vestiges d'une vie passée avec des musées du folklore
local.
C'est à croire que le paysan du cru a toujours été bon avec son environnement
mais que le diable atroce est venu de la ville. Peut-être un peu simpliste au
final et idéalisé...
J'avoue que j'ai fini par écourter certaines pages qui me semblaient
redondantes. Vers la fin, qui parle du futur (de 1973) un élan de science
fiction cynique s'égrène avec des prophéties qui s'avèrent pourtant parfois effectives.
Dystopie ou réalité? Pour les plus jeunes qui n'ont connus que le monde depuis
10 ans il n'y a peut-être pas trop lieu de remettre en cause le progrès. On parle
d'un état de fait qui leur est inconnu sinon dans les films, les livres...
Bernard Charbonneau propose en fin d'ouvrage une société idéale pour son pays
pour tenter de contrer la vague capitaliste et ravageuse de paysages, une sorte
de guerre civile contre l'uniformisation et pour la liberté du monde de la
nature.

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