Günther Anders - L'obsolescence de l'homme - Tome II



Günther Anders - L'obsolescence de l'homme - Tome II - Sur la destruction de la vie à l'époque de la troisième révolution industrielle

Je me gardais cette pièce à lire comme un bon gâteau dans l'armoire qu'on réserve pour une grande occasion. J'attendais donc beaucoup de cette "suite" de " L'obsolescence de l'homme - Tome I" et étais fin prêt à fumer du cerveau. C'est très dense avec beaucoup d'idées à digérer.
Cette collection d'essai est parue en 1980 (traduit en français de l'allemand seulement en 2011) et aborde plusieurs thèmes sur la fin de l'Homme. Ils n'apparaissent pas chronologiquement et sont étalés sur une vingtaine d'année entre les années 50 et 70. Ils ont été reclassées et remaniés pour constituer une suite logique.
Bien sûr cette menace nucléaire qui plane comme un vautour au dessus de nos têtes depuis 80 ans est souvent rappelée.

On débute avec l'obsolescence des objets qui était déjà soulignée en 1958 avant d'être aussi reprise par des auteurs comme Baudrillard, Latouche ...
"Le monde étant considéré comme une mine à exploiter" il faut à tout prix en tirer le maximum et appliquer mot pour mot " si on peut le faire, on est obligé de le faire".
Thème connu du capitalisme, il faut produire des biens de consommation pour assouvir les faims infinies des consommateurs. Mais "une humanité qui traite le monde comme un monde bon à jeter se traite elle-même comme une humanité bonne à jeter".
Mais là où la réflexion devient intéressante, c'est que si on applique ça à la lettre, un bien de consommation est par essence consommable (si possible au plus vite) et donc la notion de propriété disparait. On ne devient propriétaire de rien puisque il est destiné à disparaitre dès qu'il est acheté.
C'est pareil pour les émissions radio et télé, sauf quand il devient possible de les enregistrer et donc une sorte de propriété. L'industrie se rue sur l'occasion pour produire des biens passibles de la mettre en danger, mais elle trouve toujours de nouvelles occasions pour attiser les appétits.
La machine devient aussi de plus en plus importante, d'ailleurs l'homme pour se divertir fait de plus en plus appel à elle lors de ses moments de détente, comme pour se venger de lui voler son travail. L'auteur prend l'exemple de ces hommes collés à des machines à sous. A la fin des années 50, ce n'était pourtant qu'une prémisse du raz de marrée qu'allait provoquer comme dépendance celle ci en XXIème siècle!
Ce n'est pas un secret, la machine a remplacé l'effort que l'homme était obligé de faire pour produire sa subsistance, il faut moins d'hommes pour accomplir plus de richesses. D'où chômage, compétitivité pour obtenir un emploi et perte de la satisfaction d'avoir construit quelque chose vu que tout est abstrait (travail à la chaine). Notre envie d'effort est bafouée, donc on a inventé le sport pour pouvoir canaliser tout ça. Les hobbies aussi sont fait pour nous octroyer un temps faussement libre puisque nous n'avons le choix que dans tout ce que l'industrie nous propose de consommer.

La Machine tend à devenir globale, de plus en plus de complexité, de pièces interdépendantes. Et donc quand il y 'a un petit couac dans les rouages, cela influence toute le reste. Il n'y a qu'à voir le chaos engendré par un coupure générale d'électricité par exemple. Tous les objets connectés deviennent soudainement inutiles.
Pour revenir à l'Homme, l'auteur pointe l'obsolescence de l'anthropologie philosophique, car pour lui, poser la question "Qui est l'homme?" implique qu'il se démarquerait de ses collègues d'autres espèces vivantes, et qu'il aurait contrairement aux autres, une mission. Cela reviendrait donc à imaginer une forme de créationnisme déterministe.

Alors que la conquête spatiale bat son plein fin des années soixante avec comme point d'orgue le premier pas de l'homme sur la lune, on peut s'interroger sur la place des auteurs de science fiction dans la préparation des masses à la technocratie. Il va même jusqu'à affirmer une certaine connivence avec la vraie recherche scientifique. Les écrivains de science fiction seraient les voleurs vulgarisateurs et rêveurs de ce qui finit presque toujours par advenir. Donc, cet élan global qui vise à nous rendre adaptables aux nouvelles technologies, nous rend de plus en plus adaptés et finit par ne même plus se sentir. C'est le conformisme universel en quelques sortes ...
Partout, tout le temps nous sommes happés pour le monde moderne et nous ne nous posons même plus de questions, c'est devenu tellement évident, facile. L'intérieur se confond avec l'extérieur, nous ne nous cachons plus rien. A force d'uniformiser le monde, d'être gavés des mêmes choses, on en finira par nous parler à nous mêmes. Tout dialogue deviendra inutile car nous seront égaux en gavages.  

Aussi, nous sommes dans une société de racolage, sans cesse sollicités pour consommer au point que nous ne nous en rendons plus compte. A tel point que l'auteur considère le travail (devenu moins pénible grâce à la machine) comme un dernier espace de liberté. Une fois la fin du labeur, on entre dans la dictature du loisir, on est bombardé de publicité, entre la peste et le cholera, on doit acheter quoi qu'il arrive. Et puis nous devenons des travailleurs à domicile, assignés à consommer sans arrêt pour que l'industrie continue à produire.
Nous sommes donc tous des congruistes, pensant être libres mais nous ne sommes que l'application de la grande volonté de nos créateurs capitalistes.
Il y aurait un désert idéologique (au milieu du XXème siècle) et surtout un conformisme généralisé. Pire l'anticonformisme deviendrait tout ce qu'il y a de plus conformiste...

Un long chapitre est consacré à la perte de la sphère privée. Déjà fin des années 50 en pleine guerre froide, les appareils d'écoute se multiplient, se perfectionnent, l'arrivée massive de la télé à la maison fait perdre toute idée de dedans et de dehors surtout avec les émissions pré-téléréalité.
Face à cette vie publique permanente, on en vient à dire "qu'on a rien à cacher", seuls ceux qui s'insurgent deviennent suspects . Et pourtant on était encore loin des portables connectés 24h/24 partout sur le globe, des caméras de surveillances...La psychanalyse (selon l'auteur) est le bras droit du conformisme.

Dans ce monde de bruit, nous sommes à la fois mouchards et exhibitionnistes. Il devient presqu'impossible d'échapper au tumulte comme avec une "laisse acoustique". C'est encore plus vrai aujourd'hui avec ce flux constant de bavardages et d'infos. " Moins nous sommes censés nous mêler des décisions qui nous concernent vraiment, plus on nous mêle sans retenue à des choses qui ne nous concernent en rien, comme par exemple les angoisses d'impératrices iraniennes. Milles images recouvrent les relations dont est fait le monde, et cela d'autant plus que chaque scène des actualités télévisées qui ne durent qu'un instant reste un lambeau du monde et nous rend donc aveugles face à la causalité. Comme les images ne montrent guerre de relations mais seulement un ceci et un cela, nous sommes transformés en êtres purement sensibles; et cette victoire de la sensibilité sur l'intellect est incomparablement plus fatale que celle remportée par Lolita au dessous de la ceinture."

Niveau saturation, il y a aussi les images qui nous inondent. Un exemple: nous sommes séduits par des images de pays lointains, achetons nos vacances pour nous mêmes aller prendre le même cliché que la photo qui nous avait décidé pour boucler la boucle.
A force de fournir le minimum d'effort et d'être gavés de produits finis, nous devenons aussi des consommateurs d'opinions touts faites. Cela peut amener à un phénomène de neutralisation de la différence entre interprétation et fait.

L'Histoire est obsolète, nous sommes dans une période anhistorique car le triomphe de la technique et du capitalisme nous gave d'un flux continu de produits jetables qui sont liquéfiés, destinés à l'absorption immédiate. Rien ne dure donc, le présent succède au présent et donc l'historicité n'est plus possible. (Ceci me renvoie à Critique Sociale du temps)
D'ailleurs on retient souvent de l'histoire passée les grands progrès qualifiés "d'épochal" par les grandes avancées techniques : la découverte du feu, l'âge de bronze, l'imprimerie etc. L'Histoire ne retient que l'élite et passe sous silence le peuple qui pourtant a été indispensable aux souvenirs: grandes œuvres architecturales, guerres ...

La guerre est un excellent exemple de ce que l'industrie peut produire comme produit de consommation continu. Chaque arme dépassée demande une évolution et donc une nouvelle production dans l'escalade dont la bombe nucléaire sonne la fin de la récréation. Alors qu'on demande à ces machines de guerre de plus en plus performantes d'éradiquer des humains, lorsque les soldats reprennent la main en bons luddistes et tuent cela provoque un scandale. (Voir le massacre de My Lai).

Nous aspirons au confort, à la satisfaction de nos désirs et besoins. Dans un monde de Cocagne, tout est satisfait, mais c'est économiquement délétère, car il faut continuer à désirer pour pouvoir consommer encore plus dans le temps. Tout ce qui dure ou qui est trop grand est vu comme un obstacle entre un désir et sa satisfaction. Un gaspillage insupportable dans notre soif d'immédiateté.
C'est un paradoxe que nous voulions anéantir, le temps qui nous sépare de la fin mais que nous nous sentions désemparé une fois la fin atteinte. Nous sommes en perpétuel chemin vers un but à atteindre.
Notre vie est absurde car dénuée de sens, la Technique a réussi à vider le sens de tout travail qui devient un abstraction (accomplir une tâche répétitive à la chaine) et nous empêche d'apprécier la finalité. Dans un refoulement, on tente de lutter  contre le sentiment d'absurdité on fait appel à des thérapeutes (racketteurs de l'absurdité) pour qu'ils nous inventent un sens.
" ... les vrais malades sont ceux - et ils sont des centaines de millions- qu'ils n'ont jamais senti qu'ils menaient en fait une vie absurde, ceux qui ont appris tôt et avec succès à vivre dans l'absurdité et ne rien attendre d'autre."
La religion (judéo-chrétienne surtout) mais certains philosophes aussi ont promu l'Homme comme seul être porteur de sens en méprisant toutes les autres espèces. Celles ci n'étant inféodées qu'à l'Homme.
La théologie a aussi annoncé l'apocalypse, mais depuis la bombe nucléaire, il est possible d'éradiquer toute l'humanité. Pas seulement le présent, mais le passé (car plus personne ne sera là pour se souvenir des ancêtres) et aussi le futur (plus de descendance possible). En bons apprentis sorciers nous sommes devenus irresponsables des conséquences de nos actes et créations. Celles ci sont en passe de devenir autonomes, incontrôlables et bien sûr il n'est plus possible de revenir en arrière. Il est loin le temps où on pouvait poétiser sur le progrès.

Voilà pour tenter de résumer les grands thèmes abordés, je me rends compte qu'il y a des redites mais c'est pour aborder les choses sous un angle différent avec des variables supplémentaires.



 

Oscar Wilde - Le portrait de Dorian Gray




Oscar Wilde - Le portrait de Dorian Gray


Oscar Wilde, c'était un nom qui semblait faire partie des meubles de la littérature sans trop que je sache s'il était poète ou dramaturge. Ce qui m'a décidé à lire son unique roman daté de 1891, c'est (je crois car je n'ai pas noté le pourquoi)  "Une critique sociale du temps". Le hasard a fait que j'ai enchainé en peu de temps trois auteurs de la même époque: Stevenson, Mirbeau et Wilde.

Car en effet, il y est question du temps qui passe, des ravages de la vieillesse intolérable. Mais aussi de l'influence qu'on peut avoir sur les autres, surtout celle qui mène au vice, à la dépravation. C'est un roman miroir sur la vie d'Oscar Wilde lui-même qui est partagé entre différents personnages. L'obsession de l'esthétique est au centre de l'intrigue , qu'elle soit musicale, picturale mais surtout physique au mépris bien souvent de l'intelligence qui est raillée. Celle ci aurait le pouvoir de saccager la beauté. Les grandes passions nous dévorent momentanément avant de mourir, s'effacent aussi vite qu'elles sont apparues.
La quête des sensations devrait être notre seul gouvernail, ce nouvel hédonisme qui s'oppose au puritanisme de cette fin du XIXème siècle est la nouvelle drogue à la mode.
Il ne faut pas s'encombrer de sujets pesants, d'ailleurs "il suffit de ne pas parler d'un évènement pour qu'il ne se soit jamais produit". Mais peut-on vraiment changer quand on est corrompu? Avons-nous droit à une quelconque rédemption quand le mal s'est insinué en nous?

Je n'ai pas envie de résumer l'histoire une énième fois, simplement dire qu'il y a une inquiétante ambiance victorienne, un peu de perversion, du cynisme et une critique du dandysme de l'époque, de l'oisiveté des salons où l'on philosophe inlassablement, s'échangeant des sophismes ou des épigrammes (souvent cités par le personnage de Lord Henry).
J'ai adoré cette histoire tellement bien amenée avec un petit bémol sur un chapitre que j'ai trouvé ennuyeux avec digression sur les émerveillements des sens à renforts de recopiages de listes de parfums, musiques ou tapisseries..

Récit haletant jusqu'au bout, avec une série de réflexions savamment amenées qui nous font nous interroger sur le but de l'existence. A conseiller vivement!

 

Georges Perros - Poèmes bleus



Georges Perros - Poèmes bleus

Oubliant la débâcle de Papiers collés, je me suis laissé à aller à ce qui semble être son meilleur sorti en 1962. Ces poèmes sont dédiés à la Bretagne où l'auteur se rend en motocyclette dans un départ définitif de l'Ile de France. Il va retrouver "sa" femme et est fasciné par les consonances bretonnes des villages et des ruisseaux. C'est souvent en vers libres, parfois long ou court avec ou sans titre.
"Ken avo" et "Marines" sont très longs et un peu décousus, un autre est un hymne au refus individuel de faire la guerre.



 

Octave Mirbeau - Le jardin des supplices



Octave Mirbeau - Le jardin des supplices


Pour cette 300ème chronique littéraire, j'ai pu louer une édition de 1988 commentée additionnée d'une longue biographie de l'auteur, de critiques postérieures , de notes pour ce roman collage de 1899.

Dans la préface de Michel Delon, on situe le climat de l'époque où cette œuvre a été publiée: affaire Dreyfus, notoriété de l'auteur à la fois polémiste, journaliste, pamphlétaire...
La première partie appelée Frontispice est une sorte de mise en abîme philosophique qui tente de démontrer que l'homme a toujours soif de sang, de souffrance, de meurtre. Il n'y a qu'à voir ces jeux aux fêtes foraines où on s'exalte à massacrer des figures dans un mouvement cathartique d'apaisement de nos pulsions ou encore cette foule qui se masse pour assister aux exécutions.
L'Etat, l'Eglise et l'Armée ne sont que des tentatives pour régenter le meurtre.

Dans la deuxième partie intitulée "En mission", on est dans une satire de la politique de l'époque, ses magouilles, ses ficelles, ses manipulations et ses chantages. Revirement complet du récit pour que le principal protagoniste se trouve envoyé en tant qu'embryologiste (ce qu'il n'est bien entendu pas) à l'autre bout du monde. Lors de son voyage en bateau pour Ceylan, il s'éprend de Clara une rousse anglaise. Envolées lyriques, prémices de cruauté avec des récits de cannibalisme et puis il se laisse envouter par les délices charnels et mortifères vantés par la demoiselle.

"Le jardin des supplices" à proprement parler se passe en Chine où donc le héro se laisse emmener pour satisfaire son vice de la chair. Métaphore du jardin, du végétal exotique qui fascine, dont la luxuriance se compare à des orgies. Les bienfaits du colonialisme sont tournés en dérision. Ironie exagérée avec l'idée européenne que le monde leur appartient et qu'il peut être à loisir leur grande chasse gardée ou réserves d'esclaves.

Ce mélange d'articles et de fiction peut quelque peut dérouter. Des scènes de tortures succèdent à l'émerveillement botanique d'un jardin qui crée un drôle de mélange. Comme s'il fallait s'émerveiller de la nature pour reprendre son souffle face à toutes ces bassesses humaines. Clara est la perversion incarnée, elle est comme une enfant gâtée qui fait la moue lorsqu'elle n'est pas satisfaite.
Les chinois sont présentés comme les derniers artistes maitrisant l'art de la mort longue et pénible, pas comme ces européens qui la gaspillent bêtement avec des armes à feu.
Il faut quand même n'être pas trop sensible pour supporter certaines scènes mais il faut applaudir le style littéraire quoique parfois sur joué.



 

Olivier Bleys - Discours d'un arbre sur la fragilité des hommes



Olivier Bleys - Discours d'un arbre sur la fragilité des hommes

Titre énigmatique pour ce roman publié en 2015 qui se passe dans la banlieue de Shenyang.
La famille Zhang vit à l'ombre d'un arbre à laque qui est comme leur seule richesse cahotante . En effet, Wei est ouvrier au chômage et vit de petites combines. Ses parents sont morts et enterrés sous l'arbre qui sert un peu de lieu de culte à la maisonnée.
Dans un froid mordant d'hiver que de maigres sacs de charbons tentent de freiner, le chef de famille réussi enfin a réunir une somme qui permet d'acheter leur misérable logement de location. Ces économies ont mêmes été amassées du temps de ses parents. Il y a lieu de s'interroger sur cette nouvelle situation de propriété qui ne va rien changer au quotidien. Sa famille est dubitative quant à ce brusque délestage de l'économie de plusieurs vies. Ne serait-il pas mieux de racheter de nouvelles poêles ou une nouvelle TV? En même temps des projets miniers mijotent et viennent grignoter l'environnement proche. Conte aux situations kafkaïennes ou du pot de terre contre le pot de fer, la modernité vient chambouler cette famille anachronique. Le communisme se mue en ultra-capitalisme. (Il m'a fallu attendre un moment avant de situer l'époque du récit). La richesse se gausse de la pauvreté jusqu' à l'humiliation. L'amour et l'obstination parfois jusqu'à l'absurde finira peut-être par triompher.



 

David Le Breton - Sourire - Une anthropologie de l'énigmatique



David Le Breton - Sourire - Une anthropologie de l'énigmatique

Dans cet essai sorti en 2022, David Le Breton comme il en a l'habitude, nous gratifie d'un sujet qui peut sembler étrange, mais c'est tout à fait plaisant à lire.

Avec grosse dose de références littéraires, on aborde cet acte que tout le monde a au moins une fois dans sa vie esquissé.
A ne pas confondre avec le rire (objet d'ailleurs d'un autre ouvrage paru en 2018) qui est plus franc voire grossier, le sourire peut être un signe d'interactions sociales. Il ouvre la voie à un échange mais peut aussi être forcé pour avoir la paix, se faire accepter, peut-être pour camoufler un méfait...
Il peut aussi naître quand on est seul ou resté figé dans la mort. A contrario, il est un des premiers signe d'échange pour un nouveau-né avec ses parents. Il est crucial pour le développement futur de l'enfant d'établir une relation sensitive avec ses parents pour pouvoir se construire et se positionner dans le monde. A celles et ceux qui ont manqué cette étape, des dysfonctionnements apparaissent.
L'enfant né aveugle aura une visage impassible, il en va de même pour les autistes. Ils auront chacun leurs façon d'interagir avec le monde. Certaines paralysies de naissance ou de traumatismes peuvent empêcher toute forme d'expression, il est parfois possible avec beaucoup de travail de récupérer un peu de mobilité du faciès.

Dans un chapitre qui traite de la physiologie du sourire, on revient sur les théories darwiniennes et ses successeurs (comme Ekman) qui tentaient à l'époque d'universaliser les émotions. Aujourd'hui on prend ça avec circonspection, car c'est surtout une vision occidentale qui fait office de référence alors que chaque être humain a ses codes selon son statut social, son environnement etc. On ne peut pas établir une "botanique" des émotions qui serait vraie partout tout le temps et démontrable mécaniquement par un action précise de muscles. Il n'existe pas d'objectivisation tant il y a de variables.

Dans les religions, on peut constater une nette différence de représentation entre le Bouddha rieur et le Christ souffrant mais il y a plein d'autres réflexions sur les autres cultes.
Dans l'Art, le sourire s'est surtout développé à partir du XII-XIIème siècle. Plusieurs références à la peintures y sont citées avec bien sûr le fameux sourire énigmatique de la Mona Lisa de Léonard de Vinci.
Dans les traités d'éducation de la Renaissance, il est de bon ton de contenir un rire perçu comme vulgaire pour un sourire de bon aloi plein de maitrise de soi.
Avec l'apparition de la photographie, il était compliqué et solennel de se faire tirer le portrait donc  on voulait garder une image sérieuse de soi pour la postérité. Pas de sourire donc sur les photos (sauf dans quelques expérimentations amateurs) avant le début du XXème siècle.

Bien que selon le propre aveu de l'auteur, il est parfois difficile de conclure un sujet dont on pense avoir fait le tour, l'ouvrage se veut une ouverture vers d'autres sourires. 


 

Emmanuelle Pirotte - Flamboyant crépuscule d'une vieille conformiste




Emmanuelle Pirotte - Flamboyant crépuscule d'une vieille conformiste

Le hasard encore du rayon belge de la bibliothèque m'a fait découvrir la prose de la fille de feu Jean Claude Pirotte. Celle ci est historienne, scénariste et écrivaine. Elle a sorti une dizaine de romans jusqu'à présent. Celui ci date de 2024 et relate les derniers jours de Dominique Biron, une octogénaire qui vient de se faire diagnostiquer une malade d'Alzheimer.

Elle décide d'en finir et fait le bilan de son existence. Comme elle n'a plus rien à perdre ni à prouver elle y va franco dans ses désillusions et l'absurdité de la vie. En effet avec lucidité, elle se rend compte qu'on nous met et que l'on se complait dans des cases, qu'on passe sa vie dans la peur de tout et pour certains dans un petit confort bourgeois. Pleine d'amertume et de cynisme elle déballe ses regrets, quelques phases nostalgiques remplies d'ironie. Sur un ton grinçant elle règle ses comptes avec le conformisme, sa famille qu'elle n'apprécie que peu sauf sa petite fille Victoire.
J'ai refermé ce court roman avec une certaine tristesse communicative heureusement tempérée par quelques traits d'humour noir.