Jim Thompson - Nothing Man



Jim Thompson - Nothing Man

Roman noir sorti en 1970 avec bien sûr des meurtres.

Brownie traine un sacré secret depuis la guerre et il bosse dans un journal de Pacific City. Il boit du whisky comme il respire et il va un peu déraper. On se demande comment il tient debout mais ça lui donne des élans de poésie. Ambiance poisseuse, violente où la corruption du coroner n'est pas près de se terminer. Est-ce que vraiment trouver l'assassin est bénéfique pour lui?
J'ai moins apprécié que  " Pottsville, 1280 habitants" ou encore "Un chouette petit lot''... 


 

Claudine Sagaert - Histoire de la laideur féminine



Claudine Sagaert - Histoire de la laideur féminine


Préfacé par David Le Breton et sorti en 2015, cet essai parle de la laideur et prend le contre pied des nombreux ouvrages sur la beauté. Il est aussi postfacé par Georges Vigarello.
C'est une approche féministe qui tend à prouver que depuis l'Antiquité, on a cessé d'affliger la femme des toutes les tares de la laideur.
Avec une solide bibliographie, on est emmené dans les écrits qui ont décrié le sexe féminin au point de tourner à l'obsession et en une sorte de féminicide.
Outre les philosophes et penseurs, les religions ont aussi bien sûr participé à cette diabolisation.

D'abord laide ontologiquement, la femme devient une erreur de la nature qui quand elle tente un quelconque fard se voit fustigée car elle profanerait l'œuvre de dieu. On a parfois vanté la beauté, mais c'était toujours une façade, pire un masque qui cacherait une laideur morale. L'homme quant à lui a toujours bénéficié des louanges quand bien même il manquerait d'élégance, on pouvait vanter ses qualités intellectuelles.
Chaque partie du corps de la femme a engendré des critiques, des théories sur son teint, ses cheveux, son visage et son corps. La vieillesse a toujours été féminine et source d'horreur. La sorcière est forcément une femelle qui incarne le diable qu'elle soit trop belle ou trop laide. La chasse aux sorcières est un gynécide, celles-ci sont les boucs émissaires de tous les maux de la terre.
Au Moyen Age puis à la Renaissance, alors que la médecine tente de s'imposer comme science, elles sont les symboles d'un savoir de guérison, d'une autonomie, elles insupportent le Pouvoir.

Ce n'est qu'au XIXème puis XXème siècle qu'on peut noter des formes de "révolte" à travers l'image de la vieille fille, la garçonne, "les bas-bleus" et puis les suffragettes. Toutes feront l'objet de vives critiques des figures intellectuelles masculines. Proudhon, Kant, Mirbeau... y vont de leurs vives reproches. Une femme belle ne peut pas être maline, tout au plus si elle est laide, encore peut-elle prétendre à un peu d'érudition. Dans les dictionnaires de l'époque on peut noter 64 caractères esthétiques spécifiques à la femme contre 3 pour les hommes!
Qui est autonome, indépendante et tente de s'émanciper de la domination masculine est forcément laide. Cette laideur justifie certains comportements violents. Il serait acceptable de faire subir des humiliations physiques ou morales à une fille laide.

L'embonpoint voire l'obésité sont perçues comme horribles, la pauvreté ne cesse de creuser le fossé de la beauté. Grace au développement d'un marché de la beauté, il devient obligatoire d'être belle. La laideur se mute en scandale. La maigreur et le bronzage deviennent des standards de beauté partout dans le monde . Le poids idéal a diminué de 10kg entre 1929 et 1939.
Même parmi les noirs, la blanche halée est canon de beauté au point de pousser les femmes à adopter des techniques désastreuses de blanchissement de la peau.
Ces diktats de sex-appeal causent des frustrations surtout chez les filles puisqu'il semble qu'elles soient les seules condamnées à cet accomplissement. La course à la minceur peut mener à des cas d'anorexie assimilés parfois à un rejet de la réification des corps.
Alors qu'aujourd'hui l'espérance de vie à considérablement augmenté, la vieillesse est toujours une "faute de goût". Nombreux sont les artifices pour lutter contre les ravages du temps.
Selon la tendance de ce début du XXIème siècle, on est donc responsable de sa laideur.

En annexe, une réflexion sur les contes qui ont participés depuis longtemps à un certain manichéisme: beau = bon, laid = méchant et bien sûr le femme doit être une bonne mère avec plein d'enfants. Bien entendu il y a une différence entre les contes écrits par des hommes ou des femmes.

Une intéressante lecture donc qui mêle histoire, sociologie, anthropologie, philosophie!



 

Pascal Quignard - Villa Amalia



Pascal Quignard - Villa Amalia

Il y'a parfois des mystères comme ce roman de 2006 arrivé dans ma liste de lecture je ne sais plus comment.
Roman où la grande musique plane, sur la blessure des trahisons, une sorte d'ode à la liberté individuelle, à l'émancipation, la plénitude dans la fuite.

C'est l'histoire d'une femme musicienne qui découvre l'infidélité de son compagnon et décide de tout plaquer. Elle retrouve un ancien camarade de classe qui va l'aider indirectement à passer à l'acte de la disparition volontaire. Ah mais peut-être que j'avais noté ça grâce à "Jean-Didier Urbain - Secrets de voyages (Menteurs, imposteurs et autres voyageurs impossibles)" ou " Hubert Prolongeau- Partis sans laisser d'adresse" ?

L'angoisse la gagne petit à petit que l'échéance approche de l'application de son plan: vendre sa maison, ses biens, laisser ses souvenirs pour un nouveau départ dont elle ne connaît rien. Elle change de coiffure, de vêtements et part avec du cash en poche par plusieurs trains pour traverser des frontières et vivre l'aventure dans les îles d'Italie et retrouver la poésie de la vie. Cela m'a légèrement fait penser à ma maigre connaissance d' Erri de Luca.
Elle tombe en pamoison devant une maison isolée et va tout faire pour y habiter. Vous l'aurez compris, c'est le titre du bouquin!
Une sorte d'étrangeté, des tristesse, de vieillesse s'installent peu à peu au point de devenir déroutant, il y a des changements de forme narrative qui s'entremêlent, des drames, des retrouvailles.


 

Alexander de Humboldt - De l'Orénoque au Cajamarca



Alexander de Humboldt - De l'Orénoque au Cajamarca

Ce grand voyageur et naturaliste allemand à cheval sur les XVIIIème et XIXème siècle a été une source d'inspiration pour le jeune Darwin. J'avais déjà eu un peu de mal à suivre "Steppes et déserts" mais ici j'ai carrément zappé certaines parties. J'avoue que je m'attendais plus à un récit de voyage qu'à un traité de naturalisme.

L'auteur nous emmène dans ses explorations du fleuve Orénoque et ses cataractes qui traverse plusieurs pays d'Amérique Latine. Il tente de ramener la vérité sur ses origines qui furent troubles même carrément erronées. Géologie et hydrologie nous sont expliquées.
Il décrit aussi une nuit de cris d'animaux dans des forets inextricables nommées inexactement "vierges" par l'imaginaire européen.
Il aborde un long chapitre sur la botanique avec de nombreuses digressions d'espèces à travers le monde. Il faut être plus qu'initié pour bien appréhender tout ça. Il parle de pollinisation de certaines plantes dioïques par les insectes.

Emerveillement aussi sur la fluorescence de la mer ou plutôt de ses micro-organismes. Je me suis un peu perdu dans les explications sur les coraux et la géologie marine...
Les vénérables arbres ont aussi droit à leur chapitre. Beaucoup d'énumérations un peu rébarbative...
La plus grosse partie du livre est consacrée à la physionomie des plantes. J'ai fini par me lasser et sauter pas mal de pages.

Descriptions, comptages entre différentes latitudes du globe.
De plus les classifications botaniques ont changé depuis le XIXème siècle donc je trouve que cette lecture a peu d’intérêt aujourd'hui. Herbiers, Palmiers, Malvacées, Mimoses, Bruyères, Cactus, Orchidées, Conifères, Lianes, Graminées, Aloès, Fougères, Saules, Myrtacées...
Un autre chapitre est  consacré à la vulcanologie et m'a très vite perdu.
Son court conte " La force vitale ou génie rhodien" est une allégorie du vitalisme et puis réfuté suite à ses évolution de rigueur scientifique, une sorte de mea culpa.

Pour conclure, il nous raconte ses impressions sur la région du Cajamarca et l'ancienne "résidence de l'Inca Atahualpa" où il parle du chemin des incas de Quito à Santiago saccagées par les conquérants...

Bref les vrais mordus d'histoire du naturalisme y trouveront peut-être leur compte.


 

Jean Pierre Pinù - Le commanditaire



Jean Pierre Pinù - Le commanditaire

C'est tout chaud, ça vient de sortir et c'est le premier ouvrage de cet auteur prometteur en autoproduction. J'ai d'abord cru à une nouvelle, mais ce serait plutôt une novella ou dirions nous un court roman. Il ne peut que m'inspirer les meilleurs présages en s'ouvrant et se refermant sur une citation de Cioran.

Géry est un banal archiviste miné par la routine mais aussi un peu par la picole. Un évènement pour le moins insolite va l'emmener dans une sorte de road trip de la Bretagne aux Ardennes belges.
Par delà ce pitch un peu planplan de prime abord, se cache une ode à la fuite des conventions, à la liberté de l'instant. Un rejet non dénué d'humour aussi du monde hyperconnecté pour se recentrer sur les rencontres fortuites des bistrots, une certaine nostalgie du temps où l'on pouvait encore se parler, fraterniser dans les vapeurs de l'alcool.

Entre polar et récit de voyage, ces lignes prouvent qu'une gueule de bois peut parfois mener à d'étranges décisions en titillant la corde sensible de la paranoïa. L'air marin succède à la chape de plomb de Pantruche,  avant de se dissoudre dans la sylve mais l'ambiance reste brumeuse jusqu'au soleil levant.
Un pied de nez à Hume qui affirmait " L'habitude est le grand guide de la vie humaine." Dichotomie entre thésaurisation et liesses dispendieuses, on en vient à s'interroger sur la valeur des choses.

"(...) j'avais finit par comprendre que l'argent ne vaut que ce qu'on en fait dans l'instant, que l'économiser est une concession à la médiocrité, et que la seule façon raisonnable de le traiter est de le brûler aussi vite  qu'il arrive, quitte à se retrouver fauché le lendemain avec la conscience tranquille d'un homme qui n'a rien gardé pour lui."

Vous pouvez vous le procurer via le site de l'auteur:

https://jeanpierrepinu.com/



 

Bertrand Russell - Eloge de l'oisiveté



Bertrand Russell - Eloge de l'oisiveté

Court essai paru en 1932 de ce savant polymathe qui s'efforce de remonter les bretelles de l'adage "l'oisiveté est mère de tous les vices".

Dans une démonstration teintée parfois d'humour, l'auteur nous prouve que la société industrielle a perverti notre conception du travail. Il y a ceux qui triment, ceux qui les dirigent et au sommet de l'échelle les possédants. L'Histoire a montré que les plus grandes évolutions émanaient d'une classe oisive et qui a donc contribué à une "amélioration".

Alors qu'avant on produisait ce qui était indispensable à la vie, on s'est retrouvé dans une course à la production et un sentiment de honte quant à sa jouissance.
En effet, il est bien vu de travailler mais moins de simplement profiter. On entre alors dans un engrenage qui pousse à fournir toujours plus d'effort pour une surproduction et ainsi une concurrence, le chômage et le scandale de ne rien faire. Cela a donné lieu (et est encore vrai dans certains pays) à des journées de travail de 15h. En 1932, il arrive à la conclusion qu'il faudrait dans l'idéal que chacun travaille 4h par jour pour arriver à satisfaire les besoins de tous. On aurait alors du temps pour les loisirs. Mais on est arrivé dans une société de divertissement passif: aller au cinéma, regarder le foot, écouter la radio... ce qui laisse dans l'ennui les esprits les moins imaginatifs englués cette manne de temps libre. Cette lassitude provient principalement de l'état d'épuisement généré par ces journées de corvée, on est donc moins enclin à rechercher des occupations qui demande de l'investissement moral et physique.

Il prône donc une inclinaison à la bonté et un remaniement de nos idéaux stakhanovistes avant l'heure, un frein à main dans la course lancée en ce début du XXème siècle qui presque 100 ans plus tard me semble fort utopique...
Cela m'a un peu fait penser en moins vindicatif à Jean-Victor Verlinde "L'ordre mon cul ! La liberté m'habite".



 

Simonne Jacquemard - Héraclite - Les Fragments



Simonne Jacquemard - Héraclite - Les Fragments

Paru en 2003 et sous-titré "Héraclite d'Ephèse ou le Flamboiement de l'Obscur" est une nouvelle traduction des quelques bribes qui nous sont parvenues de ce philosophe grec du VIème siècle avant JC. Les extraits proprement dit font à peine une trentaine de page sans vraiment de rapport entre eux dans un style concis, sentencieux. L'auteure tente de nous situer l'époque, la géographie et les conflits socio politiques du moment. On est aussi familiarisé avec la mythologie grecque mais aussi égyptienne qui eut une grande influence. J'ai été frappé par l'idée que pour Héraclite l'Egypte ancienne datait déjà de 2200 ans avant ce VIème siècle avant JC, à peu près le temps qui nous sépare aujourd'hui de ce fameux Jésus!!

Issu de l'aristocratie de l'époque, il s'est démarqué par son coté misanthrope, mystérieux, assez méditatif. Il a eu un coté un peu obsessionnel du Feu qui serait " à la fois présence permanente, concrète et Cause Originelle".

Pour lui  " le monde est sans commencement ni fin, et sa substance est celle d'un "feu éternellement vivant""
Bref peu donc nous est parvenu, voici quand même quelques citations que j'ai apprécié:

" Aussitôt nés, ils veulent obtenir la vie et les lots assignés par le destin.
Et ils abandonnent  après eux les enfants qu'ils ont faits pour connaître un sort identique, couronné par la mort"

" Quelle sorte de cœur et d'esprit peuvent-ils avoir?
Ils se laissent convaincre par des chanteurs populaires et prennent pour maître la foule.
Ignorant que toute multitude est mauvaise et que seul le petit nombre est de bonne qualité."

"Celui qui n'espère pas ne trouvera pas l'inespéré impossible à concevoir et hors de portée."