Matsuo Bashô - Haïkus et notes de voyage




Matsuo Bashô - Haïkus et notes de voyage

Lors d'un voyage à pieds de 1562 kilomètres qui dura 9 mois en 1684-1685, le maître du haïku japonais Bashô a rédigé ce carnet de voyage.
Je n'ai pas vraiment été touché par cette poésie minimaliste qui pourrait faire penser à des mots d'enfant naïf. On pourrait même taxer ça de fainéantise littéraire mais sans doute suis-je trop fermé pour l'apprécier. Au moins, j'aurais pu me faire ma propre idée...
L'édition que j'ai eu en main est illustrée d'esquisses japonaises de Manda qui habillent ces quelques lignes qui auraient semblés tellement dérisoire et nues sans ça.


 

Etienne Helmer - "Diogène" et les cyniques ou la liberté dans la vie simple


 

Etienne Helmer - "Diogène" et les cyniques ou la liberté dans la vie simple

Ayant découvert récemment la collection initiée par Serge Latouche " Les précurseurs de la décroissance"  avec Cornelius Castoriadis - & l'autonomie radicale, je me suis laissé tenter par une découverte approfondie d'un pilier philosophique de la Grève Antique à savoir le fameux Diogène de Sinope. A ne pas confondre avec Diogène de Laërce doxographe de son état 6 siècles plus tard.
Celui-ci est connu par avoir compilé des citations et autres écrits volants de certains de ses ancêtres dont son homonyme.

Diogène de Sinope est né vers -413 avant JC, décédé à 90 ans vers - 323. Sa pensée radicale l'a un peu laissé dans l'oubli et (quasi?) aucun écrit direct ne subsiste.
En effet, il fait partie de l'école cynique et encourage à embrasser un mode de vie simple au plus proche de la nature, se libérer des conventions sociales et ne compter que sur soi-même. Il serait connu pour avoir raillé Alexandre Le Grand quand il s'est approché de lui  "dégage, tu me caches mon soleil".

Comme pour les livres saints, l'authenticité historique de la biographie du personnage est difficile à établir, tant les faits ont du être interprétés, édulcorés au fil des siècles.
D'autant plus que contrairement aux écoles philosophique de Platon ou autres qui devisaient inlassablement, les cyniques avaient plutôt tendance à vivre dans leur chair leur mode de pensée. Des sortes de happenings avant l'heure! Ardu donc de dresser un portrait exhaustif des "cyniques" puisque cette tendance s'est étalée sur près de 9 siècles...
Un trait demeure: un dénuement volontaire, un rejet de tout domicile ou patrie et une foi en l'autosuffisance.
Le parcours philosophique de Diogène aurait commencé avec une histoire de falsification de monnaie de Sinope et un souhait d'atteindre la célébrité. Mais c'est une sorte de symbole de rejet de l'argent et d'anti-héro.
En réponse à Platon, il a aussi imaginé une République idéale qu'il tentait de vivre au quotidien: égalité totale entre les vivants, rejet des superstitions, du superflu, des rites funéraires, de l'armée ... Il appliquait une ascèse, une sorte de torture pour se fortifier et être à même de résister à tout et n'avoir besoin de rien ni de personne. Ne pas s'adonner aux plaisirs faciles qui nous asservissent mais se contenter de l'indispensable. La pratique de la mendicité est préconisée mais uniquement à ceux qui sont sensibles à la philosophie. Une sorte d'échange quand même: du pain contre un éveil philosophique.. (  C'est quand même curieux quand on parle d'autosuffisance je trouve ...). "L'amour de l'argent est la métropole de tous les maux".
Le travail doit se réduire au minimum mais ils ne sont pas contre le labeur alimentaire presque comme les esclaves. Une idée de participer au bien commun sans excès, fournir uniquement le travail nécessaire à la vie.
C'est donc un décroissant avant l'heure en version hardcore. Bien qu'il préconise une sorte de fuite de la société, il faut remettre en perspective ces idées en rapport avec le monde d'aujourd'hui: être cynique c'est secouer l'ordre établi des choses, faire changer les mentalités dans une approche de frugalité dans un système qui croit à la croissance infinie des ressources.

L'ouvrage termine par une trentaine de pages tirées de "Vies et doctrines des philosophes de l'Antiquité" de Diogène de Laërce annoncé plus haut dont la date est incertaine mais qui semble être les témoignages les plus proches dudit Diogène de Sinope publié sans doute au IIIème siècle après JC.
Il reprend les légendes et la biographie rapportées du passé développés et résumé juste avant par Etienne Helmer.
Il y a aussi un extrait du Discours contre les cyniques ignorants de l'Empereur Julien puis Lucien de Samosate.

Barbara Kingsolver - Un jardin dans les Appalaches



Barbara Kingsolver - Un jardin dans les Appalaches

Merci à Greg de m'avoir conseillé ce livre! Cette écrivaine américaine manie le roman, la poésie, les nouvelles mais aussi les essais. C'est le cas ici en 2007 avec une bonne partie autobiographique, un ton humoristique et, ça transcende, une profonde unité familiale.

En effet, un beau jour, elle décide de quitter l'aride Arizona pour s'installer sur les terres de ses ancêtres dans les Appalaches avec les siens. En guise d'introduction, elle explique qu'en à peine quelques générations, les humains sont devenus totalement étrangers à d'où provient leur nourriture. Le cliché du supermarché où nait les légumes et la viande est malheureusement bien réel pour certains citadins. L'économie américaine est basée sur le pétrole. Plusieurs villes sont bâties dans des déserts et vivent sous perfusion à grand renfort de transport, de transformation et d'engrais. La production de calories est clairement à perte. C'est tout bonnement aberrant de devoir dépenser autant de ressources pour produire une nourriture suremballée qui aura parcouru des milliers de km pour terminer en cholestérol. J'ai trouvé une sorte de diabolisation du mode de vie américain, comme si il n'y avait que là que la société était hors sol. Malheureusement c'est le cas un peu partout dans le monde industrialisé. L'Europe est loin d'être un exemple de vertu.
Les circuits courts permettent une distribution plus logique et vivable, bien que certains ricanent et y pointent le prix élevé. Mais c'est parce qu'ils comparent avec la malbouffe qui est ridiculement peu onéreuse. Mais pour se délecter du local, il faut faire preuve de patience et se contenter des disponibilités saisonnières. Valeurs étrangères à la plupart de nos appétits capitalistes avides du tout tout de suite et disponible partout.
Les pages sont parfois ponctuées d'interventions de son mari Steven Hopp professeur en sciences de l'environnement ou du regard juvénile de sa fille Camille. Recettes, conseils pour adopter un mode de vie plus sain et locavore.

Donc Barbara Kingsolver part s'installer dans une ferme au climat plus propice à la culture légumière. Après avoir retapé le logis, elle veut consommer uniquement du local voire même du cultivé elle même. Les chapitres sont découpés en mois pour cheminer à travers les saisons. Nous avons droit à des cours sur la culture de l'asperge, la fabrication de fromage, les mises en conserve, le dépeçage de poulet, la reproduction des dindes...
Bien sûr ce n'est pas un simple ouvrage qui détaille les aspects fermiers, mais une critique de l'utilisation massive d'OGM aux USA par exemple, versus les modestes pratiques domestiques. C'est un peu David contre Goliath...On ne peut que déplorer la diminution des variétés disponibles sur les catalogues en quelques décennies. Heureusement quelques irréductibles à travers le monde tentent de perpétuer les variétés dites anciennes. Cela finit par payer et les récoltes se multiplient, apportant la joie de la dégustation de légumes de saisons. Le gout est au rendez-vous vu que tout se consomme ultra frais. Mais cela ne se fait pas sans un dur labeur au quotidien. Surtout quand on ajoute de petits élevages de volaille.

Cuisiner soi-même est perçu comme une contrainte car "on a pas souvent le temps", mais c'est une question de priorité. L'industrie nous a conditionné à gober les yeux fermés les plats préparés bourrés d'additifs et de coûts cachés (transport, maladies, pesticides... ) qui sont au final payés par le contribuable. On peut appeler ça de l'aliénation alimentaire. Prendre du plaisir à préparer sa nourriture qu'on a fait pousser est une éducation qui peut devenir un satisfaisant rituel familial ou entre amis.
Devenir conscient de tout ce qui transite dans notre estomac et agir en conséquence est un acte politique. La loi de l'offre et de la demande fonctionne dans les deux sens: si tout le monde cesse de soutenir la grande industrie pour se tourner vers le local, il y aura plus d'offres similaires et les prix diminueront.

La famille Kingsolver s'offre des vacances et peut apprécier ces initiatives qui renforcent la pérennité des circuits courts dans les états voisin et Montréal. Elle réaliste aussi son rêve: visiter l'Italie et surtout apprécier sa gastronomie.
Un chapitre est consacré à la viande et j'ai été moyennement convaincu par certains arguments. Mais on comprend que l'auteure est consciente qu'il y a deux poids deux mesures entre les industries d'élevage et les plus petites fermes. Elle élève des poulets et des dindes et se chargent de leur abatage. Il est vrai que certains esprits bornés sont pour la libération des animaux d'élevage dans la nature, ce qui serait une grosse erreur vu leur dégénérescence. Alors oui stoppons l'élevage industriel, les aberrations génétiques et tournons nous vers de petites exploitations si nous ne pouvons nous passer de viande...

En allusion à la fable d'Esope, on comprend que dans la société actuelle " les cigales gouvernent et les fourmis radotent". Une fois l'hiver arrivé, la famille peut profiter d'un peu de repos et se sustenter des réserves accumulées durant la belle saison.  Outre la satisfaction de se nourrir de son labeur il  y a aussi l'aspect plus pragmatique de l'économie réalisée si on mange ce qu'on fait pousser.
Si on pas la chance d'avoir du terrain, on peut aussi profiter des légumes bio de saisons proposés sur les marchés et faire ses réserves pour l'hiver. Pourtant avec cette mondialisation aberrante, les prix ne sont pas toujours plus bas en saison...
Après une année, alors que les étagères,congélateurs et marchés locaux se vident de leur substance, il est temps tout recommencer.
Pour clôturer une longue biographie d'ouvrages, sites (surtout américains) permettent d'aller plus loin dans la pratique du locavorisme.



 

Blaise Pascal - Pensées - Sélection inédite



Blaise Pascal - Pensées - Sélection inédite

Un classique qui me titillait depuis un moment. En effet, cette vaste œuvre inachevée dont la publication date de 1670 était au départ destinée à en faire une "Apologie de la religion chrétienne".
Plutôt que de chercher une exhaustivité qui aurait sans doute été rébarbative, j'ai fait aveu de faiblesse et je me suis contenté d'une version best of intitulée "Sélection inédite" par Hélène Vuillermet, elle-même inspirée de celle de Léon Brunschvicg en 1897.

Cet pensées parfois courtes ou plus développées, débutent sur un constat: avec les sciences, l'homme cherche à comprendre son univers mais en est bien incapable. Le grand éternel seul est le chef d'orchestre qui est omniscient, l'humain n'a qu'à faire profil bas. Pourtant, certains ce sont bien penchés sur des problèmes divers depuis des siècles.
J'ai bien rigolé avec celle-ci sur les athées "Pourquoi une vierge ne peut-elle enfanter? Une poule ne fait-elle pas des œufs sans coq?"

Considérations sur le "moi", l'imagination, la vanité, la justice... On ne peut s'empêcher de penser à Montaigne, La Bruyère et d'autres qui se sont essayés à la grande morale. Mais ici il tente de prouver par démonstration presque mathématique les avantages de la Foi. Bien qu'il ne puisse pas prouver l'existence de dieu, il fait le pari d'y croire tel un joueur, car si c'est vrai, il n'y a qu'à y gagner au centuple ! Bref, autant dire que je n'ai personnellement pas été convaincu ! L'homme était pourtant un grand physicien et mathématicien, philosophe... Sans doute est-ce l'époque qui a fait que les sciences se développaient grandement et que certains penseurs remettaient en question la religion qu'il s'est senti investi d'une mission théologique? Il aurait eu une "bouleversante expérience mystique" le 23 novembre 1654 ce qui explique peut-être cela... En tous cas il vante la non-violence de l'Eglise ce qui n'est pas tout à fait correct quand on sait que l'Inquisition a causé des milliers de mort et de nombreux cas de torture.


Quelques phrases quand même sont à relever:

"Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point", mais apparemment il ne voulait pas parler de l'Amour mais plutôt de la Foi. C'est donc une mauvaise interprétation qui en a été faite par les romantiques.

"On se persuade mieux, pour l'ordinaire, par les raisons qu'on a soi-même trouvées, que par celles qui sont venues dans l'esprit des autres."

" Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l'avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours; ou nous rappelons le passé pour l'arrêter comme trop prompt: si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas les nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient; et si vains, que nous songeons à ceux qui ne sont plus rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C'est que le présent, d'ordinaire nous blesse. Nous le cachons à notre vue, parce qu'il nous afflige; et s'il nous est agréable, nous regrettons de la voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l'avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n'avons aucune assurance d'arriver.
Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l'avenir. Nous ne pensons presque point au présent; et, si nous y pensons, ce n'est que pour en prendre la lumière pour disposer de l'avenir. Le présent n'est jamais notre fin: le passé et le présent sont nos moyens; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais." 


 

Quentin Jardon - Le chagrin moderne


Quentin Jardon - Le chagrin moderne

Belle pioche que ce premier roman sorti en 2024 d'un jeune auteur belge! Une écriture riche, un ton d'humour en filagramme et une histoire de fuite du monde moderne. 

C'est le récit d'un humoriste un peu raté qui prend conscience du déclin du monde qui l'entoure et qui se rend compte du gâchis qu'il continue de perpétuer au nom d'un égoïsme répugnant: avoir un enfant, une bagnole, un mode de vie polluant...
C'est lors d'un départ en vacances qu'il ne peut plus supporter de contribuer lui même au flot de moutons qui saturent les routes lors des vacances. Dans ce road trip avec quelques flashbacks et digressions, on prend conscience de la fibre écologique qui a germé en lui mais aussi de ses désillusions. La rencontre avec des autostoppeurs lui donneront de plus en plus envie de mettre à exécution son plan élaboré d'abord du bout des lèvres pour tout quitter. Mais il n' a pas vraiment de plan, juste une idée fixe: abandonner sa femme et son enfant qui pourtant lui portent un amour sans faille. C'est peut-être cette vie trop lisse de couple avec enfant qui finit par user sa soif de grande remise un question.

Un roman désabusé et cynique sur le chagrin que devrait nous inspirer le monde.



 

Sergueï Essenine - Journal d'un poète




Sergueï Essenine - Journal d'un poète

Mon ignorance de la littérature russe s'amenuise un peu surtout grâce aux bonnes suggestions de Des livres rances. C'est le cas ici avec cette pointure de la poésie du début du XXème siècle.

Sa vie fut mouvementée et ponctuée de scandales pourtant,  on lui donnerait le bon dieu sans confession en voyant ce beau jeune homme bien habillé au regard envoutant qui orne la couverture. On dirait qu'en à peine trente ans il est passé par diverses phases qui l'ont toujours exalté, reniant parfois complètement certaines idées, pour parfois y revenir ensuite. C'est peut-être ça qui a donné à sa poésie sa variété et sa force tant à l'instant de grâce de l'écriture il était sincère et exalté.
Comme il le dit lui même à la fin de son introduction " Pour une information plus complète sur ma biographie, tout est dans mes vers".

Les premiers textes sont assez bucoliques et rendent hommage à dame nature avant de prendre une tournant à 180° et vanter les plaisirs de la chair et de la boisson des bas fonds de Moscou. Rares sont les titres aux poèmes, mais ils parlent d'eux-mêmes. Certains vers sont très crus tandis que d'autres bercés de douces sensations. Un retour à ses origines pastorales marquent une transition avant de sortir de sa Rus' pour y revenir définitivement.


 

Robert Louis Stevenson - L'étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde




Robert Louis Stevenson - L'étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde

Très grand classique dont j'entendais parler depuis toujours, qui est presque devenu une expression commune pour parler de la dualité, des doubles personnalités. Ce qui m'a décidé, c'est la récente lecture de Laetitia Thibault  "Excès d'émotions, excès de boissons" qui soulignait que sous influence de boissons alcoolisées, on peut clairement muter et devenir quelqu'un d'autre.

Ce court roman fantastique est donc sorti en 1886 et il y règne une ambiance brumeuse, sombre, typiquement victorienne. J'ai quand même trouvé que l'histoire était quelque peu tirée par les cheveux mais c'est finalement pour renforcer un sentiment de suspense qui s'éclaire à la fin dans une très belle construction narrative. Bien sûr, je savais à l'avance de quoi il était plus ou moins question, mais j'avoue que j'ai cru jusqu'au bout que c'était simplement de l'alcoolisme. C'est bien plus subtil que ça, car on peut y voir plusieurs sens. Toujours est-il que je préfère laisser la surprise aux curieux!