
Blaise
Pascal - Pensées - Sélection inédite
Un classique qui me titillait depuis un moment. En effet, cette vaste œuvre
inachevée dont la publication date de 1670 était au départ destinée à en faire
une "Apologie de la religion chrétienne".
Plutôt que de chercher une exhaustivité qui aurait sans doute été rébarbative, j'ai
fait aveu de faiblesse et je me suis contenté d'une version best of intitulée
"Sélection inédite" par Hélène Vuillermet, elle-même inspirée de
celle de Léon Brunschvicg en 1897.
Cet pensées parfois courtes ou plus développées, débutent sur un constat: avec
les sciences, l'homme cherche à comprendre son univers mais en est bien
incapable. Le grand éternel seul est le chef d'orchestre qui est omniscient,
l'humain n'a qu'à faire profil bas. Pourtant, certains ce sont bien penchés sur
des problèmes divers depuis des siècles.
J'ai bien rigolé avec celle-ci sur les athées "Pourquoi une vierge ne
peut-elle enfanter? Une poule ne fait-elle pas des œufs sans coq?"
Considérations sur le "moi", l'imagination, la vanité, la justice...
On ne peut s'empêcher de penser à Montaigne, La Bruyère et d'autres qui se sont
essayés à la grande morale. Mais ici il tente de prouver par démonstration
presque mathématique les avantages de la Foi. Bien qu'il ne puisse pas prouver
l'existence de dieu, il fait le pari d'y croire tel un joueur, car si c'est
vrai, il n'y a qu'à y gagner au centuple ! Bref, autant dire que je n'ai
personnellement pas été convaincu ! L'homme était pourtant un grand physicien
et mathématicien, philosophe... Sans doute est-ce l'époque qui a fait que les
sciences se développaient grandement et que certains penseurs remettaient en
question la religion qu'il s'est senti investi d'une mission théologique? Il
aurait eu une "bouleversante expérience mystique" le 23 novembre 1654
ce qui explique peut-être cela... En tous cas il vante la non-violence de
l'Eglise ce qui n'est pas tout à fait correct quand on sait que l'Inquisition a
causé des milliers de mort et de nombreux cas de torture.
Quelques phrases quand même sont à relever:
"Le cœur a ses raisons que la raison ne
connaît point", mais apparemment il ne voulait pas parler de l'Amour mais
plutôt de la Foi. C'est donc une mauvaise interprétation qui en a été faite par
les romantiques.
"On se persuade mieux, pour l'ordinaire, par les raisons qu'on a soi-même
trouvées, que par celles qui sont venues dans l'esprit des autres."
" Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l'avenir
comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours; ou nous rappelons le passé
pour l'arrêter comme trop prompt: si imprudents, que nous errons dans les temps
qui ne sont pas les nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient; et
si vains, que nous songeons à ceux qui ne sont plus rien, et échappons sans
réflexion le seul qui subsiste. C'est que le présent, d'ordinaire nous blesse.
Nous le cachons à notre vue, parce qu'il nous afflige; et s'il nous est
agréable, nous regrettons de la voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par
l'avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance,
pour un temps où nous n'avons aucune assurance d'arriver.
Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à
l'avenir. Nous ne pensons presque point au présent; et, si nous y pensons, ce
n'est que pour en prendre la lumière pour disposer de l'avenir. Le présent
n'est jamais notre fin: le passé et le présent sont nos moyens; le seul avenir
est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre; et,
nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons
jamais."