William Wordsworth - Ballades lyriques - Ode: Pressentiments d'immortalité



William Wordsworth - Ballades lyriques - Ode: Pressentiments d'immortalité

Pionner du romantisme britannique, William Wordsworth a publié ce recueil à la charnière du XVIIIème et XIXème siècle. C'est son premier opus et il souhaite s'exprimer dans un langage compréhensible de tous.
Dans sa longue préface, il tente de justifier sa méthode universelle qui, il l'espère, procurera du plaisir à chaque lecteur. Les poèmes de longueurs variées se succèdent avec des visions pastorales, une sonorité parfois presque musicale même en français. Je crois que mon préféré est "La vagabonde" qui débute. L'annexe qui a pour titre "
Ode: Pressentiments d'immortalité" est plus tourné vers l'avenir et est presque joyeux. Cela contraste un peu avec ce qui précède qui est plus dans le pathétique.



 

Laetitia Thibault - Excès d'émotions, excès de boissons



Laetitia Thibault - Excès d'émotions, excès de boissons

Cet essai de 2025 écrit par une psychologue annonce dès le départ que l'alcoolisme n'est pas une notion manichéenne. Il est facile de pointer du doigt celle ou celui qui boit tous les jours pour se dédouaner de ses propres dérives. Il est ici plutôt question des usages épisodiques de la boisson. On constate souvent une cause qui vient de l'enfance. Celle des émotions qu'on a refoulé par notre éducation. On cherche alors une soupape qui permet d'exprimer ces frustrations, de se lâcher tout simplement le temps d'une soirée (ou plus). On a établi des mécanismes de contrôle dûs à cette sorte de censure qui prennent soudainement la forme d'une récréation avant de revenir à la discipline. Ces traumatismes de l'enfance qui ont parasités les phénomènes d'attachement (une base solide du parent sur lequel l'enfant peut compter en toute circonstance) mènent à la certitude qu'on a besoin de personne pour vivre. L'alcool apparaît comme une solution facile qu'on peut utiliser en soi-disant maitrise.

 Mais cette "liberté" n'est en fait qu'une entrave qui va se répéter +/- régulièrement mais qui est déclenchée par une certaine situation. Celle ci varie selon les cas ou peut même s'additionner: on boit pour se décontracter et se récompenser après un effort, pour passer un évènement difficile, en contexte social ou solitaire. Le paradoxe est que ces épisodes sont souvent autant recherchés que redoutés. Un sentiment de culpabilité ronge les lendemains.
Il souvent difficile d'admettre "qu'on a un problème avec l'alcool" et de vouloir de l'aide. La société nous encourage en diverses circonstances à consommer. Si on s'abstient, on est vu comme un ovni. C'est surtout cette pression qui est difficile à supporter. On a alors tendance à se retirer, à ne plus vivre les moments de la même manière, ressentir de l'ennui face aux autres qui sont bourrés et ont l'air de s'amuser. On l'a dit, l'alcool agit donc comme un régulateur d'émotion sur lequel on se jette dans une situation donnée. Il s'agit de tenter de casser ces automatismes qui n'admettent qu'une seule option: l'alcool.

Des thérapies existent pour soigner cet addiction épisodique comme  "l'intégration du cycle de la vie" qui va revenir sur certains traumatismes en faisant accepter la biographie de la personne. On va tenter de "réparer" le passé et qu'il redevienne une base apaisante en utilisant les neurones miroirs. Des traumas peuvent être relativisés et contrebalancés par des choses positives qui se sont produites depuis.

On peut aussi travailler sur les schémas de sur-contrôle émotionnel. Tenter de renverser les croyances négatives que l'on cultive depuis longtemps envers soi-même. Avec de l'entrainement et un encadrement, la médiation en pleine conscience peut aussi aider à traverser ses émotions positives et négatives en les acceptant plutôt que de luter contre. Etre dans l'observation plutôt que l'action (boire). Accepter un inconfort et se rendre compte qu'il finira par passer. Autres méthodes: le "scan-corporel", la respiration...

Il n'y a pas de solution miracle et adaptée à tout le monde, juste des pistes qu'il convient de tenter en gardant en tête ces trois variables: individu, contexte, produit. Mais aussi qu'on ne se réduit pas à son addiction, on est aussi autre chose et rien n'est immuable. 


 

Douglas Coupland - Génération X



Douglas Coupland - Génération X

Une des suggestions de ma récente lecture de Hartmut Rosa - Accélération- Une critique sociale du temps qui s'est distinguée du flot indigeste de ses références. Le sous titre en langue anglaise étant " Tales for an Accelerated Culture".

Cet écrivain canadien est l'auteur de ce premier roman best seller paru en 1991. Il était présenté comme une critique du mode vie de la génération occidentale née entre 1965 et 1976. Une certaine vanité empreinte de désillusion. Il faut dire qu'il ne se passe pas grand chose mis à part trois amis qui passent leur temps à se raconter des petites histoires de tranches de vie sur un ton sarcastique. J'ai assez vite saisi des similitudes avec Bret Easton Ellis un peu agaçantes. Il est présenté sous une forme originale avec des notes en marge de page qui ne sont pas sans rappeler" Ambrose Bierce - Le Dictionnaire du Diable".  J'ai quand même souri parfois, mais j'ai trouvé que ça tirait un peu en longueur.
Il y a une certaine réflexion sur le temps comme
 "Je voudrais leur dire que j'envie leurs jeunesses, si pures d'ignorer l'absence de futur. Et je voudrais les étrangler pour nous avoir refilé d'un cœur léger un monde qui ressemble à un vieux maillot avec des traces de pneus."
Ou
"Quand on regarde ces photos, on ne peut s'empêcher de réfléchir au fait que le déclic d'un diaphragme rend n'importe quel moment de la vie tendre, triste et innocent, parce qu'à cet instant le futur reste inconnu, qu'il ne nous a pas encore blessés et qu'en ce bref instant de pose nous passons pour sincères."


 

Cal Flyn - A l'abandon



Cal Flyn - A l'abandon

A la bibliothèque, mon œil a été attiré par ce titre et cette couverture où clairement la nature reprend ses droits. J'ai tout de suite cru à un énième livre illustré d'un urbexeur m'as-tu-vu putaclic qui pullule sur les réseaux sociaux dont certains ont l'audace de sortir des livres se croyant originaux.
Il n'en était rien puisque l'auteure écossaise qui a travaillé pour le National Geographic, The Guardian ou The Times a à mes yeux quelque légitimité. C'est en 2021 que ce livre est sorti avec pour titre orginal "Islands of abandonment - Life in the post-human landscape" et il a été traduit en 2024 et, excusez du peu, il a remporté la médaille John Burroughs en 2022.

Il est divisé en 4 parties dont d'abord "In absentia" qui débute avec sa région écossaise et ses énormes résidus de schistes bitumeux. Ces derniers sont les résultats d'une forte activité humaine des années 1920 qui a définitivement défiguré ces paysages, un peu comme nos terrils. Mais ce que Cal Flyn veut nous faire comprendre c'est que malgré toutes les tortures que l'homme lui inflige, la nature reprend toujours le dessus si on lui fout la paix. Il arrive bien souvent que s'y exprime une biodiversité plus riche qu'auparavant. C'est le cas aussi au no man's land qui balafre l'île de Chypre suite à l'invasion turque. Quelques digressions historiques, naturalistes et politiques rendent vraiment la lecture plaisante sans en faire trop. C'est une sorte de déambulation dans ces lieux atypiques.
En Estonie les immenses sovkhozes ont pour la plupart été délaissées ce qui a permis à ces gigantesques zones jadis cultivées d'être colonisées par les successions d'arbres et participer rien que par leur déréliction à la carbonisation des sols.
On a retrouvé il y a peu des vestiges d'immenses cités amazoniennes qui témoignent d'un passé populeux précolombien et qui sont digérées par la foret. Bien souvent là où l'homme disparait tout se porte bien. Mais il peut arriver que ce dernier qui pactise avec le diable voit sa création lui échapper et provoque des catastrophes nucléaires.
La plus importante est bien sûr Tchernobyl où près de 40 ans après la vie foisonne.

"Ceux qui restent" est la 2eme partie et on y découvre Detroit qui un exemple où des quartiers en ruine côtoient d'autres plein de vie. La ville a connu un déclin dès la fin de l'apogée de l'industrie automobile. Le délabrement attire le crime et se répand comme une maladie, c'est ce qu'on appelle le "blight urbain". Les dépouilleurs en tout genre se succèdent accélérant encore le déclin.
A Paterson c'est un peu la même rengaine après qu'on ait fait tourner des usines avec la force de l'eau tout en polluant durablement à la sortie de la ville. Des ombres y déambulent dans un chaos expiatoire.

"L'ombre portée" arrive 3eme et nous amène dans la baie de Newark aux USA qui est tellement polluée par une concentration de pesticide et la dioxine que la pêche est interdite car hautement cancérigène. Des épaves énormes de bateaux au rebut sont le symbole de notre société de consommation. Ce n'est malheureusement pas une exception et d'autres endroits sont dégradés et cela se répercute dans toute la chaine alimentaire. Certains espèces arrivent à s'adapter, muter, cela provoque une sorte de sélection artificielle. Certains de nos polluants sont quasi éternels ou dorment au fond de la vase où il serait risqué d'intervenir. C'est un petit cadeau que les prochaines générations découvriront.
A Verdun ce sont des millions d'obus et de cadavres humains qui se sont concentrés sur une zone d'à peine 13km², à certains endroits plus rien ne pousse.
La prolifération de plantes dites invasives est aussi une cause humaine plus particulièrement dans les jardins botaniques mal contrôlés ou quand les colons veulent recréer des jardins comme dans leur patrie... C'est encore plus dramatiques dans les milieux insulaires. Alors que nous avons peu de recul empirique sur les conséquences de nos inconséquences, il y a quand même quelques observations optimistes sur la résilience de la nature.
 Alors que quand une plante "invasive" a tendance à se sur développer au début et supplanter les plantes "indigènes", elle finit tôt au tard par s'autoréguler car son excès provoque des réactions (parasites, champignons...)  qui l'affaiblissent voire la font disparaitre et les autochtones reprennent leur place.
Sur l'île orcadienne de Swona, un troupeau d'élevage a été abandonné suite à la désertion humaine. Les bovins sont retournés en quelques décennies à l'état sauvage et les codes habituels des ruminants se sont redessinés. C'est presqu'un cas d'école concernant cette espèce.

La 4eme partie se nomme "Dénouement".
Dans d'autres endroits du globe, certains habitants vivent avec une épée de Damoclès au dessus de leur tête à coté de volcans actifs. Ces derniers peuvent véritablement ravager tout sur leur passage avec différents effets selon leur type: coulées pyroclastiques, pluie de cendres, lave...
Un cas récent en 1997 sur l'île de Montserrat a rasé de la carte la ville de Plymouth.
Pour conclure, l'auteure se rend dans des endroits aux USA comme Salton City qui fait face à la salinisation et la putréfaction de sa mer intérieure et Slab City (ancienne base militaire) où une sorte d'anarchie est de mise.

Vous l'aurez compris, la nature n'a pas besoin de nous, elle se porte bien mieux sans nous. Même si on se rend compte de nos erreurs, il vaut parfois mieux ne pas intervenir que de provoquer un remède pire que le mal. 


 

Sylvain Kermici - Les voies souterraines



Sylvain Kermici - Les voies souterraines

Pioché au hasard à la bibliothèque dans un présentoir éphémère qui avait pour thème la couleur bleue des couvertures, c'est un roman tout ce qu'il y a de plus récent vu qu'il est sorti en janvier 2026.

On est dans le roman noir, bien violent qui aborde deux marginaux dont les chemins se croisent: Liz et Joshua. Tous deux ont un passif douloureux et brutal, c'est ce qui va les unir pour non pas le meilleur mais pour le pire. Les vols de plus en plus audacieux vont les faire survivre jusqu'aux meurtres qui deviendront comme un rituel. On a parfois l'impression que c'est un peu gratuit..  Cela devient comme une vengeance sur le monde qui les a tant méprisé et fait souffrir dans leur vie d'avant. 


 

Vincent Almendros - Sous la menace



Vincent Almendros - Sous la menace


D'après une suggestion de Des livres rances, je me suis laissé happer par ce court roman sorti en 2024. Je l'ai avalé quasi d'une traite et il y a une tension qui ne cesse tenir en haleine, on ne sait vraiment pas où l'auteur nous emmène jusqu'à la dernière page.

C'est l'histoire de Quentin qui a 14 ans et est toujours ébranlé par la mort de son père, il est fraichement renvoyé de l'école à cause d'une bagarre. Sa mère l'emmène passer un weekend chez ses grands parents en compagnie de sa cousine et celle ci va lui révéler un secret qu'il se serait bien gardé d'apprendre. Sous ces aspects adolescents, on se demande comment va basculer l'histoire mais ce ne sera pourtant pas la chute qu'on attendait...


 

Carlo Michelstaedter - La persuasion et la rhétorique & Appendices critiques



Carlo Michelstaedter - La persuasion et la rhétorique & Appendices critiques

Voilà un philosophe austro-hongrois maudit tombé dans l'oubli. Je n'en avais jamais entendu parlé, c'est dans les sombres essais de Baudouin de Bodinat que son nom m'est apparu. Et le fait qu'il se soit suicidé juste après l'écriture de cet essai m'a un peu titillé. Ce jeune homme de 23 ans qui se donne la mort en 1910 bercé de philosophie va tenter un mémoire qui est profondément baigné des antiques penseurs et j'avoue que j'avais peur de n'y rien comprendre, n'ayant pas les références nécessaires. Nombreuses sont les citation en grec dans le texte, mais au final cela n'alourdit pas la lecture comme pourraient le faire des notes en fin de livre. C'est assez pessimiste, étrange et plein de digressions.

D'abord De la Persuasion. C'est presque un exercice de style sur la logique, sur notre profonde tendance à ne jamais atteindre ce qu'on désire. Cela fait partie de la physique: un objet est attiré vers le bas par l'attraction terrestre sans jamais atteindre son but. Nous ne cherchons qu'à assouvir nos plaisirs égoïstes mais nous ne possédons rien si ce n'est notre propre conscience du monde qui varie sans doute d'un individus à l'autre. Chacun se sert d'autrui pour rassasier ses désirs (la fleur se sert de l'abeille pour disperser son pollen, l'abeille se nourrit du nectar pour sa descendance). Notre bref passage terrestre ne fera qu'effleurer les choses qui pour la plupart nous survivront. La crainte de la douleur est représentée par un dieu inventé pour nous rassurer illusoirement. Mélancolie, remords, peur, colère...sont des sentiments tellement familiers que nos terreurs peuvent naitre de notre clairvoyance sur notre condition. C'est fort nihiliste et sombre, on pourrait penser à du Cioran avant l'heure...

De la Rhétorique. 
Dans notre nullité, notre insignifiance, nous cherchons à nous rassurer en s'imaginant "être"  et nous voulons le faire savoir en déblatérant des pensées aux autres. C'est cela la rhétorique, un miroir apaisant  qui nous renvoie notre illusion quand les autres nous répondent "oui tu es". Nous pensons que notre vision est l'absolu de tout le monde.
Qu'est-ce que la réalité? La perception de nos sens? Nous ne voyons pas d'un même regard un ami qu'on apprécie et un personnage qui nous débecte. Pourtant il s'agit bel et bien d'une même personne. Que peut évoquer un morceau de pain si nous avons faim et lorsque nous sommes rassasiés?
On essaie de définir une objectivité qui finalement n'est que subjectivité d'après l'auteur. Les scientifiques s'obstinent dans la rhétorique à démontrer des choses, alors que notre propre œil ne peut tout voir et que nous sommes dirigés par nos sensations.

"C'est ainsi que nous trouvons quelque soulagement au spectacle décourageant des chemins ensanglantés de l'histoire: dans l'actualité de nos fins et de nos intérêts, bref dans l'égoïsme, qui, sur la rive tranquille, jouit de là en sécurité du spectacle lointain de la masse confuse des ruines".

Chacun cherche sa petite sécurité tant l'esclave que le maitre, les deux étant liés: la sécurité des chaines de l'un qui contre un travail est protégé comme outil de travail du maitre qui ne doit plus fournir d'effort si ce n'est celui de nourrir son esclave.  Les progrès abêtissent l'individu puisqu'il devient de plus en plus interdépendant des autres.

L'homme nait aujourd'hui avec l'héritage des siècles d'évolution, de tout ce qui a été débattu. La rhétorique n'est plus qu'un lieu commun. Une fois que l'homme se retrouve nu, que le blabla s'effondre, il tâte la violence de la nature et ne peut compter sur ses propres forces.
La société s'essaie à façonner les hommes pour qu'ils reproduisent les ordres docilement sans se poser de questions. "Tu comprendras quand tu seras grand" mais une fois adulte, nous reproduisons les mêmes contraintes sur les plus jeunes et la roue tourne indéfiniment.
Nous sommes donc "persuadés" toute notre vie et nous répétons comme des perroquets tout cela dans la rhétorique.

Dans les Annexes ça turbine bien dans les raisonnements de philosophie ou de logique où il y a parfois de quoi se perdre un peu... Mais c'est pour justifier tout ce qui précède.
L'homme se complait dans la suffisance, il ne se pose pas la question du pourquoi il vit, il se contente de répéter à l'envi les mêmes schémas qu'on lui a inculqué.

"Craindre la mort n'est autre que paraître sage sans l'être" Socrate rapporté par Platon. Certains thèmes développés par Platon puis Aristote sont débattus avec parfois des concepts assez abscons, des notes plus longues que les pages etc ...A tel point que j'ai fini par abandonner les 100 dernières pages.