Cal Flyn - A l'abandon
A
la bibliothèque, mon œil a été attiré par ce titre et cette couverture où
clairement la nature reprend ses droits. J'ai tout de suite cru à un énième
livre illustré d'un urbexeur m'as-tu-vu putaclic qui pullule sur les réseaux
sociaux dont certains ont l'audace de sortir des livres se croyant originaux.
Il n'en était rien puisque l'auteure écossaise qui a travaillé pour le National
Geographic, The Guardian ou The Times a à mes yeux quelque légitimité. C'est en
2021 que ce livre est sorti avec pour titre orginal "Islands of
abandonment - Life in the post-human landscape" et il a été traduit en
2024 et, excusez du peu, il a remporté la médaille John Burroughs en 2022.
Il est divisé en 4 parties dont d'abord "In absentia" qui débute avec
sa région écossaise et ses énormes résidus de schistes bitumeux. Ces derniers
sont les résultats d'une forte activité humaine des années 1920 qui a
définitivement défiguré ces paysages, un peu comme nos terrils. Mais ce que Cal
Flyn veut nous faire comprendre c'est que malgré toutes les tortures que
l'homme lui inflige, la nature reprend toujours le dessus si on lui fout la
paix. Il arrive bien souvent que s'y exprime une biodiversité plus riche
qu'auparavant. C'est le cas aussi au no man's land qui balafre l'île de Chypre
suite à l'invasion turque. Quelques digressions historiques, naturalistes et
politiques rendent vraiment la lecture plaisante sans en faire trop. C'est une
sorte de déambulation dans ces lieux atypiques.
En Estonie les immenses sovkhozes ont pour la plupart été délaissées ce qui a permis
à ces gigantesques zones jadis cultivées d'être colonisées par les successions
d'arbres et participer rien que par leur déréliction à la carbonisation des
sols.
On a retrouvé il y a peu des vestiges d'immenses cités amazoniennes qui
témoignent d'un passé populeux précolombien et qui sont digérées par la foret.
Bien souvent là où l'homme disparait tout se porte bien. Mais il peut arriver
que ce dernier qui pactise avec le diable voit sa création lui échapper et
provoque des catastrophes nucléaires.
La plus importante est bien sûr Tchernobyl où près de 40 ans après la vie
foisonne.
"Ceux qui restent" est la 2eme partie et on y découvre Detroit qui un
exemple où des quartiers en ruine côtoient d'autres plein de vie. La ville a
connu un déclin dès la fin de l'apogée de l'industrie automobile. Le
délabrement attire le crime et se répand comme une maladie, c'est ce qu'on
appelle le "blight urbain". Les dépouilleurs en tout genre se
succèdent accélérant encore le déclin.
A Paterson c'est un peu la même rengaine après qu'on ait fait tourner des
usines avec la force de l'eau tout en polluant durablement à la sortie de la
ville. Des ombres y déambulent dans un chaos expiatoire.
"L'ombre portée" arrive 3eme et nous amène dans la baie de Newark aux
USA qui est tellement polluée par une concentration de pesticide et la dioxine
que la pêche est interdite car hautement cancérigène. Des épaves énormes de
bateaux au rebut sont le symbole de notre société de consommation. Ce n'est
malheureusement pas une exception et d'autres endroits sont dégradés et cela se
répercute dans toute la chaine alimentaire. Certains espèces arrivent à s'adapter,
muter, cela provoque une sorte de sélection artificielle. Certains de nos
polluants sont quasi éternels ou dorment au fond de la vase où il serait risqué
d'intervenir. C'est un petit cadeau que les prochaines générations
découvriront.
A Verdun ce sont des millions d'obus et de cadavres humains qui se sont
concentrés sur une zone d'à peine 13km², à certains endroits plus rien ne
pousse.
La prolifération de plantes dites invasives est aussi une cause humaine plus
particulièrement dans les jardins botaniques mal contrôlés ou quand les colons
veulent recréer des jardins comme dans leur patrie... C'est encore plus
dramatiques dans les milieux insulaires. Alors que nous avons peu de recul
empirique sur les conséquences de nos inconséquences, il y a quand même quelques
observations optimistes sur la résilience de la nature.
Alors que quand une plante
"invasive" a tendance à se sur développer au début et supplanter les
plantes "indigènes", elle finit tôt au tard par s'autoréguler car son
excès provoque des réactions (parasites, champignons...) qui l'affaiblissent voire la font disparaitre
et les autochtones reprennent leur place.
Sur l'île orcadienne de Swona, un troupeau d'élevage a été abandonné suite à la
désertion humaine. Les bovins sont retournés en quelques décennies à l'état
sauvage et les codes habituels des ruminants se sont redessinés. C'est
presqu'un cas d'école concernant cette espèce.
La 4eme partie se nomme "Dénouement".
Dans d'autres endroits du globe, certains habitants vivent avec une épée de Damoclès
au dessus de leur tête à coté de volcans actifs. Ces derniers peuvent
véritablement ravager tout sur leur passage avec différents effets selon leur
type: coulées pyroclastiques, pluie de cendres, lave...
Un cas récent en 1997 sur l'île de Montserrat a rasé de la carte la ville de
Plymouth.
Pour conclure, l'auteure se rend dans des endroits aux USA comme Salton City
qui fait face à la salinisation et la putréfaction de sa mer intérieure et Slab
City (ancienne base militaire) où une sorte d'anarchie est de mise.
Vous l'aurez compris, la nature n'a pas besoin de nous, elle se porte bien
mieux sans nous. Même si on se rend compte de nos erreurs, il vaut parfois
mieux ne pas intervenir que de provoquer un remède pire que le mal.

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