Stephen King - Salem



Stephen King - Salem

Gros morceau que ce deuxième roman du maître de l'épouvante sorti en 1975. D'après sa préface de 2005 c'est l'un de ses préférés.
L'histoire est pourtant classique: une ville qui devient fantôme car ses habitants sont victimes de vampirisme. Il témoigne ainsi de son admiration pour le célèbre Dracula de Bram Stoker.
Il a quand même l'art de poser une ambiance avec beaucoup de personnages qui à priori n'ont pas de rapport entre eux et puis peu à peu le puzzle se dessine et la tension monte.

Ben Mears revient dans la ville de son enfance et se rappelle une sinistre demeure qui domine la ville de Jerusalem's lot: Marsen House. Il y a vécu ses premières terreurs. C'est un écrivain et rapidement il trouve l'amour. Mais des disparitions commencent à secouer la vie tranquille de cette petite ville. Un étranger rachète cette ruine dont personne ne veut et les soupçons se dirigent vers lui. On est alors entrainé dans une hécatombe sanglante.
Dans ma version actualisée, les 668 pages sont suivies de deux nouvelles parues dans le recueil Danse Macabre de 1978 sur cette ville à savoir "Un dernier pour la route" et " Jerusalem's lot". Cette dernière porte le titre "Celui qui garde le ver" dans Danse Macabre et la traduction française est différente et apparaît sous forme épistolaire, signe de respect évident pour Dracula.
En bonus on a encore les scènes coupées du roman mais j'avoue que j'ai vite laissé tomber car le soufflé était retombé. Cela s'adresse aux vrais fanatiques de Stephen King je suppose...


 

Georges Orwell - Dans le ventre de la baleine et autres essais (1931-1943)



Georges Orwell - Dans le ventre de la baleine et autres essais (1931-1943)

Par le passé j'ai bien sur lu les classiques "1984", "La ferme des animaux" mais aussi "Dans la dèche à Paris et à Londres", "Hommage à la Catalogne" ... En fait j'ai eu une phase monomaniaque d'Orwell il y a une vingtaine d'années.

J'ai découvert récemment quelques recueils d'essais dont celui ci qui m'a laissé une impression assez mitigée.
Cela débute par une mise au point "Pourquoi j'écris " daté de 1946 puis d'autres courts essais classés chronologiquement de 1931 à 1943. On comprend vite qu'au delà de l'égoïsme, l'esthétique et l'historicisme, le coté "politique" à pris le dessus. Les sujets sont forts variés mais on retrouve cette belle plume pleine de verve contre l'impérialisme, le capitalisme et le fascisme.
On pourrait y voir des à-côtés de ses romans avec des histoires en Birmanie puis une fronde contre les communistes lors de la guerre d'Espagne à laquelle il s'est engagé dans les Brigades Internationales. Il y rappelle sa déception envers les contre-révolutionnaires rouges qui ont étouffé dans l'œuf les élans libertaires. Mais aussi plus loin des comparaisons avec Mussolini ou Hitler (en 1942).

Une longue critique de Charles Dickens m'a quelque peu perdu vu que je n'ai rien lu de lui. On y apprend que bien qu'il ait critiqué une grande partie de la société anglaise de son époque, il a pourtant été admiré par tout le monde. Peut-être parce qu'il ne l'a jamais vraiment remise totalement en question. Chaque courant parfois antagoniste a voulu s'approprier l'auteur comme prêchant pour sa paroisse.. C'est un pilier de la littérature anglaise à tel point qu'il est omniprésent dans l'esprit anglais.
Il a aussi apparemment parlé de l'enfance comme personne d'autres et contrairement à la plupart de ses contemporains n'a pas fait preuve de chauvinisme anglais. Orwell part dans une longue analyse de la psychologie des personnages dans l'œuvre de Dickens, de ses considérations de classe, j'avoue avoir parcouru en diagonale certaines pages vu que je ne voyais pas de quoi il parle.

Il passe ensuite à une critique d'Henry Miller et son "Tropique du cancer" dont je n'ai personnellement pas retenu grand chose de positif avec un détour par Withman...Il dénonce un certain fatalisme, une légèreté de ces auteurs qui ne seraient plus du tout à la mode aujourd'hui (entendez en 1940). D'après lui, on ne peut plus ne rien dénoncer.
Mise en perspective d'autres auteurs démodés qui ont eu leur succès auprès d'une génération et sont tombés en désuétude et ont participé à créer une mythologie champêtre auprès des urbains ou le contraire.... et puis plus généralement de la littérature du début du XXème siècle et ses successions de modes. Comme écrivain, Il était de bon ton de se déclarer de gauche, voire adhérant du parti communiste, mais Georges Orwell a été dégouté de la politique et de l'allégeance à la Russie. Il vaut mieux n'adhérer à aucune idéologie pour rester véritablement libre.
Jack London, HG Wells ou encore Aldous Huxley sont aussi abordés. Le tout sous le prisme des idéaux et courants politiques et leurs contradictions, leur impasses.

S'en suit une longue analyse de la société anglaise de 1940-41 alors que la Deuxième Guerre Mondiale vient de débuter. Il vante les mérites du socialisme et tente d'en exprimer sa vision (presque son programme politique s'il était politicien). Cela a du être éclairant à l'époque, mais aujourd'hui c'est un peu désuet.
L'ouvrage termine avec un longue biographie d'Eric Blair le vrai nom de Georges Orwell.



 

Henri Michaux - Moments - Traversée du temps


Henri Michaux - Moments - Traversée du temps

Après une petite erreur de sélection (je me suis rendu compte que j'avais déjà lu celui que je traquais à la bibliothèque!), je me suis rabattu au hasard sur ce titre.

Paru en 1973, ce recueil de poésie part un peu dans tous les sens, vers libres, moments hallucinés, ça ne m'a pas tellement touché. Pas grand chose à dire à part que je l'ai torché en peu de temps, mais j'ai quand même été séduit par un seul poème que je me permets de retranscrire ici:

" Le jour, les jours, la fin des jours
......................................................................
Sans qu'ils parlent, lapidé par leur pensées

Encore un jour de moindre niveau. Gestes sans ombres
A quel siècle faut-il se pencher pour s'apercevoir?

Fougères, fougères, on dirait des soupirs, partout, des soupirs
Le vent éparpille les feuilles détachées

Force des brancards, il y a dix huit cent mille ans on naissait
déjà pour pourrir, pour périr, pour souffrir

Ce jour, on en a déjà eu de pareils
quantité de pareils

jour où le vent s'engouffre
jour aux pensées insoutenables

Je vois les hommes immobiles
couchés dans des chalands

Partir.
De toute façon partir.

Le long couteau du flot de l'eau arrêtera la parole."


 

Ernst Jünger - Orages d'acier



Ernst Jünger - Orages d'acier

C'est rare d'être à tel point captivé par un récit, qui plus est historique. Chaque fois que je rouvrais ces presque 400 pages, j'étais happé par cette horreur, cette absurdité de la guerre.

Ernst Jünger est ce qu'on appelle un héro de la Grande Guerre coté allemand devenu célèbre par ses écrits sur celle ci. Il a aussi joué un rôle plus effacé dans la deuxième guerre mondial mais il s'est surtout dissocié du nazisme et à même publié en 1939 "Sur les falaises de marbre" qui est apparemment une allégorie contre le totalitarisme. Il n'en est pas moins un nationaliste convaincu adepte de la pensée de la Révolution Conservatrice.
https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_conservatrice_(Weimar)

Revenons à "Orages d'acier" publié en 1920 qui m'a vraiment fait vibrer au rythme des bombes, des balles sifflantes, du chaos des tranchées.
A peine âgé de 19 ans, il est engagé dans la guerre 14, un peu naïf mais surtout motivé par l'aventure et à en découdre avec l'ennemi. Il trépigne alors qu'il entend au loin les combats et attend son tour pour entrer dans la danse macabre. Il devient rapidement lieutenant et échappe à la mort à maintes reprises. Les attaques s'enchainent, ses camarades tombent au fur et à mesure. Après les intenses combats dont il réchappe toujours, il profite d'un peu de répit lors des permissions. Mais ce n'est que pour revenir de plus belle dans cette boucherie. Il est doublement blessé quatorze fois, évacué, puis retour au front. Une sorte de monotonie s'installe au fil des pages dans la successions de combats, d'assauts, de shrapnels, d'estropiés, de morts mais tout est raconté de manière palpitante. On en vient à se demander comment on peut supporter de telles horreurs, sans doute advient-il une sorte d'indifférence salutaire pour ne pas devenir fou.
Crescendo dans la fureur des combats jusqu'au point d'orgue "La Grande Bataille". Puis on sent que la fin est proche, le moral commence à décroitre, l'ennemi anglais a de plus en plus de moyens humains et techniques (chars, avions, armes efficaces). L'absurdité de ces avancées-reculs incessants finissent par avoir raison de l'Allemagne. Dans un ultime combat, il s'en sort miraculeusement alors que gravement blessé, grâce au dévouement de ses soldats. Il est ramené à Hanovre alors que l'armistice est proche.
Je n'ai pas tellement l'habitudes des récits de guerre, mais celui m'a laissé une terrible impression et une très vague ressemblance, l'héroïsme en moins dans les descriptions de bombardements avec le fameux "Voyage au bout de la nuit " de Céline...



 

Jean-Claude Michéa - L'enseignement de l'ignorance et ses conditions modernes



Jean-Claude Michéa - L'enseignement de l'ignorance et ses conditions modernes

Ce philosophe français m'avait été soufflé par Olivier Rey, maintenant que je referme cet essai paru en 1999, qui semble-t-il a un peu vieilli, j'y vois quelque similitudes de confusion.

La lecture fut laborieuse avec les notes en bas de pages plus longues que le texte et puis les notes de fin de volumes qui contiennent elles-mêmes des notes. Je n'ai pas compris le sens du titre non plus tant les digressions anticapitalistes sont nombreuses.
L'arrivée naissante de l'information va éradiquer l'Enseignement, ce qui on le voit aujourd'hui, n'est pas vraiment le cas.... Pour le reste, on voit des similitudes avec le concept de Société du Spectacle dont l'Enseignement semble faire les frais.

Mai 68 a été une "révolte" qui a assis durablement les meilleurs idéaux capitalistes et consuméristes, en rendant uniques les désirs de chacun et leurs assouvissements. C'est à partir de là que tout a tendu vers un inexorable déclin.

"Avons-nous vraiment affaire, comme le veut l'interprétation dominante, à de jeunes militants civiques, révoltés par le peu de place et de considération que le système capitaliste réserve à la culture et aux être humains? Ou ne sont-ils déjà, au contraire, pour un nombre croissants d'entre eux que de simples consommateurs, difficiles et chicaniers (en un mot "citoyens"), essentiellement désireux d'obtenir au meilleur prix les marchandises que le système propose, voire, pour certains, soucieux de la qualité de l'emballage?"
Quelques lumineux développements dans un dense fouillis. 


 

Georges Picard - Monsieur Incapable



Georges Picard - Monsieur Incapable

Court roman assez désabusé et surréaliste sorti en 2020 et je l'ai choisi car pour moi Georges Picard est devenu comme une valeur sûre.

Le titre fait penser à la série "Monsieur Madame" et c'est un peu de ça qu'il s'agit, un portrait caricatural d'un looser, enfin plutôt un paresseux qui revendique son droit de ne rien faire.
Monsieur Incapable est un vrai nihiliste qui a reçu son brevet d'incapacité à l'université. Il tente d'énumérer les sept évènements qui ont marqué sa vie. Il doit vraiment se creuser la tête (bien que ce soit fort fatiguant) pour trouver des choses dignes d'être soulignées. En effet, son existence est misérable et volontairement inutile. Il se retrouve quand même embarqué dans des amourettes, et une sorte de coup d'état anarchiste pour renverser les maîtres du monde. Cela tourne bien sûr à la débandade avec un ton bien grinçant sur les grands idéaux. On sourit quasi du début à la fin de cette belle prose sans lourdeur. Il y aussi quelque chose d'assez ubuesque (bien que j'aie pas du tout accroché à Alfred Jarry) dans cette absurde comédie. Un bon moment de lecture léger donc ! 


 

Matsuo Bashô - Haïkus et notes de voyage




Matsuo Bashô - Haïkus et notes de voyage

Lors d'un voyage à pieds de 1562 kilomètres qui dura 9 mois en 1684-1685, le maître du haïku japonais Bashô a rédigé ce carnet de voyage.
Je n'ai pas vraiment été touché par cette poésie minimaliste qui pourrait faire penser à des mots d'enfant naïf. On pourrait même taxer ça de fainéantise littéraire mais sans doute suis-je trop fermé pour l'apprécier. Au moins, j'aurais pu me faire ma propre idée...
L'édition que j'ai eu en main est illustrée d'esquisses japonaises de Manda qui habillent ces quelques lignes qui auraient semblés tellement dérisoire et nues sans ça.


 

Etienne Helmer - "Diogène" et les cyniques ou la liberté dans la vie simple


 

Etienne Helmer - "Diogène" et les cyniques ou la liberté dans la vie simple

Ayant découvert récemment la collection initiée par Serge Latouche " Les précurseurs de la décroissance"  avec Cornelius Castoriadis - & l'autonomie radicale, je me suis laissé tenter par une découverte approfondie d'un pilier philosophique de la Grève Antique à savoir le fameux Diogène de Sinope. A ne pas confondre avec Diogène de Laërce doxographe de son état 6 siècles plus tard.
Celui-ci est connu par avoir compilé des citations et autres écrits volants de certains de ses ancêtres dont son homonyme.

Diogène de Sinope est né vers -413 avant JC, décédé à 90 ans vers - 323. Sa pensée radicale l'a un peu laissé dans l'oubli et (quasi?) aucun écrit direct ne subsiste.
En effet, il fait partie de l'école cynique et encourage à embrasser un mode de vie simple au plus proche de la nature, se libérer des conventions sociales et ne compter que sur soi-même. Il serait connu pour avoir raillé Alexandre Le Grand quand il s'est approché de lui  "dégage, tu me caches mon soleil".

Comme pour les livres saints, l'authenticité historique de la biographie du personnage est difficile à établir, tant les faits ont du être interprétés, édulcorés au fil des siècles.
D'autant plus que contrairement aux écoles philosophique de Platon ou autres qui devisaient inlassablement, les cyniques avaient plutôt tendance à vivre dans leur chair leur mode de pensée. Des sortes de happenings avant l'heure! Ardu donc de dresser un portrait exhaustif des "cyniques" puisque cette tendance s'est étalée sur près de 9 siècles...
Un trait demeure: un dénuement volontaire, un rejet de tout domicile ou patrie et une foi en l'autosuffisance.
Le parcours philosophique de Diogène aurait commencé avec une histoire de falsification de monnaie de Sinope et un souhait d'atteindre la célébrité. Mais c'est une sorte de symbole de rejet de l'argent et d'anti-héro.
En réponse à Platon, il a aussi imaginé une République idéale qu'il tentait de vivre au quotidien: égalité totale entre les vivants, rejet des superstitions, du superflu, des rites funéraires, de l'armée ... Il appliquait une ascèse, une sorte de torture pour se fortifier et être à même de résister à tout et n'avoir besoin de rien ni de personne. Ne pas s'adonner aux plaisirs faciles qui nous asservissent mais se contenter de l'indispensable. La pratique de la mendicité est préconisée mais uniquement à ceux qui sont sensibles à la philosophie. Une sorte d'échange quand même: du pain contre un éveil philosophique.. (  C'est quand même curieux quand on parle d'autosuffisance je trouve ...). "L'amour de l'argent est la métropole de tous les maux".
Le travail doit se réduire au minimum mais ils ne sont pas contre le labeur alimentaire presque comme les esclaves. Une idée de participer au bien commun sans excès, fournir uniquement le travail nécessaire à la vie.
C'est donc un décroissant avant l'heure en version hardcore. Bien qu'il préconise une sorte de fuite de la société, il faut remettre en perspective ces idées en rapport avec le monde d'aujourd'hui: être cynique c'est secouer l'ordre établi des choses, faire changer les mentalités dans une approche de frugalité dans un système qui croit à la croissance infinie des ressources.

L'ouvrage termine par une trentaine de pages tirées de "Vies et doctrines des philosophes de l'Antiquité" de Diogène de Laërce annoncé plus haut dont la date est incertaine mais qui semble être les témoignages les plus proches dudit Diogène de Sinope publié sans doute au IIIème siècle après JC.
Il reprend les légendes et la biographie rapportées du passé développés et résumé juste avant par Etienne Helmer.
Il y a aussi un extrait du Discours contre les cyniques ignorants de l'Empereur Julien puis Lucien de Samosate.

Barbara Kingsolver - Un jardin dans les Appalaches



Barbara Kingsolver - Un jardin dans les Appalaches

Merci à Greg de m'avoir conseillé ce livre! Cette écrivaine américaine manie le roman, la poésie, les nouvelles mais aussi les essais. C'est le cas ici en 2007 avec une bonne partie autobiographique, un ton humoristique et, ça transcende, une profonde unité familiale.

En effet, un beau jour, elle décide de quitter l'aride Arizona pour s'installer sur les terres de ses ancêtres dans les Appalaches avec les siens. En guise d'introduction, elle explique qu'en à peine quelques générations, les humains sont devenus totalement étrangers à d'où provient leur nourriture. Le cliché du supermarché où nait les légumes et la viande est malheureusement bien réel pour certains citadins. L'économie américaine est basée sur le pétrole. Plusieurs villes sont bâties dans des déserts et vivent sous perfusion à grand renfort de transport, de transformation et d'engrais. La production de calories est clairement à perte. C'est tout bonnement aberrant de devoir dépenser autant de ressources pour produire une nourriture suremballée qui aura parcouru des milliers de km pour terminer en cholestérol. J'ai trouvé une sorte de diabolisation du mode de vie américain, comme si il n'y avait que là que la société était hors sol. Malheureusement c'est le cas un peu partout dans le monde industrialisé. L'Europe est loin d'être un exemple de vertu.
Les circuits courts permettent une distribution plus logique et vivable, bien que certains ricanent et y pointent le prix élevé. Mais c'est parce qu'ils comparent avec la malbouffe qui est ridiculement peu onéreuse. Mais pour se délecter du local, il faut faire preuve de patience et se contenter des disponibilités saisonnières. Valeurs étrangères à la plupart de nos appétits capitalistes avides du tout tout de suite et disponible partout.
Les pages sont parfois ponctuées d'interventions de son mari Steven Hopp professeur en sciences de l'environnement ou du regard juvénile de sa fille Camille. Recettes, conseils pour adopter un mode de vie plus sain et locavore.

Donc Barbara Kingsolver part s'installer dans une ferme au climat plus propice à la culture légumière. Après avoir retapé le logis, elle veut consommer uniquement du local voire même du cultivé elle même. Les chapitres sont découpés en mois pour cheminer à travers les saisons. Nous avons droit à des cours sur la culture de l'asperge, la fabrication de fromage, les mises en conserve, le dépeçage de poulet, la reproduction des dindes...
Bien sûr ce n'est pas un simple ouvrage qui détaille les aspects fermiers, mais une critique de l'utilisation massive d'OGM aux USA par exemple, versus les modestes pratiques domestiques. C'est un peu David contre Goliath...On ne peut que déplorer la diminution des variétés disponibles sur les catalogues en quelques décennies. Heureusement quelques irréductibles à travers le monde tentent de perpétuer les variétés dites anciennes. Cela finit par payer et les récoltes se multiplient, apportant la joie de la dégustation de légumes de saisons. Le gout est au rendez-vous vu que tout se consomme ultra frais. Mais cela ne se fait pas sans un dur labeur au quotidien. Surtout quand on ajoute de petits élevages de volaille.

Cuisiner soi-même est perçu comme une contrainte car "on a pas souvent le temps", mais c'est une question de priorité. L'industrie nous a conditionné à gober les yeux fermés les plats préparés bourrés d'additifs et de coûts cachés (transport, maladies, pesticides... ) qui sont au final payés par le contribuable. On peut appeler ça de l'aliénation alimentaire. Prendre du plaisir à préparer sa nourriture qu'on a fait pousser est une éducation qui peut devenir un satisfaisant rituel familial ou entre amis.
Devenir conscient de tout ce qui transite dans notre estomac et agir en conséquence est un acte politique. La loi de l'offre et de la demande fonctionne dans les deux sens: si tout le monde cesse de soutenir la grande industrie pour se tourner vers le local, il y aura plus d'offres similaires et les prix diminueront.

La famille Kingsolver s'offre des vacances et peut apprécier ces initiatives qui renforcent la pérennité des circuits courts dans les états voisin et Montréal. Elle réaliste aussi son rêve: visiter l'Italie et surtout apprécier sa gastronomie.
Un chapitre est consacré à la viande et j'ai été moyennement convaincu par certains arguments. Mais on comprend que l'auteure est consciente qu'il y a deux poids deux mesures entre les industries d'élevage et les plus petites fermes. Elle élève des poulets et des dindes et se chargent de leur abatage. Il est vrai que certains esprits bornés sont pour la libération des animaux d'élevage dans la nature, ce qui serait une grosse erreur vu leur dégénérescence. Alors oui stoppons l'élevage industriel, les aberrations génétiques et tournons nous vers de petites exploitations si nous ne pouvons nous passer de viande...

En allusion à la fable d'Esope, on comprend que dans la société actuelle " les cigales gouvernent et les fourmis radotent". Une fois l'hiver arrivé, la famille peut profiter d'un peu de repos et se sustenter des réserves accumulées durant la belle saison.  Outre la satisfaction de se nourrir de son labeur il  y a aussi l'aspect plus pragmatique de l'économie réalisée si on mange ce qu'on fait pousser.
Si on pas la chance d'avoir du terrain, on peut aussi profiter des légumes bio de saisons proposés sur les marchés et faire ses réserves pour l'hiver. Pourtant avec cette mondialisation aberrante, les prix ne sont pas toujours plus bas en saison...
Après une année, alors que les étagères,congélateurs et marchés locaux se vident de leur substance, il est temps tout recommencer.
Pour clôturer une longue biographie d'ouvrages, sites (surtout américains) permettent d'aller plus loin dans la pratique du locavorisme.