Barbara
Kingsolver - Un jardin dans les Appalaches
Merci à Greg de m'avoir conseillé ce livre!
Cette écrivaine américaine manie le roman, la poésie, les nouvelles mais aussi
les essais. C'est le cas ici en 2007 avec une bonne partie autobiographique, un
ton humoristique et, ça transcende, une profonde unité familiale.
En effet, un beau jour, elle décide de quitter l'aride Arizona pour s'installer
sur les terres de ses ancêtres dans les Appalaches avec les siens. En guise
d'introduction, elle explique qu'en à peine quelques générations, les humains
sont devenus totalement étrangers à d'où provient leur nourriture. Le cliché du
supermarché où nait les légumes et la viande est malheureusement bien réel pour
certains citadins. L'économie américaine est basée sur le pétrole. Plusieurs
villes sont bâties dans des déserts et vivent sous perfusion à grand renfort de
transport, de transformation et d'engrais. La production de calories est
clairement à perte. C'est tout bonnement aberrant de devoir dépenser autant de
ressources pour produire une nourriture suremballée qui aura parcouru des
milliers de km pour terminer en cholestérol. J'ai trouvé une sorte de
diabolisation du mode de vie américain, comme si il n'y avait que là que la
société était hors sol. Malheureusement c'est le cas un peu partout dans le
monde industrialisé. L'Europe est loin d'être un exemple de vertu.
Les circuits courts permettent une distribution plus logique et vivable, bien
que certains ricanent et y pointent le prix élevé. Mais c'est parce qu'ils
comparent avec la malbouffe qui est ridiculement peu onéreuse. Mais pour se
délecter du local, il faut faire preuve de patience et se contenter des
disponibilités saisonnières. Valeurs étrangères à la plupart de nos appétits
capitalistes avides du tout tout de suite et disponible partout.
Les pages sont parfois ponctuées d'interventions de son mari Steven Hopp
professeur en sciences de l'environnement ou du regard juvénile de sa fille
Camille. Recettes, conseils pour adopter un mode de vie plus sain et locavore.
Donc Barbara Kingsolver part s'installer dans une ferme au climat plus propice
à la culture légumière. Après avoir retapé le logis, elle veut consommer
uniquement du local voire même du cultivé elle même. Les chapitres sont
découpés en mois pour cheminer à travers les saisons. Nous avons droit à des
cours sur la culture de l'asperge, la fabrication de fromage, les mises en
conserve, le dépeçage de poulet, la reproduction des dindes...
Bien sûr ce n'est pas un simple ouvrage qui détaille les aspects fermiers, mais
une critique de l'utilisation massive d'OGM aux USA par exemple, versus les
modestes pratiques domestiques. C'est un peu David contre Goliath...On ne peut
que déplorer la diminution des variétés disponibles sur les catalogues en
quelques décennies. Heureusement quelques irréductibles à travers le monde
tentent de perpétuer les variétés dites anciennes. Cela finit par payer et les
récoltes se multiplient, apportant la joie de la dégustation de légumes de
saisons. Le gout est au rendez-vous vu que tout se consomme ultra frais. Mais
cela ne se fait pas sans un dur labeur au quotidien. Surtout quand on ajoute de
petits élevages de volaille.
Cuisiner soi-même est perçu comme une contrainte car "on a pas souvent le
temps", mais c'est une question de priorité. L'industrie nous a
conditionné à gober les yeux fermés les plats préparés bourrés d'additifs et de
coûts cachés (transport, maladies, pesticides... ) qui sont au final payés par
le contribuable. On peut appeler ça de l'aliénation alimentaire. Prendre du
plaisir à préparer sa nourriture qu'on a fait pousser est une éducation qui peut
devenir un satisfaisant rituel familial ou entre amis.
Devenir conscient de tout ce qui transite dans notre estomac et agir en
conséquence est un acte politique. La loi de l'offre et de la demande
fonctionne dans les deux sens: si tout le monde cesse de soutenir la grande
industrie pour se tourner vers le local, il y aura plus d'offres similaires et
les prix diminueront.
La famille Kingsolver s'offre des vacances et peut apprécier ces initiatives
qui renforcent la pérennité des circuits courts dans les états voisin et
Montréal. Elle réaliste aussi son rêve: visiter l'Italie et surtout apprécier
sa gastronomie.
Un chapitre est consacré à la viande et j'ai été moyennement convaincu par
certains arguments. Mais on comprend que l'auteure est consciente qu'il y a
deux poids deux mesures entre les industries d'élevage et les plus petites
fermes. Elle élève des poulets et des dindes et se chargent de leur abatage. Il
est vrai que certains esprits bornés sont pour la libération des animaux
d'élevage dans la nature, ce qui serait une grosse erreur vu leur
dégénérescence. Alors oui stoppons l'élevage industriel, les aberrations
génétiques et tournons nous vers de petites exploitations si nous ne pouvons
nous passer de viande...
En allusion à la fable d'Esope, on comprend que dans la société actuelle "
les cigales gouvernent et les fourmis radotent". Une fois l'hiver arrivé,
la famille peut profiter d'un peu de repos et se sustenter des réserves
accumulées durant la belle saison. Outre
la satisfaction de se nourrir de son labeur il
y a aussi l'aspect plus pragmatique de l'économie réalisée si on mange
ce qu'on fait pousser.
Si on pas la chance d'avoir du terrain, on peut aussi profiter des légumes bio
de saisons proposés sur les marchés et faire ses réserves pour l'hiver.
Pourtant avec cette mondialisation aberrante, les prix ne sont pas toujours
plus bas en saison...
Après une année, alors que les étagères,congélateurs et marchés locaux se
vident de leur substance, il est temps tout recommencer.
Pour clôturer une longue biographie d'ouvrages, sites (surtout américains)
permettent d'aller plus loin dans la pratique du locavorisme.

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