Etienne Helmer - "Diogène" et les cyniques ou la liberté dans la vie simple


 

Etienne Helmer - "Diogène" et les cyniques ou la liberté dans la vie simple

Ayant découvert récemment la collection initiée par Serge Latouche " Les précurseurs de la décroissance"  avec Cornelius Castoriadis - & l'autonomie radicale, je me suis laissé tenter par une découverte approfondie d'un pilier philosophique de la Grève Antique à savoir le fameux Diogène de Sinope. A ne pas confondre avec Diogène de Laërce doxographe de son état 6 siècles plus tard.
Celui-ci est connu par avoir compilé des citations et autres écrits volants de certains de ses ancêtres dont son homonyme.

Diogène de Sinope est né vers -413 avant JC, décédé à 90 ans vers - 323. Sa pensée radicale l'a un peu laissé dans l'oubli et (quasi?) aucun écrit direct ne subsiste.
En effet, il fait partie de l'école cynique et encourage à embrasser un mode de vie simple au plus proche de la nature, se libérer des conventions sociales et ne compter que sur soi-même. Il serait connu pour avoir raillé Alexandre Le Grand quand il s'est approché de lui  "dégage, tu me caches mon soleil".

Comme pour les livres saints, l'authenticité historique de la biographie du personnage est difficile à établir, tant les faits ont du être interprétés, édulcorés au fil des siècles.
D'autant plus que contrairement aux écoles philosophique de Platon ou autres qui devisaient inlassablement, les cyniques avaient plutôt tendance à vivre dans leur chair leur mode de pensée. Des sortes de happenings avant l'heure! Ardu donc de dresser un portrait exhaustif des "cyniques" puisque cette tendance s'est étalée sur près de 9 siècles...
Un trait demeure: un dénuement volontaire, un rejet de tout domicile ou patrie et une foi en l'autosuffisance.
Le parcours philosophique de Diogène aurait commencé avec une histoire de falsification de monnaie de Sinope et un souhait d'atteindre la célébrité. Mais c'est une sorte de symbole de rejet de l'argent et d'anti-héro.
En réponse à Platon, il a aussi imaginé une République idéale qu'il tentait de vivre au quotidien: égalité totale entre les vivants, rejet des superstitions, du superflu, des rites funéraires, de l'armée ... Il appliquait une ascèse, une sorte de torture pour se fortifier et être à même de résister à tout et n'avoir besoin de rien ni de personne. Ne pas s'adonner aux plaisirs faciles qui nous asservissent mais se contenter de l'indispensable. La pratique de la mendicité est préconisée mais uniquement à ceux qui sont sensibles à la philosophie. Une sorte d'échange quand même: du pain contre un éveil philosophique.. (  C'est quand même curieux quand on parle d'autosuffisance je trouve ...). "L'amour de l'argent est la métropole de tous les maux".
Le travail doit se réduire au minimum mais ils ne sont pas contre le labeur alimentaire presque comme les esclaves. Une idée de participer au bien commun sans excès, fournir uniquement le travail nécessaire à la vie.
C'est donc un décroissant avant l'heure en version hardcore. Bien qu'il préconise une sorte de fuite de la société, il faut remettre en perspective ces idées en rapport avec le monde d'aujourd'hui: être cynique c'est secouer l'ordre établi des choses, faire changer les mentalités dans une approche de frugalité dans un système qui croit à la croissance infinie des ressources.

L'ouvrage termine par une trentaine de pages tirées de "Vies et doctrines des philosophes de l'Antiquité" de Diogène de Laërce annoncé plus haut dont la date est incertaine mais qui semble être les témoignages les plus proches dudit Diogène de Sinope publié sans doute au IIIème siècle après JC.
Il reprend les légendes et la biographie rapportées du passé développés et résumé juste avant par Etienne Helmer.
Il y a aussi un extrait du Discours contre les cyniques ignorants de l'Empereur Julien puis Lucien de Samosate.

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