Ella Maillart - Oasis interdites



Ella Maillart - Oasis interdites

Cette écrivaine, photographe et exploratrice suisse est née au début du XXème siècle et fut citée par Nicolas Bouvier, c'est d'ailleurs lui même qui assure la préface de ce récit de voyage. Elle n'en est pas à son coup d'essai et a déjà publié plusieurs ouvrages qui racontent ses aventures.

C'est le périple d'une femme qui en 1935 parcourut l'Asie Centrale en partant de Pékin jusqu'au Cachemire. Elle est accompagnée de Peter Fleming, un écrivain britannique, qui lui aussi se retrouve à vouloir accomplir ce voyage qui serpente sur l'ancienne route de la soie.

Il est vrai qu'il ne se passe pas grand chose dans ces débuts lents parsemés d'embuches. De courts chapitres rythment le récit. Il faut ruser pour obtenir un passeport, s'armer de patience, parlementer et puis trouver des chameaux, des guides. Les étapes se succèdent avec quelques tranches de vies décrites, le quotidien. Son compagnon veut avancer le plus vite possible dans cette longue traversée ce qui ne plait pas vraiment à Ella Maillart qui se plaint de ne pas avoir le temps d'appréhender chaque endroit visité.
Nous sommes en pleine montée du communisme en Chine et des communautés musulmanes du Turkestan s'y opposent. Après plusieurs mois de cheminement et des milliers de kilomètres parcourus, dont la traversée de l'Altyn-Tagh où ils montent jusqu'à 5000m d'altitude, ils arrivent à Tcherchen au Sinkiang et se font arrêter brièvement mais leurs passeports sont finalement estampillés. Ella Maillart grâce a quelques talents médicaux , médicaments et onguents parvient à soigner les gens malades qu'elle rencontre.
L'auteure se fend d'un petit historique du Sinkiang. L'expédition se rapproche de la chaine de l'Himalaya où les différentes cultures se côtoient. Une fois la frontière avec le Cachemire passée, ils sont reçus avec frasque et luxe, rappelons que Peter Fleming étant anglais, il est "chez lui"...
Srinagar est atteint et ils éprouvent un gout nostalgique de leur vie "sauvage" des derniers mois en rencontrant la vie moderne et urbaine. Rapidement les complices se séparent, elle rentre en Europe où les sauts de puces d'avion lui font remettre en perspective le monde et les distances. Nous sommes à l'aube de la deuxième guerre mondiale. 


 

Hartmut Rosa - Accélération - Une critique sociale du temps



Hartmut Rosa - Accélération - Une critique sociale du temps


Essai sorti en 2010 pour le moins ardu où je me suis senti patauger pendant une bonne partie. Paradoxalement cette lecture m'a semblé terriblement longue!
Pourtant les questions du Temps me taraudent, me fascinent et je pensais y trouver matière à réflexion.

Le constat que fait l'auteur est qu'il n'existe pas vraiment une sociologie du temps. De nombreux penseurs se sont penchés sur la question depuis des siècles mais de manière solipsiste et il n'y a pas de réel consensus. Il faudrait déjà s'accorder sur qu'est-ce que le temps. De très nombreuses références ponctuent le texte à tel point qu'il devient difficile de suivre et de toutes les 2 lignes aller se reporter à une note en fin d'ouvrage. Ce qui n'aide pas pour tenter de rester à flot!
En gros, on a pu constater avec la Modernité une constante accélération de tout. La technique, la communication, les transports, la pensée, l'économie, tout s'accélère. Les améliorations sont censées nous libérer du temps libre mais on n'a jamais autant couru et manqué de temps que depuis qu'on est "libéré" de nombreuses contraintes. Ce paradoxe s'observe un peu partout. Il y a désormais des retraites, des déconnexions qui sont proposées pour s'extraire un moment de cette course. Mais gare à être dépassé à son retour !

Comme je viens de le dire, ce qui est intéressant de relever, c'est que les avancées technologiques censées nous faire économiser du temps (ordinateur, voiture, électroménagers...) en réalité ne le font que peu.
On a simplement tendance à les utiliser plus souvent voire à faire plusieurs choses en même temps: cuisiner dans son four en même temps que passer l'aspirateur.
Pour effectuer une sérieuse analyse de l'accélération, il faut prendre en compte trois facteurs: l'accélération technique, celle du changement social et du rythme de vie.
Antinomie: l'augmentation de la capacité de vitesse de la voiture sur la marche à pied est réduite par l'augmentation du nombre de voiture qui crée des embouteillages et donc de la lenteur.  On assiste à un" anéantissement de l'espace par le temps". Internet en est une excellent exemple: la notion d'espace devient inexistante puisque tout est connecté et disponible partout tout le temps.
Le train a été perçu comme un monstre de vitesse lors son invention, aujourd'hui il est perçu comme un mode de transport lent. Le jazz était considéré comme une musique endiablée alors qu'on écoute ça pour se relaxer de nos jours.

On peut observer une fracture générationnelle qui se creuse de plus en plus et ce depuis la fin du XVIIIème siècle. Les codes et modes deviennent de plus en plus étrangers entre générations et là où avant les jeunes apprenaient de leurs ainés, il y a une telle accélération que ceux ci apprennent plus de leurs pairs désormais. Autre signe de l'accélération sociale: jadis les jeunes tentaient de paraître plus vieux qu'il n'étaient pour avoir une certaine légitimité. Aujourd'hui ce sont les vieux qui tendent à ressembler à des jeunes, signe d'une certaine ouverture au changement rapide et à l'adaptation. Il faut donc être disposé à se remettre sans cesse en question pour suivre. C'est vers la fin du XVIIIème siècle qu'apparait le 1er journal quotidien, autre signe de l'accélération. Aujourd'hui les sites d'informations s'actualisent plusieurs fois par jour voire font du direct 24h/24. On est sur un pente qui s'effondre constamment et "Nous dansons de plus en plus vite pour rester au même endroit".

Il y a depuis quelques décennies un "stress du temps libre", il se met des obligations de hobbies car on est invité à prendre du recul par rapport au flux qui s'accélère. La société capitaliste nous offre de plus en plus de biens de consommation de détente qu'on s'empresse de gober dans cette frénésie.
Les sondages le prouvent: il y a un tendance à considérer certaines activités de loisir comme hautement satisfaisantes et préférables comme se cultiver, écrire.... mais les sondés préfèrent s'abandonner à des activités faciles et passives comme la télévision, les jeux vidéos, la musique mainstream ....

La décontexstualisation, le fait que tout soit disponible partout tout le temps les rends moins intenses d'où une recherche de sensations de plus en plus extrêmes. La vieille expression biblique "il y a un temps pour tout" est devenue obsolète. La saturations de vécus immédiats annule le sentiment d'expérience. Nos différentes activités (travail, famille, loisirs...) nous happent dans une spirale qui floutent les frontières et chacune de ces cases se chevauchent sans qu'on puisse refaire surface. L'influence judéo-chrétienne nous fait ressentir le gaspillage de temps comme un grand péché. Mais alors qu'auparavant notre passage terrestre n'était qu'une étape avant le paradis ou l'enfer éternel, l'époque moderne nous fait prendre conscience de la brièveté de la vie et donc qu'il faut un maximum remplir ce temps qui s'écoule inexorablement.
La course aux conquêtes militaires au fil du temps, l'évolution de l'armement n'a fait qu'amplifier ce phénomène d'aller toujours plus vite pour devancer son adversaire jusqu'à la bombe atomique qui marque la ligne d'arrivée.

L'identité d'un être humain peut changer plusieurs fois au cours d'une vie et de plus en plus rapidement face à la multitude de choix qui s'offrent à nous et à l'individualisation. Nous ne sommes plus boulanger pour toute une vie, catholique ou communiste comme nos parents. Nous nous ne pouvons nous appuyer sur rien de certain vu que tout change de plus en plus vite. L'actualité du matin est obsolète le soir.
J'ai donc passé une "éternité" à terminer ces 480 pages et 80 de notes qui sont en fait une sorte de mémoire universitaire...

En annexe un interview de l'auteur par Le Monde en 2010 qui est beaucoup plus claire ! J'aurais peut-être du m'en contenter!



 

Ira Levin - Un bonheur insoutenable



Ira Levin - Un bonheur insoutenable

En 1970, 3 ans après "Un bébé pour Rosemary", Ira Levin nous ravit d'un roman dystopique qui n' a pas à rougir d'un "1984" ou "Le meilleur des monde". Il y a donc une critique de notre société et de ses dérives, du règne de la dopamine et en quelques sortes du smartphone avant l'heure.


On est dans un monde totalitaire qui est un peu un mélange stalinisme capitalisto religieux où chaque individu est équipé d'un bracelet d'identification qui doit être scanné à tout va. Chaque mois,  il doit passer prendre son traitement qui va agir sur ses humeurs et réguler toute envie de rébellion.
Les sensations sont réduites au strict minimum, tout sentiment égoïste et envie de violence sont annihilés, tous doivent agir pour le bien de la Famille et de l'ordinateur central UniOrd. Les naissances sont contrôlées, il n'existe qu'une poignée de prénoms puisque chacun est interchangeable à volonté selon les besoin du moment. La délation est obligatoire puisque chaque petit faux pas est rapporté aux "conseillers", le contrevenant est alors convoqué pour s'expliquer et réadapter sa médication pour le remettre dans le droit chemin. L'ancien monde de libres penseurs est un mauvais souvenir, toute tentative d'émancipation est taxée de maladie voire d'incurabilité.

Matou est un jeune garçon aux yeux vairons qui est initié par son grand père à essayer de décider de son existence. La surveillance tentera bien sûr de mater cette vilaine graine. Une fois adulte, ça continue de travailler un peu dans son cerveau malgré les drogues, il va alors tenter un long cheminement pour essayer de se libérer de cette chape de bonheur obligatoire. Le suspense grimpe au fil du récit et prend des allures quelque peu cinématographiques.

"- Ce qui me stupéfie, c'est le nombre de membres improductifs qu'il y avait à l'époque. Tous ces négociants et ces législateurs, ces soldats et policiers, ces banquiers, ces percepteurs d'impôts... "




 

Dimitri Rouchon-Borie - Ritournelle


Dimitri Rouchon-Borie - Ritournelle

J'ai voulu revenir à cet auteur français qui s'était illustré avec "Le démon de la colline aux yeux" en 2021. Ici, il a romancé une chronique judiciaire parue en 2018 dans un recueil appelé sobrement "Au tribunal" et c'est sorti aux éditions Le Tripode en 2021.

C'est assez court et peut-être tant mieux tant certaines scènes de barbarie rappellent American Psycho. Mais on est loin de l'univers de Bret Easton Ellis, on serait plutôt dans la banalité d'une délinquance décomplexée sur fond de drogue et d'alcoolisme. Pour quelques instants de plaisir immédiat, l'être humain est capable du pire, pratiquant la violence et la torture pour faire le fier-à-bras dans l'espoir de tirer son coup. Trois petites frappes se retrouvent sur le banc des accusés et le récit est un bon mélange de scène de tribunal et de sordidité d'une virée de débauche. Une écriture qui tranche dans le vif avec quelques fines observations, des ambiances qui nous sont jetées au visage qui finissent par nous laisser une gout de stupre dans la bouche, c'est un peu la signature de l'auteur.



 

Pierig Humeau - A corps et à cris - Sociologie des punks français


Pierig Humeau - A corps et à cris - Sociologie des punks français

Je cherchais Remy Oudghiri et je suis tombé par hasard sur ce pavé de 350 pages grand format sorti en 2021. C'est une sorte d'extension d'une thèse de sociologie d'un individu qui est punk depuis une dizaine d'année. Cette étude surtout basée sur 3 années d'observation intense entre 2006 et 2009 en France dans le grand Nord-Ouest se base sur 636 questionnaires , des lectures de fanzines, des concerts, des actes militants etc. L'auteur a été batteur dans un groupe. Toute la difficulté est de pouvoir observer un milieu en en faisant partie et rester un maximum objectif tout en vivant dans sa chair diverses évolutions et expériences.

La première partie est un rappel des origines du punk. Comme je m'y attendais et comme c'est raconté dans la plupart des biographies sur le sujet, on nous bassine avec les sempiternels Sex Pistols et Clash. Ce sont en fait des boys band avant l'heure, puisqu'ils ont été chaperonnés par Malcom Mc Larenn et Vivianne Westwood stylistes et vendeurs de fringues de leur état. La conjoncture a fait qu'une partie de la jeunesse a voulu s'identifier à ce style vestimentaire qui accessoirement a produit une idéologie et imagerie nihiliste pour les Pistols et un contestation de pacotille teintée de musique antillaises pour les Clash. Je ne comprends pas trop comment on peut parler de lancement du mouvement DIY vu qu'ils étaient tous deux sur de grosses majors. Faites ce que je dis pas ce que je fais. Pourtant dès 1978, CRASS a vraiment jeté les base du DIY et du punk politisé prenant la balle au rebond des débuts du punk soulignant directement les contradictions des pionniers. Malheureusement il n'y a qu'une ligne en fin de ce chapitre qui le mentionne. Voilà qui m'a quelque peu refroidi à poursuivre. La transition vers la France et quelques groupes précurseurs dans les années 80 est abordée.

La suite devient vraiment une étude sociologique dite prosopographique des punks français avec l'ombre de Bourdieu qui plane au dessus de la méthodologie. Rapports à la famille, à l'école puis l'adolescence d'où souvent va démarrer une attirance vers ce mouvement. Rejet d'un certain establishment, l'identification à un groupe de pairs va s'opposer aux autres (rappeurs, bcbg...) et la  fréquentation de concerts va devenir une forme d'affirmation. Les acteurs du mouvement (membres de groupes, organisateur, labels, auteurs de fanzines) se mêlent bien souvent aux consommateurs car c'est bien là l'esprit du DIY. Tout le monde peut le faire soi-même. Le look, l'attitude et surtout une pensée politique revêtent d'une certaine importance et "le stigmate devient emblème". Les tableaux comparatifs de milieux, professions (ou leur absence), d'âge, de sexe apportent un regard statistique éclairé. Quelques sous-genres sont aussi signalés. Le langage, le pogo et le rapport au corps permettent de vraiment appartenir à un groupe d'individu et vont amener le véritable hexis punk. La défonce au sens large est assez fréquente dans le milieu.

Nous revenons à l'expérience de l'auteur avec l'historique de son accession au microcosme punk. Il y a clairement une évolution, comme des rites de passages pour acquérir un "capital punk", un parrainage des plus anciens ou plus expérimentés pour être reconnu comme légitime. Les vieux dispensent aussi des conseils aux novices. Rares sont les groupes qui gardent les mêmes membres tout au long de leur carrière et il peut arriver que certains décident de s'auto-exclure car il y a dissonance aux seins des diverses aspirations ou pensées. Etre actif suppose un engagement total: organisations, répétitions, enregistrements, sorties de disques, promotion...Cela devient pour certains un véritable mode de vie.
Le vieillissement politico-artistique peut prendre diverses voies selon les gouts qui changent, les membres qui amènent d'autres influences, les rencontres etc. Au plus on s'investit plus il devient peu probable d'un jour en sortir. Peut-être que cette participation à la perpétuation du mouvement prendra d'autres formes avec le temps.

Voilà donc une lecture qui a certains moments m'a rappelé quelques schémas familiers et qui apparaît parfois comme une sorte de reflet via un prisme doctoral. 




 

François Villon - Œuvres complètes



François Villon - Œuvres complètes

Pour l'anecdote François Corbier a choisi son pseudonyme en hommage à ce grand poète français du XVème siècle qui s'appelait à la base François de Montcorbier. Cela me démangeait d'une fois découvrir ce poète auquel même Rabelais rend hommage.

La version des œuvres complètes que j'ai loué en bibliothèque a été actualisée en français moderne par Claude Pinganaud en 2005. Par la brève biographie en introduction, j'apprend que François Villon fut un brigand auteur d'un meurtre et de maints larcins plusieurs fois condamné à la pendaison mais gracié au dernier moment. Sa poésie est emprunte de cette épée de Damoclès qui pèse au dessus de sa tête et on dit que son style s'est démarqué de la mode de son époque.
Malgré la mise à niveau moderne, j'avoue n'avoir pas toujours saisi grand chose si ce n'est un certain rythme, une rime et un peu de satire. On sent vraiment que c'était un monde qu'on a du mal à imaginer et l'humour était tout autre. Difficile donc d'apprécier à sa juste valeur cette poésie de la fin du Moyen Age.

Cela démarre avec "Le lais" (1457) qui est une série de dons qu'il veut faire, se sachant condamné, à ses ennemis mais aussi quelques amis.

Arrive son chef d'œuvre de 2023 vers: " Le Testament".
Nous sommes tous égaux devant la mort, riches ou pauvres. Le thème du Tempus Fugit revient encore.
Longue énumération de legs qui revient dans une autre version un peu rébarbative entrecoupée de sorte de petites ballades en hommage à un personnage dont il vient de parler.

Seulement " Les regrets de la belle heaulmière" m'a touché
https://www.poemes.co/les-regrets-de-la-belle-heaulmiere.html


Dans ses poésies diverses, il y a aussi quelques louanges au seigneur qui dénotent un peu de ces éloges de la débauche.

Arrive la fameuse "La Ballade des pendus" improprement appelée "L'épitaphe Villon" qui est considéré comme le plus grand classique de la poésie française, qui est une interpellation de la mort sur la vie.
Cette monographie termine avec "Jargon et Jobelin" de 1489 qui manie l'argot et le champ lexical de  la délinquance dans 11 ballades où là je n'ai vraiment entravé que dalle!

Bref un grand classique de la poésie médiévale française mais qu'il est difficile d'appréhender en 2026. 


 

Ian McEwan - Amsterdam




Ian McEwan - Amsterdam

J'ai beau tenter de me rappeler mais je ne sais plus à quelle occasion David Le Breton parlait de ce roman sorti en 1999. Toujours est-il que je l'avais noté et c'est seulement maintenant que j'ai pu découvrir cet auteur anglais à la plume bien corrosive. Une histoire bien agencée, peut-être un peu alambiquée mais chargée d'humour noir et abrasive Le suspense m'a bien tenu en haleine jusqu'à la dernière page.

Cela commence par ces deux amis qui se retrouvent aux obsèques de leur amante commune Molly. La mort l'a arrachée à son existence en un éclair et ils s'interrogent sur le sens de la vie.
Clive, l'un d'eux est un célèbre compositeur classique qui s'arrache les cheveux à tenter de composer l'œuvre de sa vie. Il y a toute une atmosphère autour de la musique classique et un cynisme sur la vie d'artiste orgueilleux. L'inspiration est une muse qui ne se laisse pas facilement apprivoiser.
Vernon est l'autre personnage qui est directeur de rédaction d'un célèbre journal. Là aussi on est confronté à ce petit monde de la presse, ses mesquineries et cette course aux parts de marché. Ce dernier va saisir l'aubaine de publier des photos compromettantes dans sa feuille de chou en déclin pour se tailler sa part de gloire. Mais cela ne se passera pas vraiment comme prévu... Clive de son côté s'assoira sur sa morale au nom de se grande créativité. Les deux amis finiront par se brouiller, s'accusant mutuellement de trahison. Cet accrochage profitera bien à un autre protagoniste qui ne les porte pas dans son cœur....



 

Louis De Diesbach - Liker sa servitude



Louis De Diesbach - Liker sa servitude

Voici une lecture moderne puisque cet essai est paru en 2023. Il porte le sous-titre "Pourquoi acceptons-nous de nous soumettre au numérique?" Il y a clairement un clin d'œil à Etienne de Boétie et son fameux  "Discours sur la servitude volontaire", car c'est bien de ça qu'il s'agit, nous acceptons tous les règles du jeu de vendre nos habitudes, nos goûts et intérêts aux grands maitres du monde du numérique. En cliquant automatiquement, un peu irrité, sur "accepter les cookies" ou "les conditions d'utilisation" nous accordons notre consentement à être étroitement espionné. Depuis les lois sur les RGPD, c'est d'ailleurs fait exprès ces fenêtres où l'on doit cliquer pour nous ennuyer et qu'on accepte sans réfléchir.

Pour débuter, l'auteur dresse un petit historique d'internet et son côté désintéressé de libre échange de l'information. Idéal rapidement gangréné par le capitalisme car n'est-ce pas le plus merveilleux outil dont rêvaient les publicitaires de pouvoir cerner au mieux le consommateur et ainsi taper dans le mille? Cette notion de liberté et d'autonomie sont biaisées à partir du moment où des algorithmes choisissent ce que nous voyons nous faisant croire à un libre arbitre. C'est encore pire avec l'IA qui va modeler notre information ou notre imaginaire selon les tendances du moment ou la pensée dominante (ou la plus rentable).

Le but des réseaux sociaux  et plus généralement des GAFAM (entendez Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) est que nous passions un maximum de temps dessus pour pouvoir mieux nous cerner et ainsi vendre notre temps d'attention aux annonceurs de manière extrêmement ciblée. Bien sûr plus les sujets sont choquants, spectaculaires plus ils attirent des réactions émotionnelles, plus il y a de commentaires et au plus le business tourne. Il y a une véritable volonté de créer des clivages marqués pour alimenter les joutes verbales. Les méchants nazis VS les sales gauchistes, un vrai manichéisme. Cela génère des caisses de résonnance où l'on reste entre convaincus dans un confort intellectuel douillet tout en blâmant l'ennemi commun. Les biais de confirmation nous empêche toute remise en question. Une réelle addiction voire une frénésie incontrôlable peut rapidement se manifester comme l'a démonté une vieille expérience sur les rats de Skinner (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bo%C3%AEte_de_Skinner).

Si on contrôle un mécanisme pour avoir une récompense, on est capable d'une certaine retenue. Par contre si lors de l'actionnement d'une commande on a parfois un bonbon, parfois pas, on se met à l'actionner sans arrêt et on perd les pédales. C'est exactement ce qui se passe avec les algorithmes, un like, une reconnaissance  virtuelle nous apporte de la dopamine, alors on la recherche constamment alors que parfois il n'y en a pas. On scrolle inlassablement car par ci par là un truc nous intéresse. Le système enregistre nos réactions pour nous proposer encore plus de contenu etc.
Quand on arrive sur une nouvelle plateforme, on est accueilli comme un prince, les biais cognitifs sont renforcés et elle agit de manière assez semblable aux embrigadements sectaires. Peu à peu nos libertés sont entravées subtilement, on devient prisonnier d'une geôle dont on ne voit même plus les barreaux, on s'isole dans un monde irréel.

Si l'on se penche sur une approche utilitariste  (https://fr.wikipedia.org/wiki/Utilitarisme#:~:text=L'utilitarisme%20est%20un%20principe,Bentham%2C%20par%20Henry%20William%20Pickersgill.) la somme des avantages d'une majorité sur ses inconvénients ne peut pas décemment être salutaire quand on pense aux ravages que cela implique. Internet consomme 10% de l'électricité mondiale ! Surtout à cause  des hangars de serveurs qui tournent 24h/24 pour rendre disponible cette manne de savoir mais surtout d'idioties. On le sait la vérité côtoie gaiement le mensonge sur le net. Sans parler des esclaves qui extraient les métaux rares pour fabriquer les ordinateurs et autres smartphones.

Deux biais humains viennent nous affecter: d'abord le "biais sur le présent"  qui est une satisfaction de l'instant au mépris d'un bienfait sur le long terme. Puis le "biais des coûts irrécupérables" qui nous fait foncer tête baissée dans le mur car on n'a plus la capacité de se remettre en question qui nous fait atteindre le fond car l'on se dit "tant pis, je n'ai rien à cacher, je suis déjà fichu".
Il est facile de se complaire dans le confort de nos chaines, qu'un guide suprême décide pour nous ce qui va nourrir notre esprit. Mais comment en arrive-t-on à un tel asservissement moral? Ces tendances ont été déjà développées par Huxley, Orwell, Kant, Camus, Sartre, Dostoïevski et bien sur La Boétie. Depuis la Seconde Guerre Mondiale le seul confort, le lissage et les plaisirs perpétuels guident nos vies. L'effort est devenu rédhibitoire. La technologie est la réponse à tout et nous rendra béat pourvu qu'on se divertisse et qu'on vende notre âme au diable.

"Tu es à moitié victime, à moitié complice, comme tout le monde." (Sartre). Nous bâtissons nous mêmes notre propre prison et sommes persuadés que nous sommes libres. Convaincus que nous ne faisons pas partie des moutons alors que nous ne cessons de nous mimer les uns les autres dans une spirale sans fin. La liberté est synonyme d'angoisse car il bien plus facile de se complaire dans le déni.
Et puis choisir n'est-ce pas renoncer donc une forme de négation de la liberté vraie?
Mais peut-on exercer une coercition au nom de la liberté? Obliger les enfants à manger des légumes plutôt que des frites? Peut-être est-ce l'éducation qui est cruciale dès le plus jeune âge pour alerter des rouages cachés des GAFAM et savoir s'en méfier. L'auteur voit dans le vote une façon démocratique de faire pression sur ces mastodontes pour les contraindre à une éthique. Personnellement je n'ai aucune illusion ou confiance dans une quelconque utilité de ce jeu de pouvoir qui ne sert que les intérêts personnels des élites. Mais pourquoi ne pas arriver à une régulation de cet "online" comme tout autre chose de la vraie vie? Ces dernières années, le tabac n'a-t-il pas subit une sacrée limitation sous prétexte de danger pour la santé? Pourquoi ne pas faire de même avec des réseaux néfastes ultra addictifs?


Nous sommes "humains, trop humains" et donc minés par nos paradoxes, gangrénés par nos contradictions. Exemple créer un groupe Facebook anti-Facebook.
"A cheval donné, on ne regarde pas les dent." Nous fonçons sur ce qui est gratuit ou pas cher sans en mesurer les conséquences, souvent inconscients du vrais cout des choses dans un monde capitaliste basé sur la prévision et non pas le réel. Peut-être que si nous acceptions de payer pour utiliser des services qui nous permettent de communiquer avec le monde entier, nous divertir, nous donner accès au savoir, les GAFAM nous traiteraient comme des vrais clients et pas comme une manne manipulable surveillée à laquelle il faut à tout prix distiller de la pub.
 Si nous ne likions que des contenus intéressants, vérifiés où l'émotion ne nous aveugle pas, les algorithmes s'adapterait à ce qui est le plus en vogue.  

Bref, il est trop tard pour faire machine arrière, il est utopique et vain d'être technophobe mais sachons utiliser au mieux certains avantages que la technologie nous permet en n'oubliant pas que  la vie réelle n'est pas faite que de satisfactions immédiates. Restons conscients de la faillibilité de l'humain et cessons de vouloir une vie de certitudes, de rapidité et d'optimisation ce que la machine peut nous prodiguer.


 

Virgile - Le souci de la terre (Les Géorgiques)


Virgile - Le souci de la terre (Les Géorgiques)

Longue introduction du traducteur Frédéric Boyer qui se permet une version remaniée en 2019 de ce grand classique de la poésie antique à savoir les Géorgiques. Il a voulu rendre une version modernisée qui pourrait se rapprocher de l'esprit originel de déclamation ou scansion.
Cela m'a donné quelques balises pour mieux appréhender ce long poème de 2000 vers rédigé entre 37 et 30 avant JC en ces fameux hexamètres dactyliques. Ayant vécu un deuil lors de cette ardue traduction, il y voit un magnifique portrait de la vie terrestre dont il faut tenter de profiter lors de notre court passage à sa surface.

Le Livre I est une sorte de traité d'agriculture où il est question de bonnes pratiques (rotations, sarclages, respect du sol....), de louanges de la vie rurale loin des tumultes guerriers de son époque.

Dans la partie II, on passe aux arbres, surtout la vigne et l'olivier avec quelques bizarreries botaniques  sur les greffes et boutures ... Un poirier ne se greffe pas sur un pommier !? Il y a toujours comme un rappel à notre fragile condition de l'éphémère. Les références aux dieux sont nombreuses mais aussi à la situation géopolitique de son époque.

Le Livre III débute avec plein d'allusions mythologiques, où je me suis un peu perdu, avant d'être presque un guide pour l'élevage des chevaux, vaches, moutons ...
Et puis alors que je ne l'attendais pas le fameux "Tempus Fugit" qui m'obsède tant dont j'avais oublié qu'il émanait de Virgile.
« Sed fugit interea, fugit irreparabile tempus, singula dum capti circumvectamur amore », ce qui signifie : « Mais en attendant, il fuit : le temps fuit sans retour, tandis que nous errons, prisonniers de notre amour du détail. » Traduit de manière un peu différente par Frédéric Boyer.
C'est un peu la morale du poème: profitons de notre vie terrestre car nous n'en avons qu'une seule, après, le néant et surement pas de retour sur terre.

Dans le Livre IV, il est question des abeilles qui ont un roi (sic), et c'est un peu une métaphore de la société humaine. Très vite ça dévie vers la mythologie, Orphée où je me suis de nouveau perdu. Pour terminer les abeilles renaissent des entrailles de taureaux sacrifiés. Hum...