Hartmut Rosa - Accélération - Une critique sociale du temps



Hartmut Rosa - Accélération - Une critique sociale du temps


Essai sorti en 2010 pour le moins ardu où je me suis senti patauger pendant une bonne partie. Paradoxalement cette lecture m'a semblé terriblement longue!
Pourtant les questions du Temps me taraudent, me fascinent et je pensais y trouver matière à réflexion.

Le constat que fait l'auteur est qu'il n'existe pas vraiment une sociologie du temps. De nombreux penseurs se sont penchés sur la question depuis des siècles mais de manière solipsiste et il n'y a pas de réel consensus. Il faudrait déjà s'accorder sur qu'est-ce que le temps. De très nombreuses références ponctuent le texte à tel point qu'il devient difficile de suivre et de toutes les 2 lignes aller se reporter à une note en fin d'ouvrage. Ce qui n'aide pas pour tenter de rester à flot!
En gros, on a pu constater avec la Modernité une constante accélération de tout. La technique, la communication, les transports, la pensée, l'économie, tout s'accélère. Les améliorations sont censées nous libérer du temps libre mais on n'a jamais autant couru et manqué de temps que depuis qu'on est "libéré" de nombreuses contraintes. Ce paradoxe s'observe un peu partout. Il y a désormais des retraites, des déconnexions qui sont proposées pour s'extraire un moment de cette course. Mais gare à être dépassé à son retour !

Comme je viens de le dire, ce qui est intéressant de relever, c'est que les avancées technologiques censées nous faire économiser du temps (ordinateur, voiture, électroménagers...) en réalité ne le font que peu.
On a simplement tendance à les utiliser plus souvent voire à faire plusieurs choses en même temps: cuisiner dans son four en même temps que passer l'aspirateur.
Pour effectuer une sérieuse analyse de l'accélération, il faut prendre en compte trois facteurs: l'accélération technique, celle du changement social et du rythme de vie.
Antinomie: l'augmentation de la capacité de vitesse de la voiture sur la marche à pied est réduite par l'augmentation du nombre de voiture qui crée des embouteillages et donc de la lenteur.  On assiste à un" anéantissement de l'espace par le temps". Internet en est une excellent exemple: la notion d'espace devient inexistante puisque tout est connecté et disponible partout tout le temps.
Le train a été perçu comme un monstre de vitesse lors son invention, aujourd'hui il est perçu comme un mode de transport lent. Le jazz était considéré comme une musique endiablée alors qu'on écoute ça pour se relaxer de nos jours.

On peut observer une fracture générationnelle qui se creuse de plus en plus et ce depuis la fin du XVIIIème siècle. Les codes et modes deviennent de plus en plus étrangers entre générations et là où avant les jeunes apprenaient de leurs ainés, il y a une telle accélération que ceux ci apprennent plus de leurs pairs désormais. Autre signe de l'accélération sociale: jadis les jeunes tentaient de paraître plus vieux qu'il n'étaient pour avoir une certaine légitimité. Aujourd'hui ce sont les vieux qui tendent à ressembler à des jeunes, signe d'une certaine ouverture au changement rapide et à l'adaptation. Il faut donc être disposé à se remettre sans cesse en question pour suivre. C'est vers la fin du XVIIIème siècle qu'apparait le 1er journal quotidien, autre signe de l'accélération. Aujourd'hui les sites d'informations s'actualisent plusieurs fois par jour voire font du direct 24h/24. On est sur un pente qui s'effondre constamment et "Nous dansons de plus en plus vite pour rester au même endroit".

Il y a depuis quelques décennies un "stress du temps libre", il se met des obligations de hobbies car on est invité à prendre du recul par rapport au flux qui s'accélère. La société capitaliste nous offre de plus en plus de biens de consommation de détente qu'on s'empresse de gober dans cette frénésie.
Les sondages le prouvent: il y a un tendance à considérer certaines activités de loisir comme hautement satisfaisantes et préférables comme se cultiver, écrire.... mais les sondés préfèrent s'abandonner à des activités faciles et passives comme la télévision, les jeux vidéos, la musique mainstream ....

La décontexstualisation, le fait que tout soit disponible partout tout le temps les rends moins intenses d'où une recherche de sensations de plus en plus extrêmes. La vieille expression biblique "il y a un temps pour tout" est devenue obsolète. La saturations de vécus immédiats annule le sentiment d'expérience. Nos différentes activités (travail, famille, loisirs...) nous happent dans une spirale qui floutent les frontières et chacune de ces cases se chevauchent sans qu'on puisse refaire surface. L'influence judéo-chrétienne nous fait ressentir le gaspillage de temps comme un grand péché. Mais alors qu'auparavant notre passage terrestre n'était qu'une étape avant le paradis ou l'enfer éternel, l'époque moderne nous fait prendre conscience de la brièveté de la vie et donc qu'il faut un maximum remplir ce temps qui s'écoule inexorablement.
La course aux conquêtes militaires au fil du temps, l'évolution de l'armement n'a fait qu'amplifier ce phénomène d'aller toujours plus vite pour devancer son adversaire jusqu'à la bombe atomique qui marque la ligne d'arrivée.

L'identité d'un être humain peut changer plusieurs fois au cours d'une vie et de plus en plus rapidement face à la multitude de choix qui s'offrent à nous et à l'individualisation. Nous ne sommes plus boulanger pour toute une vie, catholique ou communiste comme nos parents. Nous nous ne pouvons nous appuyer sur rien de certain vu que tout change de plus en plus vite. L'actualité du matin est obsolète le soir.
J'ai donc passé une "éternité" à terminer ces 480 pages et 80 de notes qui sont en fait une sorte de mémoire universitaire...

En annexe un interview de l'auteur par Le Monde en 2010 qui est beaucoup plus claire ! J'aurais peut-être du m'en contenter!



 

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