Pierig Humeau - A corps et à cris -
Sociologie des punks français
Je cherchais Remy Oudghiri et je suis tombé par hasard sur ce pavé de 350 pages grand format sorti en 2021. C'est une sorte d'extension d'une thèse de sociologie d'un individu qui est punk depuis une dizaine d'année. Cette étude surtout basée sur 3 années d'observation intense entre 2006 et 2009 en France dans le grand Nord-Ouest se base sur 636 questionnaires , des lectures de fanzines, des concerts, des actes militants etc. L'auteur a été batteur dans un groupe. Toute la difficulté est de pouvoir observer un milieu en en faisant partie et rester un maximum objectif tout en vivant dans sa chair diverses évolutions et expériences.
La première partie est un rappel des origines du punk. Comme je m'y attendais
et comme c'est raconté dans la plupart des biographies sur le sujet, on nous
bassine avec les sempiternels Sex Pistols et Clash. Ce sont en fait des boys
band avant l'heure, puisqu'ils ont été chaperonnés par Malcom Mc Larenn et
Vivianne Westwood stylistes et vendeurs de fringues de leur état. La
conjoncture a fait qu'une partie de la jeunesse a voulu s'identifier à ce style
vestimentaire qui accessoirement a produit une idéologie et imagerie nihiliste
pour les Pistols et un contestation de pacotille teintée de musique antillaises
pour les Clash. Je ne comprends pas trop comment on peut parler de lancement du
mouvement DIY vu qu'ils étaient tous deux sur de grosses majors. Faites ce que
je dis pas ce que je fais. Pourtant dès 1978, CRASS a vraiment jeté les base du
DIY et du punk politisé prenant la balle au rebond des débuts du punk
soulignant directement les contradictions des pionniers. Malheureusement il n'y
a qu'une ligne en fin de ce chapitre qui le mentionne. Voilà qui m'a quelque
peu refroidi à poursuivre. La transition vers la France et quelques groupes
précurseurs dans les années 80 est abordée.
La suite devient vraiment une étude sociologique dite prosopographique des
punks français avec l'ombre de Bourdieu qui plane au dessus de la méthodologie.
Rapports à la famille, à l'école puis l'adolescence d'où souvent va démarrer
une attirance vers ce mouvement. Rejet d'un certain establishment, l'identification
à un groupe de pairs va s'opposer aux autres (rappeurs, bcbg...) et la fréquentation de concerts va devenir une forme
d'affirmation. Les acteurs du mouvement (membres de groupes, organisateur,
labels, auteurs de fanzines) se mêlent bien souvent aux consommateurs car c'est
bien là l'esprit du DIY. Tout le monde peut le faire soi-même. Le look,
l'attitude et surtout une pensée politique revêtent d'une certaine importance
et "le stigmate devient emblème". Les tableaux comparatifs de
milieux, professions (ou leur absence), d'âge, de sexe apportent un regard
statistique éclairé. Quelques sous-genres sont aussi signalés. Le langage, le
pogo et le rapport au corps permettent de vraiment appartenir à un groupe
d'individu et vont amener le véritable hexis punk. La défonce au sens large est
assez fréquente dans le milieu.
Nous revenons à l'expérience de l'auteur avec l'historique de son accession au
microcosme punk. Il y a clairement une évolution, comme des rites de passages
pour acquérir un "capital punk", un parrainage des plus anciens ou
plus expérimentés pour être reconnu comme légitime. Les vieux dispensent aussi
des conseils aux novices. Rares sont les groupes qui gardent les mêmes membres
tout au long de leur carrière et il peut arriver que certains décident de
s'auto-exclure car il y a dissonance aux seins des diverses aspirations ou
pensées. Etre actif suppose un engagement total: organisations, répétitions,
enregistrements, sorties de disques, promotion...Cela devient pour certains un
véritable mode de vie.
Le vieillissement politico-artistique peut prendre diverses voies selon les
gouts qui changent, les membres qui amènent d'autres influences, les rencontres
etc. Au plus on s'investit plus il devient peu probable d'un jour en sortir.
Peut-être que cette participation à la perpétuation du mouvement prendra
d'autres formes avec le temps.
Voilà donc une lecture qui a certains moments m'a rappelé quelques schémas
familiers et qui apparaît parfois comme une sorte de reflet via un prisme
doctoral.

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