Baudouin de Bodinat - La vie sur terre - Réflexions sur le peu d'avenir que contient le temps où nous sommes


Baudouin de Bodinat - La vie sur terre - Réflexions sur le peu d'avenir que contient le temps où nous sommes


Personne ne peut se targuer aujourd'hui d'avoir vécu dans un monde silencieux. Le vacarme de la société mécanisée et surpeuplée fait partie de notre quotidien. Pourtant le silence d'une bibliothèque, celui d'un désert ou d'un salon a, à chaque fois, une sonorité différente mais n'est en fait qu'une fuite de ce que la planète mondialisée nous propose.

Les "Editions de l'encyclopédie des nuisances" ont rassemblés en 2008 ce premier tome de 1996 et le second de 1999 suivis de deux notes additionnelles " L'hôte inconnu" et " La grande féérie".
L'identité de l'auteur reste mystérieuse car ces essais sont publiés sous un pseudonyme. C'est grâce à une lecture récente " Le génie de la bêtise " de Denis Grozdanovitch que j'ai été attiré surtout par le sous-titre.

Présenté sous forme d'une série de chapitres ponctués de "voilà ce que j'ai pensé", on est entrainé dans une série de soliloques forts peu optimistes sur notre monde moderne contemporain. Bien que datés de presque 30 ans, il y a bien sûr déjà les reliquats bien tangibles de dégradations diverses de l'environnement et des prémisses de la lame de fond de l'informatisation du monde effréné.
Cela part parfois un peu dans tous les sens en réflexions métaphysiquo-philosophiques, citations d'auteurs parfois inconnus de mes références et que je n'a pas toujours eu le courage d'ajouter à mes listes de lectures. 

Les prétendues commodités de la vie moderne rendent l'homme esclave de ce progrès galopant. Dans une aliénation, il n'est plus capable de désirer autre chose que les étalages de la grande consommation. D'ailleurs un retour en arrière semble impossible et créerait incontestablement un manque insupportable. "Pour juger du progrès il ne suffit pas de connaître ce qu'il nous ajoute ; il faut encore tenir compte de ce dont il nous prive." De plus en plus déconnecté de la réalité naturelle, on est affublé de divers gadgets pour nous priver de tout effort de découverte et perception du vrai et "l'évasion de la société fait partie de celle ci". On n'est plus capable d'apprécier la vie que protégé par des filtres. On nous fournit tous les accessoires pour l'apprécier de manière encadrée dont il n'est plus possible d'envisager sortir.
L'enfant d'aujourd'hui est bercé dès la naissance dans une perspective d'assistance, qu'il suffit d'actionner un bouton pour obtenir satisfaction, la non-contrainte annihile tout développement. On fuit tout épisode d'ennui, ce qui pourtant est la meilleure manière de développer la rêverie et l'imagination " et arrivé à l'âge de son exploitation économique, il (l'enfant) est incapable de comprendre la contrainte qui s'exerce tout à coup sur lui; qui se cachait derrière les boissons sucrées, les dessins animés, l'ordinateur qui parle gentiment".

Le société nous veut faible et lâche et ne souhaite plus qu'on puisse se passer d'elle. Il est si simple de mettre ses assiettes sales dans un lave vaisselle, de prendre l'ascenseur pour grimper dans nos prisons domestiques des gratte ciels.
Quand on a la chance de croiser encore des "vieux" qui ont connu un monde sans internet, sans les routes goudronnées où seules les voitures circulent, ils sont les derniers représentants d'une époque que nous ne connaitrons plus jamais. Quand nous aurons nous même disparu, il n'y aura vraiment plus aucune conception qu'un tel monde ait pu exister. Il y aura peut-être encore sur les étagères des bibliothèques, sur les bandes des films anciens des intrigues vécues dans un monde sans ces artéfacts modernes.

Ces discours aux consonances pessimistes peuvent sonner comme des critiques vaines, comme quelque Don Quichotte qui se bat conte des moulins à vent, mais de nombreux signes nous font penser que peut-être désormais on a mis le doigt dans l'engrenage qui nous conduira à notre perte. Plaisante litanie de désastres dans un style travaillé et qui finalement m'a filé entre les doigts.

" Voici ce que j'ai pensé: cette économie planétaire de croissance finira un jour nécessairement comme tous les empires totalitaires qui l'ont précédée dans l'histoire: elle s'effondrera aussi totalement qu'elle aura régné. Mais c'est à l'échelle du globe entier qu'elle livrera cette fois tout à coup à elles-mêmes des populations désemparées, malhabiles, ignorantes, abruties et craintives ; et davantage qu'elle durera encore ; sans agriculture parmi une nature épuisée et rétive, parmi des infrastructures à l'abandon. Et puisqu'elle n'existe à détruire, le plus tôt le sera-t-elle elle-même, le mieux ; à mon avis ; sinon à ne laisser après elle qu'une Ile de Pâques tournoyant dans l'espace infini."
 


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