Guy de Maupassant - Mont-Oriol
Apparemment moins connu que ses précédents mais surtout que ses nouvelles,
ce quatrième roman paru en 1887 est pourtant d'une grande qualité.
Toute l'intrigue se passe en Auvergne, région connue pour ses sources et ses
cures thermales fort en vogue à la Belle Epoque. Maupassant séjourna dans
différentes stations pour y soigner une syphilis qui allait l'emporter quelques
années plus tard. Ses expériences lui inspirèrent ce récit qui va mêler
plusieurs éléments.
C'est d'abord une critique du monde des médecins qui peuvent avoir des
diagnostics différents, proposer des remèdes hasardeux. Le thermalisme est
pourtant une mode de ce siècle qui n'a jamais vraiment prouvé son efficacité.
Il y a aussi la spéculation et le monde des affaires qui y sont tournés en
dérision. Un antagonisme entre la paysannerie auvergnate (brillamment
développée avec l'usage du patois) et la bourgeoisie. Il faut attirer le naïf
malade dans ces beaux hôtels où il pourra dépenser son argent et rompre l'ennui
au casino tout en se rinçant l'œil dans ces beaux paysages de volcans éteints.
Le rusé banquier William Andermatt va très vite le comprendre et son obsession
pour le profit l'aveuglera de ce qui se trame sous ses yeux avec sa femme
Christiane.
C'est aussi l'histoire d'amour de cette jeune et insouciante mariée, qui va
tout doucement éveiller son esprit suite aux conversations avec Paul Brétigny un
ami de son cynique frère Gontran ; elle
va devenir sensible aux parfums, aux impressions, à la beauté de la nature. Comme
dans "Pierre et Jean" il y a le caractère du père Le marquis de
Ravenel aveugle aux tourments intérieurs de sa fille. L'histoire devient
haletante avec ce style parfait et on est entrainé dans une sorte de vaudeville
tragicomique et sentimental bercé de belle envolées lyriques comme il en a le
secret.
L'édition qui m'est passée entre les mains comportait à la fin une série
d'articles rédigés par l'auteur à partir de 1883 dans Gil Blas et Le Gaulois et
qui furent en quelque sorte la genèse du roman. Il y parle de charlatans, vante
la terre d'Auvergne (de manière répétitive parfois),rapporte quelques
observations, le supplice du lavage d'estomac, voire une rencontre
edgar-poësque.

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