Laetitia Thibault - Excès d'émotions, excès de boissons
Cet essai de 2025 écrit par une psychologue annonce dès le départ que
l'alcoolisme n'est pas une notion manichéenne. Il est facile de pointer du
doigt celle ou celui qui boit tous les jours pour se dédouaner de ses propres
dérives. Il est ici plutôt question des usages épisodiques de la boisson. On
constate souvent une cause qui vient de l'enfance. Celle des émotions qu'on a
refoulé par notre éducation. On cherche alors une soupape qui permet d'exprimer
ces frustrations, de se lâcher tout simplement le temps d'une soirée (ou plus).
On a établi des mécanismes de contrôle dûs à cette sorte de censure qui
prennent soudainement la forme d'une récréation avant de revenir à la discipline.
Ces traumatismes de l'enfance qui ont parasités les phénomènes d'attachement
(une base solide du parent sur lequel l'enfant peut compter en toute
circonstance) mènent à la certitude qu'on a besoin de personne pour vivre.
L'alcool apparaît comme une solution facile qu'on peut utiliser en soi-disant
maitrise.
Mais cette "liberté" n'est en
fait qu'une entrave qui va se répéter +/- régulièrement mais qui est déclenchée
par une certaine situation. Celle ci varie selon les cas ou peut même
s'additionner: on boit pour se décontracter et se récompenser après un effort,
pour passer un évènement difficile, en contexte social ou solitaire. Le
paradoxe est que ces épisodes sont souvent autant recherchés que redoutés. Un
sentiment de culpabilité ronge les lendemains.
Il souvent difficile d'admettre "qu'on a un problème avec l'alcool"
et de vouloir de l'aide. La société nous encourage en diverses circonstances à
consommer. Si on s'abstient, on est vu comme un ovni. C'est surtout cette
pression qui est difficile à supporter. On a alors tendance à se retirer, à ne
plus vivre les moments de la même manière, ressentir de l'ennui face aux autres
qui sont bourrés et ont l'air de s'amuser. On l'a dit, l'alcool agit donc comme
un régulateur d'émotion sur lequel on se jette dans une situation donnée. Il
s'agit de tenter de casser ces automatismes qui n'admettent qu'une seule
option: l'alcool.
Des thérapies existent pour soigner cet addiction épisodique comme "l'intégration du cycle de la vie"
qui va revenir sur certains traumatismes en faisant accepter la biographie de
la personne. On va tenter de "réparer" le passé et qu'il redevienne
une base apaisante en utilisant les neurones miroirs. Des traumas peuvent être
relativisés et contrebalancés par des choses positives qui se sont produites
depuis.
On peut aussi travailler sur les schémas de sur-contrôle émotionnel. Tenter de
renverser les croyances négatives que l'on cultive depuis longtemps envers
soi-même. Avec de l'entrainement et un encadrement, la médiation en pleine
conscience peut aussi aider à traverser ses émotions positives et négatives en
les acceptant plutôt que de luter contre. Etre dans l'observation plutôt que
l'action (boire). Accepter un inconfort et se rendre compte qu'il finira par
passer. Autres méthodes: le "scan-corporel", la respiration...
Il n'y a pas de solution miracle et adaptée à tout le monde, juste des pistes
qu'il convient de tenter en gardant en tête ces trois variables: individu,
contexte, produit. Mais aussi qu'on ne se réduit pas à son addiction, on est
aussi autre chose et rien n'est immuable.

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