Elisée
Reclus - Du sentiment de la nature dans les sociétés modernes
Cet essai est paru en 1866 et suivait "Histoire d'un ruisseau" dans mon
édition Le Pommier " Les pionniers de l'écologie". Je l'avais déjà lu
il y a quelques années mais vu sa brièveté je l'ai enchainé bien à propos.
En ce milieu de XIXème siècle, il y a un regain d'intérêt pour les activités en
plein air, pour la contemplation de la nature. On est aussi en plein boom
scientifique qui étudie les diverses disciplines naturalistes, les écrivains et
peintres s'en inspirent. Il y a aussi un développement du tourisme et tout le
monde veut profiter de la plage ou de la montagne. A cela s'ajoute la vanité de
la course aux défis alpins. Surtout les Anglais qui "de par leur
ascendance viking et leur cruauté froide sont plus enclins aux performances de
force". Mais ce n'est pas toujours la soif de savoir pur qui pousse les
individus à plonger dans la force de la nature, simplement les joies qu'elle
procure sont profitables.
Les Allemands ne sont pas en reste dans les prouesses, peut-être moins portés
sur les hauts faits et n'ayant pas de colonies à dominer, des gens comme de
Humboldt, Ritter, Kant ou Goethe sont notables. " Ainsi la gymnastique
peut-être considérée comme l'un des grands éléments de la régénération
matérielle, politique et sociale du peuple. Elle ne manquera pas non plus , par
son heureuse influence sur l'équilibre physique et moral du citoyen, de
corriger ce qu'il y a de vague, de faux et de mystiques dans l'amour des
Allemands pour la nature".
Contrairement à l'attrait sauvage de leurs voisins, les Français aiment mieux
admirer la nature domptée, les coteaux de cep de vigne ou les champs cultivés.
Ce qui est sûr c'est que les générations de serfs et d'esclaves n'ont jamais
vraiment pu voir en la nature qu'un ennemi et n'y point lire une quelconque
poésie. Le froid, la faim, la pluie étaient beaucoup trop subies que pour y
trouver une once de charme. Ce privilège n'était réservé qu'à la noblesse exempte
de s'exposer à ces aléas.
L'homme conquérant a souvent été aveuglé par le profit qu'il pouvait tirer de
la terre ou par l'art de la guerre pour s'émerveiller de son environnement. Le
paysan ou le montagnard a trop le nez dessus que pour s'en émouvoir.
Avec l'attraction de la modernité, les campagnes se sont vidées au profit des
villes qui sont devenues fétides et surpeuplées, c'est ainsi que des envies de
verdure se sont faites ressentir. Les cités se vident à la nuit tombée pour
subir les assauts des travailleurs chaque matin. La campagne est apprivoisée,
taillée sur mesure, on spécule, on rend les merveilles payantes et ainsi
l'homme étend sa domination tentaculaire sur le moindre espace vert.
Elisée Reclus entrevoit déjà les dommages de la pollution de l'industrie et
l'impact de la détérioration du sol. Grâce à l'éducation des jeunes
générations, une sensibilisation précoce aux beautés de nature, il est confiant
sur les compromis que l'homme de demain saura faire pour allier modernité et préservation
de son milieu.
Il s'était bien mépris sur cet avenir radieux...
Un blog parmi d'autres qui parle de livres. Car des livres j'en avale quand même pas mal. J'essaie de varier les plaisirs en alternant essais, romans, poésie, récits de voyage, philosophie, ethnologie... Ça ricoche, ça rebondit, ça bifurque, ça ouvre la voie de nouvelles perspectives, une lecture en amenant une autre et ainsi de suite, la liste s'agrandit de jour en jour. Plus j'en apprends, plus j'ai l'impression que l'étendue de mon inculture s'élargit.
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