Elisée Reclus - Histoire d'un ruisseau
Polyvalent
du XIXème siècle, connu à la fois pour ses travaux de géographe et pour ses
idéaux anarchistes, Elisée Reclus a su donner au fil de sa carrière d'écrivain
une fibre de plus en plus engagée dans ses ouvrages naturalistes. En effet, il
n'a pu continuer à cloisonner ses idées et découvertes. Il tient d'ailleurs à
souligner à quel point la Nature a façonné les hommes qui ont toujours jeté
leur dévolu sur des endroits proches de cours d'eau, source ou mers.
La préface est signée Valérie Chansigaud (auteure de l'excellent "Histoire
de la domestication animale") .
Ici on pourrait parler d'une sorte d'essai de nature writing avant l'heure
publié en 1869 le tout teinté d'une grande espérance dans le salut de
l'humanité. Car c'est une sorte d'allégorie du cycle de la vie qui y est ici
dépeinte avec pourtant une grande rigueur scientifique. Le ruisseau représente
au fil de son parcours une ressemblance avec l'homme dans son caractère et son
essence éphémère et cyclique.
La source en est le début pur avec parfois un passage souterrain qui y est
décrit d'ailleurs avec beaucoup d'emphase. Cette naissance du ruisseau va
alterner entre différents niveaux de débit, tantôt intrépide, tantôt lentement
sinueux, il symbolise toute une vie qui en dépend aussi bien animale que
végétale. On a su tirer parti très tôt de la pêche avant que les cours d'eau ne
soient utilisés depuis les débuts de l'agriculture pour irriguer les champs mais
aussi apporter le riche amendement. C'est donc à ce moment qu'ils perdent de
leur liberté pour subir une certaine servitude humaine. Mais on a beau tirer la
bride, l'eau ne se laisse pas tellement dompter tant elle peut devenir
incontrôlable dans les soudaines crues. C'est ainsi que l'homme a commencé à
ériger des digues et autre barrages et encore plus domestiquer la force des
flots et faire tourner les moulins. Symboles de la transformation du grain en
farine et puis en pain nourricier. Au moulin succède l'usine qui va tourner
sans arrêt grâce à la force du ruisseau et occuper tous les membres des
familles dans des conditions pénibles. Le jour viendra où l'on pourra laisser
faire la machine pour soulager un peu l'homme et qu'il puisse se reposer et
apprécier son temps libre. Douce utopie quand on voit ce que le monde est
devenu depuis le XIXème siècle...
A son passage dans les villes et les villages, le ruisseau va subir la
pollution des industries, des usages domestiques et aller se jeter dans la
rivière, se diluer dans ce flot supérieur. De rivières en fleuves il n'y a
qu'un pas vers l'immensité de la mer. Toutes
ces gouttes rassemblées peuvent faire la différence contre cette force immense,
comme les hommes fraternels qui peuvent réaliser de grands prodiges. Mais c'est
aussi le symbole du cycle de la vie qui se termine pour certains et commence
pour d'autres sans jamais s'arrêter depuis la nuit des temps. La vapeur se
transforme en pluie qui s'infiltrer dans la roche, pour renaitre de la source,
s'écouler vers l'océan et tout recommence.

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