Adrien de Gerlache de Gomery - Quinze mois dans l'Antarctique

 



Adrien de Gerlache de Gomery - Quinze mois dans l'Antarctique

La préface est signée par Elisée Reclus qui se réjouit de l'exploration documentée d'Adrien de Gerlache - belge de son état - de l'Antarctique dans un périple qui dura quinze mois entre 1898 et 1899.


L'auteur commence d'abord par une mise en situation (parfois un peu rébarbative) de l'état des découvertes de monde extrême austral mystérieux et peu hospitalier.
Depuis environ 1600, des expéditions se sont succédées avec plus ou moins de brio à explorer ces terres glacées en allant de plus en plus loin et documentant des découvertes d'îles. Cela a été une sorte de course entre les nations pour s'approprier les premières, les baptiser, les rebaptiser de noms relatifs à leur drapeau.
Vers les années 1800, les aspirations d'abord géographiques ou naturalistes se muent doucement en appât du gain et la chasse au phoque ou à la baleine battent leur plein, décimant durablement les populations animales locales. En effet après quelques années à peine, il n'est plus trop rentable de s'aventurer par là bas dans de longs voyages à l'issue incertaine pour quelques peaux ou graisse.


Le ton change heureusement pour le récit proprement dit. Les préparatifs sont longs et minutieux pour ce capitaine, il faut trouver un bateau, réunir une grosse somme. Grâce à divers souscripteurs dont en grande partie la Belgique elle-même, le départ a lieu le 16 aout 1897 du Port d'Anvers.
Son équipage d'une vingtaine d'hommes de plusieurs nationalités va quelque peu varier pour diverses raisons durant le voyage qui passe par Madère, Rio de Janeiro, Montévidéo puis le Détroit de Magellan et Punta Arenas. Dans cette Terre de Feu, le Belgica va manquer un définitif naufrage avant même d'avoir atteint son objectif. Devant rebrousser chemin pour se ravitailler, ils peuvent y observer une tribu fuégienne qui est en phase d'extinction, constamment persécutée par les Chiliens ou Argentins, privés de leurs terres et de guanacos car décimés par les blancs pour favoriser l'élevage de moutons.
Arrive la vraie phase d'exploration d'une zone encore vierge avec une série d'îles baptisées pour l'occasion Brabant, Liège, Anvers ... et le détroit de Gerlache qui se trouve dans l'espèce de cap géant qui pointe vers le Cap Horn. Le naturaliste et le géologue ne sont pas en reste puisqu'ils peuvent observer différentes espèces de pingouins, phoques, oiseaux, mouches ou puces et quelques maigres graminées.

L'hiver austral arrive à grands pas et leur cheminement dans la banquise se referme, les icebergs se coagulent et le Belgica finit immobilisé dans la glace pour le premier hivernage antarctique de l'histoire. L'équipage s'affaire à rendre les longs mois d'immobilité qui s'annoncent les plus supportables possibles en se calfeutrant. Ils se livrent toutefois à des observations météorologiques, biologiques et autre mesures marines.

Quand arrive la Nuit Polaire, ils doivent vivre dans les ténèbres durant un peu plus de deux mois ce qui ne sera pas sans conséquences morales et physiques ... Pris dans cette tenaille de glace, ils attendent l'été pour espérer une brèche pour quitter cet enfer blanc mais cela n'arrivera pas. Ils doivent tels des Sisyphes scier la banquise pour se frayer un passage qui leur permet in extremis avant un second hivernage, de dégager le bateau mais non sans peine et désillusions. Ils finissent par rejoindre de nouveau Punta Arenas (où ils essuient une dure tempête) alors qu'on les attend en Australie et puis retrouver leur patrie chérie après quelques contretemps.

J'ai été quelque peu dérangé par cet attachement nationaliste tout militaire, aux traditions et aux respect du drapeau. Le langage nautique m'a quelque fois perdu mais j'ai trouvé cette épopée passionnante avec de nombreuses photos et gravures d'après photos dans cette réédition de 2011 de l'original paru en 1902. 




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