Benjamin Nollevaux - Les arbres qui cachent la forêt
C'est un ami forestier qui m'a glissé cet ouvrage dans les mains. Peut être pour s'épargner sa lecture car je sais que cette pratique n'est pas son fort.
Paru en 2023 et écrit par un garde forestier qui a voulu transmettre son amour
des bois, il y parvient avec subtilité en mélangeant des moments contemplatifs,
des réponses plus techniques sur son emploi du temps et quelques envolées
vindicatives sur certaines mauvaises pratiques.
Son aire de travail se trouve quelque part dans la vallée de Semois. Le récit
est organisé sous forme de chapitres qui s'étirent tout au long des saisons sur
une année entière, on peut y gouter aux différentes ambiances qui animent ce
vestige des nos milieux naturels. Le terme "Naturel" est sans doute galvaudé quand on sait que
plus aucune forêt primaire n'existe en Belgique et que la sylviculture a
principalement une finalité financière. Son boulot varie entre martelage
d'arbres plus faibles à éliminer pour favoriser la pousse de sujets
prometteurs, gestion des divers utilisateurs comme les chasseurs. Une belle critique
est faite de cette cruelle pratique archaïque qui se donne de faux airs de
régulation et d'utilité publique alors que le nourrissage est largement
pratiqué ainsi même que le lâcher de gibier. Mais les lobbies de la chasse sont
parfois puissant et ça arrange bien les communes de percevoir des sommes
parfois astronomiques pour concéder des droits de chasse à de riches
notables. Quelques attaques de loup
créent la panique parmi les rangs de ces justiciers de bac à sable, des fois
que le loup ferait concurrence à ces héros de la gâchette.
On empêche la pratique du camping sauvage ou le passage dans des zones de
quiétudes car cela perturberait la bonne marche de la vie forestière , mais on
autorise des hordes avinées à pratiquer la battue ou des mastodontes à venir
arracher en 10 secondes un arbre en écrasant tout sur leur passage. Ces
contradictions sont habillement pointées du doigt par l'auteur.
Celui ci milite aussi pour une autre pratique de l'élevage de bois en laissant
de coté la monoculture, les mises à blanc pour une régénération naturelle ou
pour une gestion forestière à deux vitesses des sujets pour éviter un brutal
changement du milieu.
Le récent attrait des Ardennes par les cohortes de touristes depuis le Covid
amène son lot de désagrément et mène à s'interroger sur cette soif de vitesse,
de rentabilité du temps, de bruit constant qui occulte notre capacité à nous
remettre en question ou simplement apprécier l'instant.
Très belle découverte des éditions Weyrich.

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