Jean de La Bruyère - Les caractères
Monument de la littérature
française du XVIIème siècle, il n'a pourtant publié qu'un seul ouvrage en 1688
mais celui ci a été complété et réédité les années suivantes. J'ai du fouiner
et puis faire extraire des réserves de la bibliothèque cette version intégrale
qui se présente sous la forme d'une édition de 1964 de presque 500 pages.
Après une préface qui situe l'époque ,le style et une biographie succincte de
La Bruyère, arrive un Discours sur Théophraste par l'auteur.
Ce philosophe de la Grèce Antique né vers 372 avant JC et élève d'Aristote, eu
une grande influence sur les débuts d'une multitude de sciences, la
législation, la pensée etc.
Auteur de nombreux écrits qui pour la plupart se sont perdus, référencés par Diogène
Laërce au IIIème siècle après JC, Les Caractères furent traduit du grec par La
Bruyère si j'ai bien compris.
Il nous propose sa version en introduction de ses propres "Caractères ou
les mœurs de ce siècle" mais aussi pour justifier sa propre démarche. Heureusement cette œuvre de Théophraste est
courte car il faut l'avouer un peu rébarbative. Toutefois cela nous donne un
aperçu des caractères humains déjà notables à l'époque comme différents types
de bavards, avares, importuns, flatteurs avec un ton légèrement ironique.
En pointant les caractères qu'il a pu observer autour de lui (principalement
dans le milieu français de la cour) c'est avant tout pour y permettre une
remise en question et une correction de ses protagonistes. En fin de livre les
"Clés des caractères" permettent de mettre un nom sur les personnages
dépeints dans les seize chapitres dont beaucoup disparus des mémoires. Mais on
peut quand même y noter Corneille, Richelieu, Racine, Boileau, Rabelais,
Ronsard ... mais surtout pas de critique de Louis XIV !
Les maximes sont parfois courtes ou donnent lieu à de plus longs développements
mais peuvent se lire sans réelle suite logique. On ne peut s'empêcher d'y voir
un parallèle moraliste avec les Essais de Montaigne d'un siècle son
prédécesseur bien que leurs approches soient différentes.
Je
dois bien avouer que la lecture est plutôt ennuyeuse, j'ai même sauté certaines
réflexions qui s'embourbent dans des faits de son époque sur des personnages
inconnus. En son temps, cela a du avoir
bien plus de sens. J'ai du faire des pauses pour mieux digérer.
Les chapitres ont pour titre Des ouvrages de l'esprit, Des femmes, Du Cœur, De
la Ville...
" Qui peut, avec les plus rares talents et le plus excellent mérite,
n'être pas convaincu de son inutilité, quand il considère qu'il laisse en mourant
un monde qui ne se sent pas de sa perte, et où tant de gens se trouvent pour le
remplacer?"
"Le sage quelquefois évite le monde, de peur d'être ennuyé"
A part quelques maximes intéressantes c'est assez plombant. J'ai retrouvé un
peu d'intérêt au plus long chapitre De l'Homme dont voici quelques courts
extraits (il faut bien le reconnaître très noirs):
"La vie est courte et ennuyeuse: elle se passe tout à désirer. L'on remet
à l'avenir son repos et ses joies, à cet âge souvent où les meilleurs biens ont
déjà disparu, la santé et la jeunesse. Ce temps arrive, qui nous surprend
encore dans les désirs ; on en est là, quand la fièvre nous saisit et nous
éteint : si l'ont eût guéri, ce n'était que pour désirer plus longtemps."
" Si la vie est misérable, elle est pénible à supporter ; si elle heureuse,
il est horrible de la perdre. L'un revient à l'autre."
" Il n'y a pour l'homme que trois évènements: naître, vivre et mourir. Il
ne se sent pas naître, il souffre à mourir, et il oublie de vivre"
Comme si ça ne suffisait pas, le dernier chapitre nommé "Des esprits
forts" est un plaidoyer pour la religion (chrétienne) qui définitivement relègue
à mes yeux La Bruyère dans le tiroir rasoir.
Bref, sur 400 pages il n'y a que quelques maximes qui en valent la peine à mon
sens.
Si on en veut encore après on peut encore un peu perdre son temps avec une
introduction pleurnicharde à son propre discours lors de son intronisation à
l'Académie Française le quinzième juin 1693. Il encense Richelieu d'autres
dignitaires de l'Académie.
" Si on ne goûte point ces Caractères, je m'en étonne ; et si on les
goûte, je m'en étonne de même."

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