Ian McEwan - Amsterdam




Ian McEwan - Amsterdam

J'ai beau tenter de me rappeler mais je ne sais plus à quelle occasion David Le Breton parlait de ce roman sorti en 1999. Toujours est-il que je l'avais noté et c'est seulement maintenant que j'ai pu découvrir cet auteur anglais à la plume bien corrosive. Une histoire bien agencée, peut-être un peu alambiquée mais chargée d'humour noir et abrasive Le suspense m'a bien tenu en haleine jusqu'à la dernière page.

Cela commence par ces deux amis qui se retrouvent aux obsèques de leur amante commune Molly. La mort l'a arrachée à son existence en un éclair et ils s'interrogent sur le sens de la vie.
Clive, l'un d'eux est un célèbre compositeur classique qui s'arrache les cheveux à tenter de composer l'œuvre de sa vie. Il y a toute une atmosphère autour de la musique classique et un cynisme sur la vie d'artiste orgueilleux. L'inspiration est une muse qui ne se laisse pas facilement apprivoiser.
Vernon est l'autre personnage qui est directeur de rédaction d'un célèbre journal. Là aussi on est confronté à ce petit monde de la presse, ses mesquineries et cette course aux parts de marché. Ce dernier va saisir l'aubaine de publier des photos compromettantes dans sa feuille de chou en déclin pour se tailler sa part de gloire. Mais cela ne se passera pas vraiment comme prévu... Clive de son côté s'assoira sur sa morale au nom de se grande créativité. Les deux amis finiront par se brouiller, s'accusant mutuellement de trahison. Cet accrochage profitera bien à un autre protagoniste qui ne les porte pas dans son cœur....



 

Louis De Diesbach - Liker sa servitude



Louis De Diesbach - Liker sa servitude

Voici une lecture moderne puisque cet essai est paru en 2023. Il porte le sous-titre "Pourquoi acceptons-nous de nous soumettre au numérique?" Il y a clairement un clin d'œil à Etienne de Boétie et son fameux  "Discours sur la servitude volontaire", car c'est bien de ça qu'il s'agit, nous acceptons tous les règles du jeu de vendre nos habitudes, nos goûts et intérêts aux grands maitres du monde du numérique. En cliquant automatiquement, un peu irrité, sur "accepter les cookies" ou "les conditions d'utilisation" nous accordons notre consentement à être étroitement espionné. Depuis les lois sur les RGPD, c'est d'ailleurs fait exprès ces fenêtres où l'on doit cliquer pour nous ennuyer et qu'on accepte sans réfléchir.

Pour débuter, l'auteur dresse un petit historique d'internet et son côté désintéressé de libre échange de l'information. Idéal rapidement gangréné par le capitalisme car n'est-ce pas le plus merveilleux outil dont rêvaient les publicitaires de pouvoir cerner au mieux le consommateur et ainsi taper dans le mille? Cette notion de liberté et d'autonomie sont biaisées à partir du moment où des algorithmes choisissent ce que nous voyons nous faisant croire à un libre arbitre. C'est encore pire avec l'IA qui va modeler notre information ou notre imaginaire selon les tendances du moment ou la pensée dominante (ou la plus rentable).

Le but des réseaux sociaux  et plus généralement des GAFAM (entendez Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) est que nous passions un maximum de temps dessus pour pouvoir mieux nous cerner et ainsi vendre notre temps d'attention aux annonceurs de manière extrêmement ciblée. Bien sûr plus les sujets sont choquants, spectaculaires plus ils attirent des réactions émotionnelles, plus il y a de commentaires et au plus le business tourne. Il y a une véritable volonté de créer des clivages marqués pour alimenter les joutes verbales. Les méchants nazis VS les sales gauchistes, un vrai manichéisme. Cela génère des caisses de résonnance où l'on reste entre convaincus dans un confort intellectuel douillet tout en blâmant l'ennemi commun. Les biais de confirmation nous empêche toute remise en question. Une réelle addiction voire une frénésie incontrôlable peut rapidement se manifester comme l'a démonté une vieille expérience sur les rats de Skinner (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bo%C3%AEte_de_Skinner).

Si on contrôle un mécanisme pour avoir une récompense, on est capable d'une certaine retenue. Par contre si lors de l'actionnement d'une commande on a parfois un bonbon, parfois pas, on se met à l'actionner sans arrêt et on perd les pédales. C'est exactement ce qui se passe avec les algorithmes, un like, une reconnaissance  virtuelle nous apporte de la dopamine, alors on la recherche constamment alors que parfois il n'y en a pas. On scrolle inlassablement car par ci par là un truc nous intéresse. Le système enregistre nos réactions pour nous proposer encore plus de contenu etc.
Quand on arrive sur une nouvelle plateforme, on est accueilli comme un prince, les biais cognitifs sont renforcés et elle agit de manière assez semblable aux embrigadements sectaires. Peu à peu nos libertés sont entravées subtilement, on devient prisonnier d'une geôle dont on ne voit même plus les barreaux, on s'isole dans un monde irréel.

Si l'on se penche sur une approche utilitariste  (https://fr.wikipedia.org/wiki/Utilitarisme#:~:text=L'utilitarisme%20est%20un%20principe,Bentham%2C%20par%20Henry%20William%20Pickersgill.) la somme des avantages d'une majorité sur ses inconvénients ne peut pas décemment être salutaire quand on pense aux ravages que cela implique. Internet consomme 10% de l'électricité mondiale ! Surtout à cause  des hangars de serveurs qui tournent 24h/24 pour rendre disponible cette manne de savoir mais surtout d'idioties. On le sait la vérité côtoie gaiement le mensonge sur le net. Sans parler des esclaves qui extraient les métaux rares pour fabriquer les ordinateurs et autres smartphones.

Deux biais humains viennent nous affecter: d'abord le "biais sur le présent"  qui est une satisfaction de l'instant au mépris d'un bienfait sur le long terme. Puis le "biais des coûts irrécupérables" qui nous fait foncer tête baissée dans le mur car on n'a plus la capacité de se remettre en question qui nous fait atteindre le fond car l'on se dit "tant pis, je n'ai rien à cacher, je suis déjà fichu".
Il est facile de se complaire dans le confort de nos chaines, qu'un guide suprême décide pour nous ce qui va nourrir notre esprit. Mais comment en arrive-t-on à un tel asservissement moral? Ces tendances ont été déjà développées par Huxley, Orwell, Kant, Camus, Sartre, Dostoïevski et bien sur La Boétie. Depuis la Seconde Guerre Mondiale le seul confort, le lissage et les plaisirs perpétuels guident nos vies. L'effort est devenu rédhibitoire. La technologie est la réponse à tout et nous rendra béat pourvu qu'on se divertisse et qu'on vende notre âme au diable.

"Tu es à moitié victime, à moitié complice, comme tout le monde." (Sartre). Nous bâtissons nous mêmes notre propre prison et sommes persuadés que nous sommes libres. Convaincus que nous ne faisons pas partie des moutons alors que nous ne cessons de nous mimer les uns les autres dans une spirale sans fin. La liberté est synonyme d'angoisse car il bien plus facile de se complaire dans le déni.
Et puis choisir n'est-ce pas renoncer donc une forme de négation de la liberté vraie?
Mais peut-on exercer une coercition au nom de la liberté? Obliger les enfants à manger des légumes plutôt que des frites? Peut-être est-ce l'éducation qui est cruciale dès le plus jeune âge pour alerter des rouages cachés des GAFAM et savoir s'en méfier. L'auteur voit dans le vote une façon démocratique de faire pression sur ces mastodontes pour les contraindre à une éthique. Personnellement je n'ai aucune illusion ou confiance dans une quelconque utilité de ce jeu de pouvoir qui ne sert que les intérêts personnels des élites. Mais pourquoi ne pas arriver à une régulation de cet "online" comme tout autre chose de la vraie vie? Ces dernières années, le tabac n'a-t-il pas subit une sacrée limitation sous prétexte de danger pour la santé? Pourquoi ne pas faire de même avec des réseaux néfastes ultra addictifs?


Nous sommes "humains, trop humains" et donc minés par nos paradoxes, gangrénés par nos contradictions. Exemple créer un groupe Facebook anti-Facebook.
"A cheval donné, on ne regarde pas les dent." Nous fonçons sur ce qui est gratuit ou pas cher sans en mesurer les conséquences, souvent inconscients du vrais cout des choses dans un monde capitaliste basé sur la prévision et non pas le réel. Peut-être que si nous acceptions de payer pour utiliser des services qui nous permettent de communiquer avec le monde entier, nous divertir, nous donner accès au savoir, les GAFAM nous traiteraient comme des vrais clients et pas comme une manne manipulable surveillée à laquelle il faut à tout prix distiller de la pub.
 Si nous ne likions que des contenus intéressants, vérifiés où l'émotion ne nous aveugle pas, les algorithmes s'adapterait à ce qui est le plus en vogue.  

Bref, il est trop tard pour faire machine arrière, il est utopique et vain d'être technophobe mais sachons utiliser au mieux certains avantages que la technologie nous permet en n'oubliant pas que  la vie réelle n'est pas faite que de satisfactions immédiates. Restons conscients de la faillibilité de l'humain et cessons de vouloir une vie de certitudes, de rapidité et d'optimisation ce que la machine peut nous prodiguer.


 

Virgile - Le souci de la terre (Les Géorgiques)


Virgile - Le souci de la terre (Les Géorgiques)

Longue introduction du traducteur Frédéric Boyer qui se permet une version remaniée en 2019 de ce grand classique de la poésie antique à savoir les Géorgiques. Il a voulu rendre une version modernisée qui pourrait se rapprocher de l'esprit originel de déclamation ou scansion.
Cela m'a donné quelques balises pour mieux appréhender ce long poème de 2000 vers rédigé entre 37 et 30 avant JC en ces fameux hexamètres dactyliques. Ayant vécu un deuil lors de cette ardue traduction, il y voit un magnifique portrait de la vie terrestre dont il faut tenter de profiter lors de notre court passage à sa surface.

Le Livre I est une sorte de traité d'agriculture où il est question de bonnes pratiques (rotations, sarclages, respect du sol....), de louanges de la vie rurale loin des tumultes guerriers de son époque.

Dans la partie II, on passe aux arbres, surtout la vigne et l'olivier avec quelques bizarreries botaniques  sur les greffes et boutures ... Un poirier ne se greffe pas sur un pommier !? Il y a toujours comme un rappel à notre fragile condition de l'éphémère. Les références aux dieux sont nombreuses mais aussi à la situation géopolitique de son époque.

Le Livre III débute avec plein d'allusions mythologiques, où je me suis un peu perdu, avant d'être presque un guide pour l'élevage des chevaux, vaches, moutons ...
Et puis alors que je ne l'attendais pas le fameux "Tempus Fugit" qui m'obsède tant dont j'avais oublié qu'il émanait de Virgile.
« Sed fugit interea, fugit irreparabile tempus, singula dum capti circumvectamur amore », ce qui signifie : « Mais en attendant, il fuit : le temps fuit sans retour, tandis que nous errons, prisonniers de notre amour du détail. » Traduit de manière un peu différente par Frédéric Boyer.
C'est un peu la morale du poème: profitons de notre vie terrestre car nous n'en avons qu'une seule, après, le néant et surement pas de retour sur terre.

Dans le Livre IV, il est question des abeilles qui ont un roi (sic), et c'est un peu une métaphore de la société humaine. Très vite ça dévie vers la mythologie, Orphée où je me suis de nouveau perdu. Pour terminer les abeilles renaissent des entrailles de taureaux sacrifiés. Hum...