Xavier Mathias - Au cœur de la
permaculture
Permaculture est un mot qui est à
la mode, peu souvent compris, et l'on pourrait se faire avoir en croyant ouvrir
un livre qui va nous éclairer sur ses principes.
Xavier Mathias a la plume bien acérée et cynique pour nous balancer à la face
dans cet essai sorti en 2017, son point de vue pour commencer sur l'agriculture
en générale. Qu'elle soit bio ou chimique, elle est presque toujours plus
dispendieuse en énergie qu'elle n'en fournit. Ce qui, avouez le, est un comble!
La grande révolution verte a juste contribué à nous rendre dépendants du
pétrole, de l'industrie chimique et nous n'avons jamais été si loin de
l'autonomie alimentaire. Avec l'arrachage des grands arbres, des haies pour
faciliter les manœuvres des machines on se retrouve aujourd'hui confronté aux
vents, à l'érosion, à l'absence de faune et micro faune. On tente de réinventer
des beaux mots pour justifier de nouvelles pratiques respectueuses mais qui ne
sont en fait que des retours à des usages du bon sens.
Notre société devient de plus en plus HS, entendez Hors Sol mais ce sont aussi
étrangement les initiales d'Hors Service , l'occasion pour l'auteur de se
fendre d'un néologisme acronyme: Achéssien.
Glissement de langage quand on méprise la "boue" qui est bien
souvent de la terre arable qui s'échappe à cause de nos pratiques. Parler de la
pluie et du beau temps n'est-il pas considéré comme le degré zéro de la
communication? Pourtant c'est bien le temps qui régit les cultures, les
récoltes. Le froid remet les compteurs à zéro et devrait être accepté comme
faisant partie de l'équation.
Prenez l'exemple du fameux Buddleia de David (connu sous le nom d'Arbre
à papillon), considéré comme invasif. Mais en fait il ne fait que tenter de
réparer la pollution que nous avons engendré.
Comprenez: l'homme pollue via les métaux lourds, les pesticides, il introduit
comme plante d'ornement des espèces exotiques, les espèces endémiques
disparaissent à cause de la pollution et ces plantes dépolluantes prospèrent
car les conditions sont parfaites.
La permaculture prône de s'inspirer de la nature au lieu de luter contre, mais
il n'est pas toujours facile de comprendre se qui se trame sous terre. Partager
le surplus devrait plutôt s'appeler partager l'abondance ou se contenter d'une
sage parcimonie.
L'Education nous enseigne qu'il y a toujours une façon de faire, de voire les
choses, comme un dogme pour chaque question. Mais c'est surtout par la
pratique, les mains dans la terre qu'on observe, qu'on apprends le mieux. On
peut alors contextualiser et se faire sa propre "théorie" selon sa
situation. Il est illusoire de croire qu'on peut devenir un bon agriculteur en
quelques mois assis sur un banc de classe, ou se targuer d'être permaculteur
car on a son CDP. L'humilité et la patience sont les clés pour acquérir les
pratiques et atteindre les buts que l'on vise. Les échanges, les échecs et les
réussites modèleront petit à petit nos idiosyncrasies.
A la moitié du livre, on entre quand même un peu dans le vif du sujet et
quelques pistes nous sont données pour se "lancer". Important pour
commencer : Observation d'abord puis réflexion sur ce qu'on veut garder de
l'existant. Zonages: il faut implémenter le zones qu'on va fréquenter le plus
près de l'habitation. Cela peut paraître bête, mais on économise de l'énergie.
"Chaque fonction est assurée par plusieurs éléments, chaque élément assure
plusieurs fonctions."
Il faut tenter un maximum de résilience, penser aux vivaces ou généreuses qui
se ressèment toutes seules. Difficile de résumer en quelques lignes une
approche systémique et complexe qui ne demande qu'à s'adapter à la station.
Le livre termine par quelques références d'applications heureuses d'un autre
rapport à la nature qui peut se rapprocher de la permaculture ainsi que des
livres ou sites pour étendre notre connaissance.
La conclusion est plutôt optimiste car elle encourage tout un chacun à de
petites ou grandes actions pour devenirs véritablement acteurs du changement
vertueux.
Vous l'aurez compris Xavier Mathias règle ses comptes avec toutes sortes
d'idées reçues, de tendances qui minent trop souvent nos esprits mais ne veut
surtout pas se faire le nouveau chantre de la permaculture institutionnalisée.
Celle ci n'a donc pas de préceptes figés qu'on peut suivre comme un mouton.

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