David Le Breton - Sourire - Une anthropologie de l'énigmatique



David Le Breton - Sourire - Une anthropologie de l'énigmatique

Dans cet essai sorti en 2022, David Le Breton comme il en a l'habitude, nous gratifie d'un sujet qui peut sembler étrange, mais c'est tout à fait plaisant à lire.

Avec grosse dose de références littéraires, on aborde cet acte que tout le monde a au moins une fois dans sa vie esquissé.
A ne pas confondre avec le rire (objet d'ailleurs d'un autre ouvrage paru en 2018) qui est plus franc voire grossier, le sourire peut être un signe d'interactions sociales. Il ouvre la voie à un échange mais peut aussi être forcé pour avoir la paix, se faire accepter, peut-être pour camoufler un méfait...
Il peut aussi naître quand on est seul ou resté figé dans la mort. A contrario, il est un des premiers signe d'échange pour un nouveau-né avec ses parents. Il est crucial pour le développement futur de l'enfant d'établir une relation sensitive avec ses parents pour pouvoir se construire et se positionner dans le monde. A celles et ceux qui ont manqué cette étape, des dysfonctionnements apparaissent.
L'enfant né aveugle aura une visage impassible, il en va de même pour les autistes. Ils auront chacun leurs façon d'interagir avec le monde. Certaines paralysies de naissance ou de traumatismes peuvent empêcher toute forme d'expression, il est parfois possible avec beaucoup de travail de récupérer un peu de mobilité du faciès.

Dans un chapitre qui traite de la physiologie du sourire, on revient sur les théories darwiniennes et ses successeurs (comme Ekman) qui tentaient à l'époque d'universaliser les émotions. Aujourd'hui on prend ça avec circonspection, car c'est surtout une vision occidentale qui fait office de référence alors que chaque être humain a ses codes selon son statut social, son environnement etc. On ne peut pas établir une "botanique" des émotions qui serait vraie partout tout le temps et démontrable mécaniquement par un action précise de muscles. Il n'existe pas d'objectivisation tant il y a de variables.

Dans les religions, on peut constater une nette différence de représentation entre le Bouddha rieur et le Christ souffrant mais il y a plein d'autres réflexions sur les autres cultes.
Dans l'Art, le sourire s'est surtout développé à partir du XII-XIIème siècle. Plusieurs références à la peintures y sont citées avec bien sûr le fameux sourire énigmatique de la Mona Lisa de Léonard de Vinci.
Dans les traités d'éducation de la Renaissance, il est de bon ton de contenir un rire perçu comme vulgaire pour un sourire de bon aloi plein de maitrise de soi.
Avec l'apparition de la photographie, il était compliqué et solennel de se faire tirer le portrait donc  on voulait garder une image sérieuse de soi pour la postérité. Pas de sourire donc sur les photos (sauf dans quelques expérimentations amateurs) avant le début du XXème siècle.

Bien que selon le propre aveu de l'auteur, il est parfois difficile de conclure un sujet dont on pense avoir fait le tour, l'ouvrage se veut une ouverture vers d'autres sourires. 


 

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