Octave
Mirbeau - Le jardin des supplices
Pour cette 300ème chronique littéraire, j'ai pu louer une édition de 1988 commentée additionnée d'une longue biographie
de l'auteur, de critiques postérieures , de notes pour ce roman collage de
1899.
Dans la préface de Michel Delon, on situe le
climat de l'époque où cette œuvre a été publiée: affaire Dreyfus, notoriété de
l'auteur à la fois polémiste, journaliste, pamphlétaire...
La première partie appelée Frontispice est une sorte de mise en abîme
philosophique qui tente de démontrer que l'homme a toujours soif de sang, de
souffrance, de meurtre. Il n'y a qu'à voir ces jeux aux fêtes foraines où on
s'exalte à massacrer des figures dans un mouvement cathartique d'apaisement de
nos pulsions ou encore cette foule qui se masse pour assister aux exécutions.
L'Etat, l'Eglise et l'Armée ne sont que des tentatives pour régenter le
meurtre.
Dans la deuxième partie intitulée "En mission", on est dans une
satire de la politique de l'époque, ses magouilles, ses ficelles, ses
manipulations et ses chantages. Revirement complet du récit pour que le principal
protagoniste se trouve envoyé en tant qu'embryologiste (ce qu'il n'est bien
entendu pas) à l'autre bout du monde. Lors de son voyage en bateau pour Ceylan,
il s'éprend de Clara une rousse anglaise. Envolées lyriques, prémices de
cruauté avec des récits de cannibalisme et puis il se laisse envouter par les
délices charnels et mortifères vantés par la demoiselle.
"Le jardin des supplices" à proprement parler se passe en Chine où
donc le héro se laisse emmener pour satisfaire son vice de la chair. Métaphore
du jardin, du végétal exotique qui fascine, dont la luxuriance se compare à des
orgies. Les bienfaits du colonialisme sont tournés en dérision. Ironie exagérée
avec l'idée européenne que le monde leur appartient et qu'il peut être à loisir
leur grande chasse gardée ou réserves d'esclaves.
Ce mélange d'articles et de fiction peut quelque peut dérouter. Des scènes de
tortures succèdent à l'émerveillement botanique d'un jardin qui crée un drôle
de mélange. Comme s'il fallait s'émerveiller de la nature pour reprendre son
souffle face à toutes ces bassesses humaines. Clara est la perversion incarnée,
elle est comme une enfant gâtée qui fait la moue lorsqu'elle n'est pas
satisfaite.
Les chinois sont présentés comme les derniers artistes maitrisant l'art de la
mort longue et pénible, pas comme ces européens qui la gaspillent bêtement avec
des armes à feu.
Il faut quand même n'être pas trop sensible pour supporter certaines scènes
mais il faut applaudir le style littéraire quoique parfois sur joué.

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