Claudine Sagaert - Histoire de la laideur féminine



Claudine Sagaert - Histoire de la laideur féminine


Préfacé par David Le Breton et sorti en 2015, cet essai parle de la laideur et prend le contre pied des nombreux ouvrages sur la beauté. Il est aussi postfacé par Georges Vigarello.
C'est une approche féministe qui tend à prouver que depuis l'Antiquité, on a cessé d'affliger la femme des toutes les tares de la laideur.
Avec une solide bibliographie, on est emmené dans les écrits qui ont décrié le sexe féminin au point de tourner à l'obsession et en une sorte de féminicide.
Outre les philosophes et penseurs, les religions ont aussi bien sûr participé à cette diabolisation.

D'abord laide ontologiquement, la femme devient une erreur de la nature qui quand elle tente un quelconque fard se voit fustigée car elle profanerait l'œuvre de dieu. On a parfois vanté la beauté, mais c'était toujours une façade, pire un masque qui cacherait une laideur morale. L'homme quant à lui a toujours bénéficié des louanges quand bien même il manquerait d'élégance, on pouvait vanter ses qualités intellectuelles.
Chaque partie du corps de la femme a engendré des critiques, des théories sur son teint, ses cheveux, son visage et son corps. La vieillesse a toujours été féminine et source d'horreur. La sorcière est forcément une femelle qui incarne le diable qu'elle soit trop belle ou trop laide. La chasse aux sorcières est un gynécide, celles-ci sont les boucs émissaires de tous les maux de la terre.
Au Moyen Age puis à la Renaissance, alors que la médecine tente de s'imposer comme science, elles sont les symboles d'un savoir de guérison, d'une autonomie, elles insupportent le Pouvoir.

Ce n'est qu'au XIXème puis XXème siècle qu'on peut noter des formes de "révolte" à travers l'image de la vieille fille, la garçonne, "les bas-bleus" et puis les suffragettes. Toutes feront l'objet de vives critiques des figures intellectuelles masculines. Proudhon, Kant, Mirbeau... y vont de leurs vives reproches. Une femme belle ne peut pas être maline, tout au plus si elle est laide, encore peut-elle prétendre à un peu d'érudition. Dans les dictionnaires de l'époque on peut noter 64 caractères esthétiques spécifiques à la femme contre 3 pour les hommes!
Qui est autonome, indépendante et tente de s'émanciper de la domination masculine est forcément laide. Cette laideur justifie certains comportements violents. Il serait acceptable de faire subir des humiliations physiques ou morales à une fille laide.

L'embonpoint voire l'obésité sont perçues comme horribles, la pauvreté ne cesse de creuser le fossé de la beauté. Grace au développement d'un marché de la beauté, il devient obligatoire d'être belle. La laideur se mute en scandale. La maigreur et le bronzage deviennent des standards de beauté partout dans le monde . Le poids idéal a diminué de 10kg entre 1929 et 1939.
Même parmi les noirs, la blanche halée est canon de beauté au point de pousser les femmes à adopter des techniques désastreuses de blanchissement de la peau.
Ces diktats de sex-appeal causent des frustrations surtout chez les filles puisqu'il semble qu'elles soient les seules condamnées à cet accomplissement. La course à la minceur peut mener à des cas d'anorexie assimilés parfois à un rejet de la réification des corps.
Alors qu'aujourd'hui l'espérance de vie à considérablement augmenté, la vieillesse est toujours une "faute de goût". Nombreux sont les artifices pour lutter contre les ravages du temps.
Selon la tendance de ce début du XXIème siècle, on est donc responsable de sa laideur.

En annexe, une réflexion sur les contes qui ont participés depuis longtemps à un certain manichéisme: beau = bon, laid = méchant et bien sûr le femme doit être une bonne mère avec plein d'enfants. Bien entendu il y a une différence entre les contes écrits par des hommes ou des femmes.

Une intéressante lecture donc qui mêle histoire, sociologie, anthropologie, philosophie!