Pascal Quignard - Villa Amalia



Pascal Quignard - Villa Amalia

Il y'a parfois des mystères comme ce roman de 2006 arrivé dans ma liste de lecture je ne sais plus comment.
Roman où la grande musique plane, sur la blessure des trahisons, une sorte d'ode à la liberté individuelle, à l'émancipation, la plénitude dans la fuite.

C'est l'histoire d'une femme musicienne qui découvre l'infidélité de son compagnon et décide de tout plaquer. Elle retrouve un ancien camarade de classe qui va l'aider indirectement à passer à l'acte de la disparition volontaire. Ah mais peut-être que j'avais noté ça grâce à "Jean-Didier Urbain - Secrets de voyages (Menteurs, imposteurs et autres voyageurs impossibles)" ou " Hubert Prolongeau- Partis sans laisser d'adresse" ?

L'angoisse la gagne petit à petit que l'échéance approche de l'application de son plan: vendre sa maison, ses biens, laisser ses souvenirs pour un nouveau départ dont elle ne connaît rien. Elle change de coiffure, de vêtements et part avec du cash en poche par plusieurs trains pour traverser des frontières et vivre l'aventure dans les îles d'Italie et retrouver la poésie de la vie. Cela m'a légèrement fait penser à ma maigre connaissance d' Erri de Luca.
Elle tombe en pamoison devant une maison isolée et va tout faire pour y habiter. Vous l'aurez compris, c'est le titre du bouquin!
Une sorte d'étrangeté, des tristesse, de vieillesse s'installent peu à peu au point de devenir déroutant, il y a des changements de forme narrative qui s'entremêlent, des drames, des retrouvailles.


 

Alexander de Humboldt - De l'Orénoque au Cajamarca



Alexander de Humboldt - De l'Orénoque au Cajamarca

Ce grand voyageur et naturaliste allemand à cheval sur les XVIIIème et XIXème siècle a été une source d'inspiration pour le jeune Darwin. J'avais déjà eu un peu de mal à suivre "Steppes et déserts" mais ici j'ai carrément zappé certaines parties. J'avoue que je m'attendais plus à un récit de voyage qu'à un traité de naturalisme.

L'auteur nous emmène dans ses explorations du fleuve Orénoque et ses cataractes qui traverse plusieurs pays d'Amérique Latine. Il tente de ramener la vérité sur ses origines qui furent troubles même carrément erronées. Géologie et hydrologie nous sont expliquées.
Il décrit aussi une nuit de cris d'animaux dans des forets inextricables nommées inexactement "vierges" par l'imaginaire européen.
Il aborde un long chapitre sur la botanique avec de nombreuses digressions d'espèces à travers le monde. Il faut être plus qu'initié pour bien appréhender tout ça. Il parle de pollinisation de certaines plantes dioïques par les insectes.

Emerveillement aussi sur la fluorescence de la mer ou plutôt de ses micro-organismes. Je me suis un peu perdu dans les explications sur les coraux et la géologie marine...
Les vénérables arbres ont aussi droit à leur chapitre. Beaucoup d'énumérations un peu rébarbative...
La plus grosse partie du livre est consacrée à la physionomie des plantes. J'ai fini par me lasser et sauter pas mal de pages.

Descriptions, comptages entre différentes latitudes du globe.
De plus les classifications botaniques ont changé depuis le XIXème siècle donc je trouve que cette lecture a peu d’intérêt aujourd'hui. Herbiers, Palmiers, Malvacées, Mimoses, Bruyères, Cactus, Orchidées, Conifères, Lianes, Graminées, Aloès, Fougères, Saules, Myrtacées...
Un autre chapitre est  consacré à la vulcanologie et m'a très vite perdu.
Son court conte " La force vitale ou génie rhodien" est une allégorie du vitalisme et puis réfuté suite à ses évolution de rigueur scientifique, une sorte de mea culpa.

Pour conclure, il nous raconte ses impressions sur la région du Cajamarca et l'ancienne "résidence de l'Inca Atahualpa" où il parle du chemin des incas de Quito à Santiago saccagées par les conquérants...

Bref les vrais mordus d'histoire du naturalisme y trouveront peut-être leur compte.


 

Jean Pierre Pinù - Le commanditaire



Jean Pierre Pinù - Le commanditaire

C'est tout chaud, ça vient de sortir et c'est le premier ouvrage de cet auteur prometteur en autoproduction. J'ai d'abord cru à une nouvelle, mais ce serait plutôt une novella ou dirions nous un court roman. Il ne peut que m'inspirer les meilleurs présages en s'ouvrant et se refermant sur une citation de Cioran.

Géry est un banal archiviste miné par la routine mais aussi un peu par la picole. Un évènement pour le moins insolite va l'emmener dans une sorte de road trip de la Bretagne aux Ardennes belges.
Par delà ce pitch un peu planplan de prime abord, se cache une ode à la fuite des conventions, à la liberté de l'instant. Un rejet non dénué d'humour aussi du monde hyperconnecté pour se recentrer sur les rencontres fortuites des bistrots, une certaine nostalgie du temps où l'on pouvait encore se parler, fraterniser dans les vapeurs de l'alcool.

Entre polar et récit de voyage, ces lignes prouvent qu'une gueule de bois peut parfois mener à d'étranges décisions en titillant la corde sensible de la paranoïa. L'air marin succède à la chape de plomb de Pantruche,  avant de se dissoudre dans la sylve mais l'ambiance reste brumeuse jusqu'au soleil levant.
Un pied de nez à Hume qui affirmait " L'habitude est le grand guide de la vie humaine." Dichotomie entre thésaurisation et liesses dispendieuses, on en vient à s'interroger sur la valeur des choses.

"(...) j'avais finit par comprendre que l'argent ne vaut que ce qu'on en fait dans l'instant, que l'économiser est une concession à la médiocrité, et que la seule façon raisonnable de le traiter est de le brûler aussi vite  qu'il arrive, quitte à se retrouver fauché le lendemain avec la conscience tranquille d'un homme qui n'a rien gardé pour lui."

Vous pouvez vous le procurer via le site de l'auteur:

https://jeanpierrepinu.com/



 

Bertrand Russell - Eloge de l'oisiveté



Bertrand Russell - Eloge de l'oisiveté

Court essai paru en 1932 de ce savant polymathe qui s'efforce de remonter les bretelles de l'adage "l'oisiveté est mère de tous les vices".

Dans une démonstration teintée parfois d'humour, l'auteur nous prouve que la société industrielle a perverti notre conception du travail. Il y a ceux qui triment, ceux qui les dirigent et au sommet de l'échelle les possédants. L'Histoire a montré que les plus grandes évolutions émanaient d'une classe oisive et qui a donc contribué à une "amélioration".

Alors qu'avant on produisait ce qui était indispensable à la vie, on s'est retrouvé dans une course à la production et un sentiment de honte quant à sa jouissance.
En effet, il est bien vu de travailler mais moins de simplement profiter. On entre alors dans un engrenage qui pousse à fournir toujours plus d'effort pour une surproduction et ainsi une concurrence, le chômage et le scandale de ne rien faire. Cela a donné lieu (et est encore vrai dans certains pays) à des journées de travail de 15h. En 1932, il arrive à la conclusion qu'il faudrait dans l'idéal que chacun travaille 4h par jour pour arriver à satisfaire les besoins de tous. On aurait alors du temps pour les loisirs. Mais on est arrivé dans une société de divertissement passif: aller au cinéma, regarder le foot, écouter la radio... ce qui laisse dans l'ennui les esprits les moins imaginatifs englués cette manne de temps libre. Cette lassitude provient principalement de l'état d'épuisement généré par ces journées de corvée, on est donc moins enclin à rechercher des occupations qui demande de l'investissement moral et physique.

Il prône donc une inclinaison à la bonté et un remaniement de nos idéaux stakhanovistes avant l'heure, un frein à main dans la course lancée en ce début du XXème siècle qui presque 100 ans plus tard me semble fort utopique...
Cela m'a un peu fait penser en moins vindicatif à Jean-Victor Verlinde "L'ordre mon cul ! La liberté m'habite".



 

Simonne Jacquemard - Héraclite - Les Fragments



Simonne Jacquemard - Héraclite - Les Fragments

Paru en 2003 et sous-titré "Héraclite d'Ephèse ou le Flamboiement de l'Obscur" est une nouvelle traduction des quelques bribes qui nous sont parvenues de ce philosophe grec du VIème siècle avant JC. Les extraits proprement dit font à peine une trentaine de page sans vraiment de rapport entre eux dans un style concis, sentencieux. L'auteure tente de nous situer l'époque, la géographie et les conflits socio politiques du moment. On est aussi familiarisé avec la mythologie grecque mais aussi égyptienne qui eut une grande influence. J'ai été frappé par l'idée que pour Héraclite l'Egypte ancienne datait déjà de 2200 ans avant ce VIème siècle avant JC, à peu près le temps qui nous sépare aujourd'hui de ce fameux Jésus!!

Issu de l'aristocratie de l'époque, il s'est démarqué par son coté misanthrope, mystérieux, assez méditatif. Il a eu un coté un peu obsessionnel du Feu qui serait " à la fois présence permanente, concrète et Cause Originelle".

Pour lui  " le monde est sans commencement ni fin, et sa substance est celle d'un "feu éternellement vivant""
Bref peu donc nous est parvenu, voici quand même quelques citations que j'ai apprécié:

" Aussitôt nés, ils veulent obtenir la vie et les lots assignés par le destin.
Et ils abandonnent  après eux les enfants qu'ils ont faits pour connaître un sort identique, couronné par la mort"

" Quelle sorte de cœur et d'esprit peuvent-ils avoir?
Ils se laissent convaincre par des chanteurs populaires et prennent pour maître la foule.
Ignorant que toute multitude est mauvaise et que seul le petit nombre est de bonne qualité."

"Celui qui n'espère pas ne trouvera pas l'inespéré impossible à concevoir et hors de portée."



 

Alexandre Valassidis - Tirer



Alexandre Valassidis - Tirer

Encore une découverte dégotée au rayon belge. L'auteur est liégeois et a publié une poignée d'ouvrages entre romans et poésie. Ce très court roman vite avalé est sorti en 2024.

Les courts chapitres se succèdent dans une ambiance étrange, cotonneuse où les souvenirs semblent avoir désertés l'esprit du narrateur. L'histoire est décousue et il est question de deux oncles reclus dans une maison retirée, de bars clandestins, du septième étage d'un immeuble et surtout du canon glacial de ce flingue dégotté dans une énigmatique boite en fer.




 

Michaël Lambert - La vengeance (du Pangolin)




Michaël Lambert - La vengeance (du Pangolin)

Long poème paru en 2023 avec des variations de rythmes, de styles dont la figure centrale est le pangolin. Un peu d'humour, de tragique, de tranchant avec cette parodie de la déclaration des droits de l'homme version pangoline, l'animal veut prendre sa revanche sur les tares que l'homme lui impose. En effet, l'animal est devenu l'incarnation du mal aimé avec la crise récente du Covid. Las de cette mauvaise presse, Pangolin veut faire payer à l'homme les destructions de la nature et devenir poète. (C'est d'ailleurs un peu ce qu'il a fait en lui refilant le Covid). Loin des hommes, il va pouvoir enfin ressentir dans sa chair une poésie non pervertie qui s'épanouirait librement sans les ravages humanoïdes.


 

Jean-Didier Urbain - L'archipel des morts



Jean-Didier Urbain - L'archipel des morts

Essai paru en 1989,de cet ethnologue dont j'apprécie les réflexions, qui nous amène à nous interroger sur un sujet qui nous concerne tous: la mort.

Pour débuter il y a lieu de délibérer sur ce grand passage dont personne n'a vraiment pu dire s'il y avait une suite alors que beaucoup de questions se sont bousculées dans les têtes depuis des millénaires. Ce qui est sûr c'est qu'il y a différentes façons de marquer le coup à travers les âges et le monde depuis l'inhumation, la crémation, l'embaumement, l'immersion ou l' endocannibalisme...la cryogénisation. Ce qui ne change pas c'est qu'il y a une volonté universelle d'éloigner le corps du défunt d'une manière ou d'une autre.
Les nécropoles sont des lieux entourés de murs, au loin des habitations.

Pour contourner cette immense angoisse, il faut se construire des mythes ou des représentations, c'est pour ça qu'en déambulant, comme l'auteur, dans les cimetières d'Europe on peut se confronter à diverses manières de traiter la mort. Les cimetières sont comme des bibliothèques où on stocke les vies passées.
Qu'il soit religieux ou étatique, le pouvoir a toujours eu droit de vie ou de mort sur ses ouailles. La liste est longue à travers l'histoire pour le prouver : génocides, massacres en tout genre. 

En Occident depuis ces dernières décennies, il y a un escamotage de la mort, celle ci est devenue obscène. Avant, elle faisait partie du quotidien et on y était confronté très jeune. On mourrait au milieu des siens, des voisins. Aujourd'hui elle taboue, la plupart du temps elle advient dans un milieu médical dans la froideur des institutions. Le deuil autrefois était manifesté et accepté par la communauté. Désormais il est honteux de se laisser aller à la tristesse, il faut la refouler. Cela donne lieu à des névroses, des frustrations. Même à l'agonie, on nie cette fin inéluctable et on cherche une forme d'immortalité grâce aux progrès de la science. Ces thèmes ont été abordés dans "Philippe Ariès - Essais sur l'histoire de la mort en Occident" (je dois encore lire "L'homme devant la mort").
Certains peuples voient le vieillard comme supérieur par ses connaissances accumulées durant toute une vie et transmet aux plus jeunes. Ici le vieux devient vite obsolète et ringard tant évoluent vite les technologies et mœurs. Il est perçu comme un boulet à demi fou, encombrant et inutile.
Quant au suicide, il est mal perçu car dans un monde où on est tente sans cesse de cacher et nier la dépouille, il devient comme "une mort nue" qu'on ne peut dissimuler.

Les trépassés continuent d'une manière ou d'une autre à survivre dans les mémoires des vivants.
Il est devenu quasi impensable de se passer d'un cercueil qui isole le corps de son intégration au sol. Pourtant jusqu'à récemment on enveloppait simplement le corps d'un linceul. Il est devenu inconcevable que le corps puissent pourrir, on est rassuré qu'il soit bien protégé dans un beau cercueil.
Il est donc mis à l'écart et stocké dans son caveau, "logique d'une société qui refuse obstinément la perte, l'usure, l'altérité..."
Il semblerait que vouloir garder une trace tangible du défunt (monument, tombe..) soit typiquement occidental. En Asie, on a recours à la crémation et à la dispersion des cendres sans laisser de trace, comme pour intégrer la dépouille au grand flux perpétuel de la vie.

Alors que le thanatopracteur tente de dissimuler les signes de la mort pour rendre le corps présentable, il en va de même pour les architectures des cimetières. Ils apparaissaient comme des jardins, des forets, des tours, des villes. Ils furent d'abord éloignés des habitations et clairement définis, mais suite à l'urbanisation galopante peu à peu entourés de logements et camouflés dans le paysage. Les mœurs changent, il n'est plus tellement courant de souhaiter une inhumation avec pierre tombale, l'heure est plus à la crémation et l'absence de sépulture. Le manque de place, le refus d'octroyer des permis de nouvelles nécropoles posent question. Les concessions à perpétuité ne sont plus autorisées en Belgique depuis le début des années 1970.
Certains cimetières aux tombes anciennes tendent à se muséifier ce qui revient à considérer la mort comme une chose du passé. On en vient à donner en spectacle ce qui relève au départ de l'intime. Il y a du tourisme dans les cimetières.

La préservation de ce passé revient à une sorte de "pré historisation" du temps parallèlement à une négation du présent, un holocauste du futur passé.
Les sépultures récentes par leur ressemblance peuvent provoquer un sentiment d'absurdité au promeneur, ces clones relèvent d'un manque de considération pour la question du trépas.
Ce n'est que depuis le XVIIIème-XIXème siècle que le corps repose au lieu de la stèle de mémoire et la créativité mortuaire a pu s'exprimer au travers de figures figées dans la pierre. On pourra apprécier des manifestations de l'art mortuaire dans certains vieux cimetières.
Dans ses déambulations, Jean-Didier Urbain a analysé l'évolution des épitaphes à travers le temps, entre minimalisme, suite de chiffres, textes qui rappellent un temps qui fût et dont le souvenir nous revient au présent quand on le rencontre. Ce qui est incontestable c'est l'érosion du texte funéraire. Il a eu un glissement du "Ci-git" à "ici repose"," à la mémoire de", pour ne garder que des noms, des dates voire rien du tout.
Le compromis entre inhumation et crémation existe dans les columbariums. Ces derniers sont une forme de miniaturisation des cimetières.

Dans notre rapprochement de plus en plus osmotique avec la Machine, les recours à la science pour prolonger la vie, notre déni des usures du temps, dans une société de plus en plus aseptisée, la crémation séduit de plus en plus car elle coupe court à toute image de pourrissement.


 

San-Antonio - Le gala des emplumés



San-Antonio - Le gala des emplumés

Cela faisait plus de 50 livres que je ne m'étais pas octroyé cette petite fantaisie de littérature cocasse.

Ce numéro 55 daté de 1966 a été avalé en une journée dans lequel le commissaire est chargé de séduire une donzelle de plusieurs décennies. Cela va vite tourner à l'enquête sur un mort qu'on s'apprête à enterrer mais dont la contre-autopsie va révéler une mort suspecte. Un pactole équivoque met aussi la puce à l'oreille à nos duettistes San-A et Bérurier. Ce dernier moyennement efficace se laissera aller à la boisson provoquant les foudres de son supérieur. La chute relève presque de la science-fiction!