Louis De Diesbach - Liker sa servitude



Louis De Diesbach - Liker sa servitude

Voici une lecture moderne puisque cet essai est paru en 2023. Il porte le sous-titre "Pourquoi acceptons-nous de nous soumettre au numérique?" Il y a clairement un clin d'œil à Etienne de Boétie et son fameux  "Discours sur la servitude volontaire", car c'est bien de ça qu'il s'agit, nous acceptons tous les règles du jeu de vendre nos habitudes, nos goûts et intérêts aux grands maitres du monde du numérique. En cliquant automatiquement, un peu irrité, sur "accepter les cookies" ou "les conditions d'utilisation" nous accordons notre consentement à être étroitement espionné. Depuis les lois sur les RGPD, c'est d'ailleurs fait exprès ces fenêtres où l'on doit cliquer pour nous ennuyer et qu'on accepte sans réfléchir.

Pour débuter, l'auteur dresse un petit historique d'internet et son côté désintéressé de libre échange de l'information. Idéal rapidement gangréné par le capitalisme car n'est-ce pas le plus merveilleux outil dont rêvaient les publicitaires de pouvoir cerner au mieux le consommateur et ainsi taper dans le mille? Cette notion de liberté et d'autonomie sont biaisées à partir du moment où des algorithmes choisissent ce que nous voyons nous faisant croire à un libre arbitre. C'est encore pire avec l'IA qui va modeler notre information ou notre imaginaire selon les tendances du moment ou la pensée dominante (ou la plus rentable).

Le but des réseaux sociaux  et plus généralement des GAFAM (entendez Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) est que nous passions un maximum de temps dessus pour pouvoir mieux nous cerner et ainsi vendre notre temps d'attention aux annonceurs de manière extrêmement ciblée. Bien sûr plus les sujets sont choquants, spectaculaires plus ils attirent des réactions émotionnelles, plus il y a de commentaires et au plus le business tourne. Il y a une véritable volonté de créer des clivages marqués pour alimenter les joutes verbales. Les méchants nazis VS les sales gauchistes, un vrai manichéisme. Cela génère des caisses de résonnance où l'on reste entre convaincus dans un confort intellectuel douillet tout en blâmant l'ennemi commun. Les biais de confirmation nous empêche toute remise en question. Une réelle addiction voire une frénésie incontrôlable peut rapidement se manifester comme l'a démonté une vieille expérience sur les rats de Skinner (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bo%C3%AEte_de_Skinner).

Si on contrôle un mécanisme pour avoir une récompense, on est capable d'une certaine retenue. Par contre si lors de l'actionnement d'une commande on a parfois un bonbon, parfois pas, on se met à l'actionner sans arrêt et on perd les pédales. C'est exactement ce qui se passe avec les algorithmes, un like, une reconnaissance  virtuelle nous apporte de la dopamine, alors on la recherche constamment alors que parfois il n'y en a pas. On scrolle inlassablement car par ci par là un truc nous intéresse. Le système enregistre nos réactions pour nous proposer encore plus de contenu etc.
Quand on arrive sur une nouvelle plateforme, on est accueilli comme un prince, les biais cognitifs sont renforcés et elle agit de manière assez semblable aux embrigadements sectaires. Peu à peu nos libertés sont entravées subtilement, on devient prisonnier d'une geôle dont on ne voit même plus les barreaux, on s'isole dans un monde irréel.

Si l'on se penche sur une approche utilitariste  (https://fr.wikipedia.org/wiki/Utilitarisme#:~:text=L'utilitarisme%20est%20un%20principe,Bentham%2C%20par%20Henry%20William%20Pickersgill.) la somme des avantages d'une majorité sur ses inconvénients ne peut pas décemment être salutaire quand on pense aux ravages que cela implique. Internet consomme 10% de l'électricité mondiale ! Surtout à cause  des hangars de serveurs qui tournent 24h/24 pour rendre disponible cette manne de savoir mais surtout d'idioties. On le sait la vérité côtoie gaiement le mensonge sur le net. Sans parler des esclaves qui extraient les métaux rares pour fabriquer les ordinateurs et autres smartphones.

Deux biais humains viennent nous affecter: d'abord le "biais sur le présent"  qui est une satisfaction de l'instant au mépris d'un bienfait sur le long terme. Puis le "biais des coûts irrécupérables" qui nous fait foncer tête baissée dans le mur car on n'a plus la capacité de se remettre en question qui nous fait atteindre le fond car l'on se dit "tant pis, je n'ai rien à cacher, je suis déjà fichu".
Il est facile de se complaire dans le confort de nos chaines, qu'un guide suprême décide pour nous ce qui va nourrir notre esprit. Mais comment en arrive-t-on à un tel asservissement moral? Ces tendances ont été déjà développées par Huxley, Orwell, Kant, Camus, Sartre, Dostoïevski et bien sur La Boétie. Depuis la Seconde Guerre Mondiale le seul confort, le lissage et les plaisirs perpétuels guident nos vies. L'effort est devenu rédhibitoire. La technologie est la réponse à tout et nous rendra béat pourvu qu'on se divertisse et qu'on vende notre âme au diable.

"Tu es à moitié victime, à moitié complice, comme tout le monde." (Sartre). Nous bâtissons nous mêmes notre propre prison et sommes persuadés que nous sommes libres. Convaincus que nous ne faisons pas partie des moutons alors que nous ne cessons de nous mimer les uns les autres dans une spirale sans fin. La liberté est synonyme d'angoisse car il bien plus facile de se complaire dans le déni.
Et puis choisir n'est-ce pas renoncer donc une forme de négation de la liberté vraie?
Mais peut-on exercer une coercition au nom de la liberté? Obliger les enfants à manger des légumes plutôt que des frites? Peut-être est-ce l'éducation qui est cruciale dès le plus jeune âge pour alerter des rouages cachés des GAFAM et savoir s'en méfier. L'auteur voit dans le vote une façon démocratique de faire pression sur ces mastodontes pour les contraindre à une éthique. Personnellement je n'ai aucune illusion ou confiance dans une quelconque utilité de ce jeu de pouvoir qui ne sert que les intérêts personnels des élites. Mais pourquoi ne pas arriver à une régulation de cet "online" comme tout autre chose de la vraie vie? Ces dernières années, le tabac n'a-t-il pas subit une sacrée limitation sous prétexte de danger pour la santé? Pourquoi ne pas faire de même avec des réseaux néfastes ultra addictifs?


Nous sommes "humains, trop humains" et donc minés par nos paradoxes, gangrénés par nos contradictions. Exemple créer un groupe Facebook anti-Facebook.
"A cheval donné, on ne regarde pas les dent." Nous fonçons sur ce qui est gratuit ou pas cher sans en mesurer les conséquences, souvent inconscients du vrais cout des choses dans un monde capitaliste basé sur la prévision et non pas le réel. Peut-être que si nous acceptions de payer pour utiliser des services qui nous permettent de communiquer avec le monde entier, nous divertir, nous donner accès au savoir, les GAFAM nous traiteraient comme des vrais clients et pas comme une manne manipulable surveillée à laquelle il faut à tout prix distiller de la pub.
 Si nous ne likions que des contenus intéressants, vérifiés où l'émotion ne nous aveugle pas, les algorithmes s'adapterait à ce qui est le plus en vogue.  

Bref, il est trop tard pour faire machine arrière, il est utopique et vain d'être technophobe mais sachons utiliser au mieux certains avantages que la technologie nous permet en n'oubliant pas que  la vie réelle n'est pas faite que de satisfactions immédiates. Restons conscients de la faillibilité de l'humain et cessons de vouloir une vie de certitudes, de rapidité et d'optimisation ce que la machine peut nous prodiguer.


 

Virgile - Le souci de la terre (Les Géorgiques)


Virgile - Le souci de la terre (Les Géorgiques)

Longue introduction du traducteur Frédéric Boyer qui se permet une version remaniée en 2019 de ce grand classique de la poésie antique à savoir les Géorgiques. Il a voulu rendre une version modernisée qui pourrait se rapprocher de l'esprit originel de déclamation ou scansion.
Cela m'a donné quelques balises pour mieux appréhender ce long poème de 2000 vers rédigé entre 37 et 30 avant JC en ces fameux hexamètres dactyliques. Ayant vécu un deuil lors de cette ardue traduction, il y voit un magnifique portrait de la vie terrestre dont il faut tenter de profiter lors de notre court passage à sa surface.

Le Livre I est une sorte de traité d'agriculture où il est question de bonnes pratiques (rotations, sarclages, respect du sol....), de louanges de la vie rurale loin des tumultes guerriers de son époque.

Dans la partie II, on passe aux arbres, surtout la vigne et l'olivier avec quelques bizarreries botaniques  sur les greffes et boutures ... Un poirier ne se greffe pas sur un pommier !? Il y a toujours comme un rappel à notre fragile condition de l'éphémère. Les références aux dieux sont nombreuses mais aussi à la situation géopolitique de son époque.

Le Livre III débute avec plein d'allusions mythologiques, où je me suis un peu perdu, avant d'être presque un guide pour l'élevage des chevaux, vaches, moutons ...
Et puis alors que je ne l'attendais pas le fameux "Tempus Fugit" qui m'obsède tant dont j'avais oublié qu'il émanait de Virgile.
« Sed fugit interea, fugit irreparabile tempus, singula dum capti circumvectamur amore », ce qui signifie : « Mais en attendant, il fuit : le temps fuit sans retour, tandis que nous errons, prisonniers de notre amour du détail. » Traduit de manière un peu différente par Frédéric Boyer.
C'est un peu la morale du poème: profitons de notre vie terrestre car nous n'en avons qu'une seule, après, le néant et surement pas de retour sur terre.

Dans le Livre IV, il est question des abeilles qui ont un roi (sic), et c'est un peu une métaphore de la société humaine. Très vite ça dévie vers la mythologie, Orphée où je me suis de nouveau perdu. Pour terminer les abeilles renaissent des entrailles de taureaux sacrifiés. Hum... 




 

Vladimir Arseniev - Aux confins de l'Amour



Vladimir Arseniev - Aux confins de l'Amour

Me souvenant d'une très bonne lecture " Dersou Ouzala (La Taïga de l'Oussouri)", je me réjouissais de lire la suite. Enfin il ne s'agit pas vraiment d'une suite, car on se rappelle que le dénommé Dersou Ouzala avait préféré disparaître dans sa nature plutôt que de rejoindre la "civilisation".
L'officier Vladimir Arseniev, fort de son expérience précédente, était à même de s'aventurer en mission de reconnaissance cartographique dans ces terres isolées et extrêmes. Ce livre est publié de manière posthume en 1937 mais seulement traduit en français en 1994. Le style est fort plaisant, plein de descriptions de faune et flore, ethnographiques et géographiques.

C'est en 1908 qu'il repart explorer pendant presque 10 mois le massif Sikhote-Alin et ses affluents du fleuve Amour. Naturaliste émérite, il fait partie des pionniers des relevés botaniques sibériens.
Avec son équipe, il part d'abord en bateau de Khabarovsk pour ensuite passer en barque de villages Goldes en villages Oudihés. Il est confronté aux pratiques chamaniques de ces ethnies. Malgré sa solide expérience, il doit faire face aux impondérables naufrages et étourderies d'un de ses compagnons Goussev.
Ayant perdu tout matériel et vivres dans le courant, ils frôlent la mort et doivent leur salut à des collègues partis à leur recherche. Ceux-ci les ramènent le long de la côte. Ils se remettent peu à peu de leurs émotions et font connaissance avec le peuple et ses histoires. Après cette semi débâcle, Arseniev et ses hommes, délesté du foireux Goussev, prennent la direction du Sud le long des côtes vers l'embouchure du Samarga. Le tout sous la patronage de plusieurs guides Orotches réputés pour leurs talents d'orientation. Ils doivent s'adapter au mauvais temps qui surgit et les force à la vigilance ou à l'arrêt. Les superstitions des locaux et chasseurs de zibeline déroutent un peu le narrateur. Il ne faut pas tirer sur un animal endormi sous peine d'un terrible malheur! Ils côtoient de près le redoutable tigre de Sibérie qui ne s'en laisse pas conter...

Les températures descendent souvent en dessous de 30° sous zéro mais cela na pas l'air de trop les dérouter. Après cette éreintante boucle de presque une année à travers la Taïga, aveuglés par le soleil printanier, ils doivent se hâter de retrouver la mer avant le dégel.


 

Antoine Wauters - Le plus court chemin



Antoine Wauters - Le plus court chemin

C'est encore le hasard du rayon belge qui m'a porté sur cet auteur dont le nom m'était familier pour avoir déjà lu son premier roman " Césarine de nuit" dont j'avoue ne pas me rappeler de grand chose.
Celui-ci est de 2023 et a empoché le prix Rossel de la même année. L'écrivain a aussi raflé d'autres prix littéraires dont le Prix Goncourt de la Nouvelle en 2022 avec " Le Musée des contradictions" et se fait peu à peu une place dans les lettres internationales.

Ce roman qui semble autobiographique papillonne dans des souvenirs d'enfance avec des (parfois très) courts chapitres. Il y a beaucoup de poésie et de nostalgie. Pour le citer " La nostalgie, c'est un applaudissement du passé.  Dans une main, il y a les larmes. Dans l'autre, beaucoup de joie."

On chemine avec ces saveurs de la jeunesse qui construisent l'être adulte qu'on devient parfois du jour au lendemain, comme une chute de mur de Berlin qui réunit deux mondes à part. L'époque insouciante quand les années 80 rencontrent les années 90, où la technologie et le profit décomplexé se déploient. Moment clé où l'abstraction fait surface, le temps commence son accélération, quand on se sent de plus en plus étranger à ce qu'on était.

" A présent, je vis avec l'idée que chaque seconde est la dernière. Je me vois stoppé en plein élan, au milieu même de ce paragraphe. Et voilà pourquoi je ne l'écris pas, ce livre des années magiques, je le sprinte."
Le livre se lit quasi d'une traite !


 

Roland Villeneuve - Histoire du cannibalisme - De l'anthropophagie rituelle au sadisme sexuel


Roland Villeneuve - Histoire du cannibalisme - De l'anthropophagie rituelle au sadisme sexuel

Cet auteur français essayiste et parapsychologue s'est spécialisé dans les sujets occultes, diaboliques, paraphiliques etc et a publié une série de livres dès les années 1950.
Initialement sorti en 1973, celui ci appelé sobrement "Le Cannibalisme", été habilement renommé pour une réédition en 2016 chez Camion Noir qui aime traiter des sujets sulfureux.
Il faut avoir l'estomac bien accroché pour arriver au bout de ce recueil d'atrocités.

On commence avec quelques faits avérés d'anthropophagie occasionnelle souvent provoqués par la famine où l'on tuait les vieux inutiles ou alors des jeunes enfants pas encore utiles pour s'en rassasier. Sièges et naufrages firent partie de ces situations où l'on devait bien trouver une solution à la faim. (Cf. cas célèbre de Radeau de la Méduse).

Il semblerait que la chair humaine ait été un mets de choix pour certaines populations du monde entier. Plusieurs extraits de récits de voyages en témoignent et décrivent la férocité et la barbarie de ces pratiques. Il n'y a pas forcément besoin d'aller loin pour trouver des histoire cannibales.
Mais n'est-ce pas un fantasme occidental gonflé et par ce genre de récit? Difficile de faire des généralités fiables de ces quelques rapports...

Au delà des simples aspects gastronomiques qui selon les pratiquants étaient forts savoureux, il y'a le cannibalisme guerrier. Vengeances, tentatives de s'approprier la force de son ennemi, phallotomies, chasses de têtes furent apparemment monnaie courante. L'exposition de trophée était synonyme de respectabilité.

Les sacrifices humains font partie d'offrandes aux dieux ou pour favoriser la fertilité des cultures. Manger des membres défunts de sa famille est une façon de s'approprier leur souvenir ou leur force. Les exemples sont nombreux à travers le monde, l'eucharistie chrétienne ou la circoncision ne sont-elles pas des transferts anthropophagiques de rituels totémiques?

Certaines pseudos-médecines ont conseillés l'ingestion de momies ou d'enfants pour se soigner.
Fantasmes de vampirisme, pratiques extrêmes de sadisme sexuels sont rapportés brièvement.

On termine par une touche plus "légère" avec quelques manifestations littéraires ayant trait à ce sujet et puis une imposante bibliographie qui a servi à étayer cet ouvrage sanglant.



 

Erri de Luca - La nature exposée



Erri de Luca - La nature exposée

Quand on fait de la place, qu'on se sépare d'une collection de livres accumulés, ça peut faire le bonheur des autres. Merci à Antoine pour ce cadeau qui m'a permis une seconde lecture de cet auteur italien que j'avais déjà pu apprécier avec "Trois chevaux".

Ce roman est sorti en 2016 et m'a très vite reconnecté avec ce style que j'avais trouvé particulier d'une belle prose lumineuse et poétique avec un coté sec et feutré. Le rythme est soutenu par une suite de paragraphes, pas vraiment des chapitres
.

C'est une histoire où se mêle plusieurs thèmes, celui de la montagne et de la mer, celui des migrants qui paient des guides pour traverser des frontières, celui de la religion et de la sculpture.
Le protagoniste aide les humains qui cherchent des cieux plus favorables à une vie digne mais se refuse à en vivre. Il rend l'argent de la passe une fois la borne franchie en se bouchant les oreilles pour ne pas entendre les remerciements. Cette notoriété soudaine va le faire quitter son village pour prendre l'air, c'est au bord de la mer que le destin va lui faire travailler sur une restauration d'une sculpture de la crucifixion. Celle-ci avait été censurée à une époque où l'on ne tolérait pas " la nature exposée", entendez la vision sexe du christ. Il va alors s'intéresser au sculpteur déchu, interroger des représentants des cultes et même se confondre avec son œuvre de marbre...

" La chance du trèfle à quatre feuilles commence et finit avec le fait de l'avoir trouvé, et rien d'autre. La religion c'est l'idée qu'un trèfle à quatre feuilles signifie plus que le hasard de l'avoir rencontré dans la masse des autres. La mort est un trèfle à quatre feuilles, tôt ou tard on la trouve  et il n'y a rien d'autre."

" Mes pas me portent hors des lumières de la route, là ou je retrouve le ciel qu'on voit en montagne. Le royaume des cieux, écrivent les Evangiles, qui en connaissent le roi. Moi qui suis incompétent, je vois en revanche l'anarchie, qui n'est pas du désordre, mais le gouvernement indépendant de chaque lumière. Des masses, des météorites, des comètes tournent comme des catapultes en frôlant des satellites, des planètes. Elles se désagrègent de temps en temps dans l'atmosphère, en renouvelant par leur chute les semailles de l'univers."

" Celui qui meurt ne se sent pas mourir lui-même : il sent mourir le monde, les personnes tout autour, les jours, les nuits, les planètes, les mers. Celui meurt sent s'éteindre l'univers hors de lui. C'est la miséricorde offerte à chaque mort qui dissout le désespoir dans l'immensité de toutes les extinctions."  


 

Erasme - Eloge de la folie



Erasme - Eloge de la folie

C'est encore une fois par ricochet que je me suis laissé tenter par cet illustre penseur rotterdamois du XVème siècle qui aujourd'hui encore continue de nous hanter. C'est Denis Grozdanovitch et son "Génie de la bêtise" qui m'a stimulé. Pourtant j'ai eu quelques réticences, encore trop accablé par la lecture récente de Jean de La Bruyère. Mais je dois dire que j'ai été agréablement surpris bien que j'étais content que ça se termine.


Cette œuvre déclamatoire satirique publiée en 1511 en latin je cite wikipédia "considérée comme l'une des œuvres qui ont eu le plus d'influence sur la littérature du monde occidental et qui a été un des catalyseurs de la Réforme."

C'est truffé encore une fois de références mythologiques gréco-romaines mais aussi de nombreux penseurs de ces temps antiques. Les stoïciens y sont moqués comme plein d'autres attitudes pseudo-vertueuses. C'est la Folie qui se parle à elle-même et se vante de ses avantages sur les hommes. "Heureux les simples d'esprit" revient comme une rengaine mais j'y ai trouvé aussi de l'humour, de l'autodérision vaguement rabelaisienne. Tenez,  j'apprends que Rabelais était un grand admirateur d'Erasme! Les chapitres de ces divagations nous entrainent dans des preuves qu'il vaut mieux s'abandonner aux plaisirs plutôt que de se miner l'esprit avec la sagesse et le savoir. D'ailleurs un être 100% vertueux ne peut pas exister ou alors il à l'outrecuidance de se prendre pour un dieu.
La Folie prend un ton plus critique en s'en prenant aux chasseurs, aux alchimistes, aux superstitieux de tous poils, les vénérateurs de Saints. Le naïf est sans doute les plus heureux, celui qui croit posséder un diamant va en prendre soin même si au fond ce n'est que du toc.
La sagesse rime souvent avec peu d'argent donc fait fuir les femmes et le monde entier.

La fin du livre est plutôt consacrée à la théologie et à la religion chrétienne. La folie est encouragée à plusieurs reprises dans les évangiles. Humbles et simples sont encouragés. Les animaux les plus simples et dociles sont cités: agneaux, brebis... Folie invoquée aussi lors de la crucifixion " Pardonnez leur, ils ne savent pas ce qu'ils font". Les chrétiens méprisent les plaisirs, aiment à revendiquer la peine, la souffrance et la pauvreté, n'est-ce pas une preuve supplémentaire de leur folie?